L’idée est venue du SAMU 92 (Hauts de Seine). Dans un moment critique, celui de la crise Covid et de ces services hospitaliers saturés par des flux intarissables de patients en réanimation, a éclos ce concept : l’EVACARe, soit un car-ambulance équipé pour prendre en charge et transporter plusieurs patients en même temps. À l’époque, la question est cruciale, alors que des hôpitaux débordés sont contraints de transférer des malades vers d’autres établissements. Mobilisé pour évacuer des patients de l’hôpital de Corbeil vers les gares de Paris pour un transport vers des structures de l’est de la France, l’EVACARe est demeuré opérationnel. Il a ainsi été déployé lors des Jeux Olympiques en pré-alerte pour prendre en charge et transporter les victimes d’un éventuel événement sanitaire (attentat, accident majeur). «Lors de la cérémonie d’ouverture, nous l’avions mis à côté du Trocadéro en cas d’attentat pour pouvoir évacuer 8 patients en réanimation vers les hôpitaux», se remémore Charles Groizard.
Sa mission principale : le transport de patients en réanimation
Médecin responsable des situations sanitaires exceptionnelles au SAMU 92 et chargé d’anticiper les situations catastrophiques et de prévoir les dispositifs de réponses, il a participé à la transformation de ce car, originellement de tourisme, en unité mobile hospitalière. «Sa mission première est vraiment le transfert de patient d’un hôpital saturé par une situation sanitaire exceptionnelle vers d’autres hôpitaux», explique-t-il, précisant que l’EVACARe a les capacités de couvrir l’ensemble du territoire métropolitain (voir encadré). Et ce, dans deux cas de figure: pour libérer des places occupées par des patients stabilisés dans un établissement et lui permettre ainsi d’accueillir un afflux de victimes lors d’un événement dramatique ou sanitaire, ou pour «récupérer directement des victimes sur les lieux pour les emmener dans des services de réanimation, au bloc opératoire», détaille Guillaume Navellier. Lui exerce comme infirmier du SAMU 92 depuis un peu plus de vingt ans et, comme l’ensemble de ses collègues, il est mobilisable pour embarquer en urgence sur l’EVACARe – «il n’y a pas de personnel dédié», précise d’ailleurs Charles Groizard. Avec une particularité pour Guillaume Navellier: il fait partie du groupe Situation sanitaire exceptionnelle (SSE), qui a pour responsabilité d’assurer la gestion, la vérification et le réassort des matériels du car-ambulance.
Nous avons voulu recréer les mêmes environnements que rencontrent médecins et infirmiers des SAMU dans une ambulance de réanimation.
Un exemple d'intervention: le service pédiatrique d’un établissement saturé par une épidémie de bronchiolite qui aurait besoin de libérer des places. «Nous arrivons avec le car, nous prenons nos 8 patients que nous allons ensuite dispatcher dans des hôpitaux voisins où il y a de la place, voire en région parisienne si besoin» afin de permettre à l’établissement d’accueillir en urgence de nouveaux patients.
Utile aussi hors des situations critiques
L’EVACARe peut toutefois être mobilisé en dehors de situations critiques. «Je vais vous donner un contre-exemple», rapporte Charles Groizard. «Nous avons été mandatés pour participer au déménagement de l’ancien hôpital de Marie Lannelongue [au Plessis-Robinson, dans le 92]. Il y aurait une quarantaine de patients à transférer», dont 10 enfants. Ce déménagement doit avoir lieu en mai prochain et l'EVACARe sera mis à contribution durant 3 jours. «Nous serons dans un contexte logistique qui nécessite l’emploi de moyens importants pour transférer des personnes en réanimation d’une structure à une autre.»
Une ambulance XXL

Déclenché par la cellule de crise sanitaire du ministère de la Santé, en cas d’événements sanitaires exceptionnels ou sur la demande des Agences régionales de santé, l’EVACARe fonctionne en réalité de la même manière qu’une ambulance classique. Simplement, il recourt en simultanée à deux équipes du SAMU. «Il est constitué de deux infirmiers, deux ambulanciers et deux médecins du SAMU, associés à deux conducteurs de chez Transdev», la société qui a mis le car à disposition, décrit Charles Groizard. Il dispose de 8 postes de réanimation, équipés des mêmes scopes, respirateurs et pousse-seringues que dans une ambulance. «Nous avons voulu recréer les mêmes environnements que rencontrent médecins et infirmiers des SAMU dans une ambulance de réanimation.»
Un fonctionnement en mode "conventionnel" ou "contaminé"
Création lors de la crise Covid oblige, l’EVACARe a été pensé pour être modulable en fonction de deux types de patients : ceux, «conventionnels», en réanimation simple, et ceux «contaminés.» Pour prendre en charge ces derniers, l’EVACARe passe alors en mode «risque NRBC» (nucléaire, radiologique, biologique et chimique). «Nous réduisons alors un peu la voilure», pour passer de 8 à 6 postes de réanimation et créer «une zone contaminée de soin et une zone propre pour la suite de la prise en charge.»
La séparation entre les deux espaces s’effectue grâce à deux brancards escamotables, complète Guillaume Navellier. «Nous transformons la zone à l’avant du car pour pouvoir nous changer, puisque nous devons passer une tenue de protection quand on prend en charge des patients infectés.» Les équipes disposent en effet, en plus du reste du matériel classique, d’équipements de protection NRBC adaptés. Et pour installer les patients à l’intérieur, le car est pourvu d’une table élévatrice, rangée dans la soute.
Toujours deux équipes mobilisées
L’objectif étant de répondre à des situations d’urgence d’ampleur, le SAMU 92 a défini un mode d’organisation qui repose sur la mobilisation conjointe des équipes de garde et de celles d’astreintes. Lors d’une alerte, «si les équipes sont à la base et non pas en intervention, c’est beaucoup plus rapide de faire appel à elles pour armer le car. Les équipes d’astreinte, elles, sont rappelées pour se charger des interventions standards», relate ainsi l’infirmier. En revanche, si les équipes de garde sont en déplacement, alors ce sont celles d’astreinte qui vont déployer l’EVACARe. «On cherche à répondre le plus rapidement possible à la demande.»
On tourne sur nos patients, on se concerte, on voit où en est l’autre équipe pour anticiper. Mais c’est ce qu’on fait déjà tous les jours au SAMU.
Une fois dans le car, les 6 professionnels de santé se relaient autour des patients. Les médecins, aidés des médecins de régulation, déterminent les patients à prendre en charge en priorité, généralement ceux dont la situation est plus critique. «Ceux que l’on peut stabiliser plus rapidement sont pris en charge en premier, les patients plus compliqués sont pris en charge ensuite car la mise en condition est plus longue. En revanche, ils descendront en premier.», déroule Guillaume Navellier. Chaque équipe s’occupe d’un patient, et la première qui a fini d’installer le sien se tourne vers un troisième patient ; la seconde vérifie ensuite que le premier patient est stabilisé avant de se préoccuper d’un quatrième. «On tourne sur nos patients, on se concerte, on voit où en est l’autre équipe pour anticiper», poursuit-il. «Mais c’est ce qu’on fait déjà tous les jours au SAMU. Habituellement, on le fait juste avec une seule équipe ; là, on le fait à deux équipes. Les réflexes sont intégrés.»
Si l’EVACARe est mobilisé sur une autre région que l’Île-de-France, «il y a forcément une équipe du SAMU 92 parce que nous avons l’habitude de l’utiliser», mais sont aussi sollicités des professionnels du SAMU ou du service de réanimation qui en a fait la demande. «Nous souhaitons qu’ils soient présents parce qu’ils ont l’habitude de leurs patients, ils les connaissent. Ils savent s’il y en a un qui présente une problématique spécifique.»
Quels équipements pour l'EVACARe ?
L’EVACARe a été pensé pour pouvoir transporter des patients d’un coin de la France à un autre. Il bénéficie donc:
- D’une autonomie de 1 000km
- D’une autonomie électrique de 48 heures, grâce à des batteries internes
- De 48 000 litres d’oxygène, soit 6 000 litres et 12 heures d’autonomie par patient.
Une formation à l'utilisation du car est nécessaire

Reste enfin la formation, créée en interne par le SAMU 92. Car si l’exercice est identique à celui que pratiquent les équipes du service au quotidien, il faut toutefois qu’elles sachent maîtriser l’environnement du véhicule. «Comme c’est un nouveau vecteur de transport qui sort de l’ordinaire, il y a une façon différente de faire, notamment pour faire monter et descendre le patient ; ce n’est pas comme dans une ambulance standard où vous ouvrez deux portes à l’arrière et il y a le brancard qui sort», dépeint Guillaume Navellier.
Le système de rangement du matériel diffère également de celui instauré dans les ambulances. Il a donc fallu «former les gens». «Mais c’est plus une formation à l’utilisation de l’EVACARe, à la manière dont on doit se positionner à l’intérieur ou dont on monte ou descend un patient.» Les équipes se forment notamment lors d’exercices préfectoraux : exercice de médecine de catastrophe organisée par la préfecture de Paris en juin 2025 ou au SAMU 14, à Deauville (Normandie). «Nous avons également fait une démonstration au Congrès de médecine d’urgence à Brest, en octobre 2025», liste Charles Groizard. «Nous mobilisons le car à chaque fois. Ces démonstrations nous servent également de formations.»
Du "porte-à-porte" et moins de moyens à mobiliser
L’avantage de ce mode de transport est à la fois humain et financier. Lors de la crise Covid, quand des transports de malades atteints du virus par avion et train, ont dû être organisés, la logistique s’est avérée complexe et lourde en termes de mobilisation de moyens. «Un avion prenait 10 patients, il fallait donc 10 ambulances avec 10 équipes de professionnels pour les transporter de l’hôpital vers l’aéroport. Suivait le transport en avion et, à l’arrivée, il fallait à nouveau 10 ambulances pour les amener dans un nouvel établissement», se souvient Charles Groizard. Avec sa capacité à déplacer entre 6 et 8 patients sur l’ensemble du territoire, l’EVACARe mobilise des ressources humaines bien moins nombreuses, d’autant plus que «nous faisons du porte-à-porte». Le car, positionné à Versailles où la maintenance est assurée par la société Transdev, a depuis intégré le stock stratégique des moyens nationaux sanitaires du ministère de la Santé, qui comprend notamment le matériel utilisé dans les SAMU.
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