Manque de matériel de dépistage, mais surtout pénurie de matériel de protection et de main-d’œuvre et de personnel : en République démocratique du Congo (RDC) où sévit depuis la mi-mai une épidémie particulièrement virulente du virus Ebola, les infirmières sont démunies. La situation y est déjà extrêmement préoccupante et les professionnels de santé sont en première ligne face aux malades, mais aussi aux dépouilles, avec des risques majeurs de contracter la maladie. En l’absence d’équipements de protection (dont masques, visières et combinaisons), tous «craignent pour leur sécurité».
Tel est le cri d’alarme que lance Conseil international des infirmières (CII), qui décompte d’ores et déjà des cas d’infections et déplore un décès au sein de la profession infirmière. Et dresse une comparaison avec la crise Covid où elle avait payé un lourd tribut. À l’époque, environ 115 000 infirmiers avaient perdu la vie du fait, notamment, du manque d’équipement de protection. «Le monde risque une nouvelle fois de ne pas protéger ceux qui nous protègent et de répéter les erreurs mortelles commises lors de la pandémie de COVID-19», s’émeut-il dans un communiqué. Et l’inquiétude est d’autant plus grande que, dans ces deux pays, les infirmières ne disposent pas de couverture santé ou d’une assurance qui leur permettrait d’obtenir des soins en cas d’infection.
Le manque de moyens freine la réponse face à l'épidémie
En contact avec les associations d’infirmiers présents en RDC et en Ouganda, où le virus s’est étendu, l’organisation relève une autre problématique : les conséquences de coupes budgétaires dans des financements pour la santé déjà très fragiles qui ont, au mieux, retardé la détection de l’épidémie et contribué à son escalade. En mars 2025, alors que les États-Unis sabraient dans les budgets alloués à l’aide internationale, le CII avertissait «que ces coupes menaçaient la préparation aux situations d’urgence et la sécurité sanitaire à long terme», rappelle-t-il par la voix de son président, le Dr José Luis Cobos Serrano. «Nous voyons aujourd’hui, tragiquement, nos avertissements se réaliser.»
Lors de l’Assemblée mondiale de la santé de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), qui s’est tenue du 18 au 23 mai à Genève, le CII a plaidé en faveur de la protection des professionnels de santé et d’investissements sécurisés dans la santé. C’est aussi à cette occasion que devait être finalisé l'annexe relative à l'accès aux agents pathogènes et au partage des avantages (PABS) qui rendra opérationnel l'Accord sur les pandémies. Un Accord que les États avaient jugé essentiel au sortir de la crise Covid pour apporter des réponses concertées et cohérentes aux futures épidémies mais qui peine à se concrétiser. «Si nous ne parvenons pas à protéger les infirmières et les professionnels de santé qui risquent leur vie pour endiguer cette épidémie [d’Ebola], nous manquons à notre devoir envers tout le monde. Sans eux, il n’y a ni réponse ni sécurité sanitaire mondiale», a conclu Howard Catton, le directeur général du CII.
Une épidémie particulièrement violente
L’épidémie d’Ebola s’est déclarée à la mi-mai dans la province d’Ituri, en RDC ; c’est la 17ème de ce genre que connaît le pays. Elle a depuis gagné l’Ouganda, où 7 nouveaux cas ont été recensés vendredi 29 mai. La riposte contre le virus a toutefois du mal à s’organiser, d’autant plus que la province d’Ituri est déchirée par les conflits armés qui opposent les rebelles ADF affiliés à l’État islamique aux milices communautaires. Mais il y a aussi la nature du virus, une souche Bundibugyo rare, contre laquelle il n’existe actuellement aucun vaccin ni traitement homologué. Elle provoque une fièvre hémorragique extrêmement contagieuse, la létalité de l’infection étant estimée entre 30 et 50%. Le 17 mai, preuve de l’inquiétude des autorités sanitaires face à l’ampleur de l’épidémie, l’OMS la déclarait comme une urgence de santé publique de portée internationale (USPPI).
Depuis, en déplacement à Kinshasa, la capitale de la RDC, le 29 mai, le Dr Tedros Adhanom Ghebreyesus a voulu se montrer rassurant : «Même si la situation est complexe, je pense qu’on peut arrêter cette chose», a-t-il déclaré. Plusieurs candidats thérapeutiques sont en cours d’évaluation pour tenter de soigner les malades : deux anticorps monoclonaux, le MBP134 et le Maftivimab, ainsi que l’antiviral remdesivir.
Selon les chiffres de l'OMS, le virus a causé 17 décès confirmés et 223 morts suspectes liés à Ebola en RDC depuis le début de l’épidémie, sur un total de 125 cas confirmés et plus de 900 cas suspects. Un premier cas de guérison a toutefois été recensé.
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