RENCONTRE

Louis Piprot, infirmier Youtubeur: «Il faut prendre le métier à bras le corps!»

Publié le 09/01/2026

Louis Piprot est infirmier et vulgarisateur santé. Il est à l’origine de la chaîne YouTube "Un Homme en Blanc" sur laquelle il distille ses conseils à de nombreux followers. Qu’ils soient en IFSI, en stage ou en poste, ils y trouvent une information précise et professionnelle. Le choix de l’intérim lui permet aujourd’hui, à 39 ans, de se consacrer davantage à la création de contenus et à la formation.

Louis Piprot 1

Qu’est-ce qui vous a mené au métier d’infirmier? 

Après le bac, je me suis orienté vers la filière STAPS dans l’optique de suivre des études de sport. Mon Master en poche, j’ai passé un diplôme pour pouvoir travailler en réadaptation avec des personnes en situation de handicap. Je me suis mis à mon compte et j’ai évolué dans ce domaine pendant deux ans. À cette époque là, le sport sur ordonnance n'existait pas et il était particulièrement difficile pour les professeurs en activité physique adaptée de coexister avec les kinés. À force de côtoyer des infirmiers dans le cadre de mon travail, j’ai été séduit par cette profession et j’ai fini par passer le concours. Tout s'est enchaîné très vite : concours, études en IFSI et diplôme. J’ai travaillé en réanimation à l’hôpital de Garches puis à Georges Pompidou à Paris. Il y a deux ans, j’ai décidé de passer en intérim pour des raisons de souplesse d’emploi du temps. Cela me permet de consacrer du temps à de la vulgarisation ainsi qu’à de la formation continue pour des professionnels déjà en service. 

Vous vous consacrez notamment à la chaîne Youtube que vous avez lancée: Un Homme en Blanc...

Oui. A l’origine, ce n’était pas prévu pour devenir une chaîne grand public. Lorsque j'étais étudiant en 2e année d’IFSI, nous avons, dans le cadre du bureau des étudiants, mis en place du tutorat pour les 1res années, en particulier pour les soutenir sur le calcul de doses. Comme nous n’avons pas pu obtenir de local pour pouvoir organiser ces séances de soutien, je me suis dit que j’allais diffuser les exercices corrigés directement sur Youtube. Cela a rapidement pris de l’ampleur. J’ai été sollicité pour de la pharmacologie, pour la description de pathologies, etc. J’ai trouvé cela extrêmement enrichissant de devoir réviser, réfléchir et construire des vidéos pour fournir du contenu pédagogique clé en main aux étudiants. L’idée n’étant pas de remplacer un cours, mais de délivrer une information concise et concrète. Un étudiant en stage peut avoir besoin d’une information rapidement. Il faut qu'en dix ou 20 minutes, il puisse intégrer cette information et être opérationnel. La chaîne est aussi utilisée par les jeunes diplômés, en particulier au moment où ils démarrent dans un service, voire par les professionnels en poste depuis quelques années. J’ai complété le contenu par des vidéos en direct de sessions de questions/réponses sur de la prise de poste, des exercices, etc. J’ai également commencé à avoir des demandes pour des interventions dans des IFSI.

Pourquoi avoir lancé un compte Instagram?

Le nom et l’objectif sont similaires à ceux de la chaîne Youtube. Le compte Instagram se veut simplement un peu plus léger. Je publie des mini quizz. Je viens d’ailleurs de publier un quizz version «Question pour un champion». Le but étant de découvrir une pathologie avec des cas cliniques évolutifs. C’est un format moins formel, plus interactif. 

Une vidéo de 20 minutes nécessite au moins une dizaine d’heures de travail

Combien de vidéos publiez-vous par mois? 

C'est très variable : cela peut aller de zéro à cinq par mois. 88 000 personnes me suivent sur YouTube et 32 000 sur Instagram. C’est un public majoritairement féminin, à l’image de la profession finalement. J’ai de nombreuses vidéos déjà écrites qui sont en attente. Sachant qu’une vidéo de 20 minutes nécessite au moins une dizaine d’heures de travail, entre la recherche d’informations, l'écriture, le tournage et le montage qui me demande beaucoup de temps. Je ne publie pas autant que je le souhaiterais. 
La chaîne ne rapporte quasiment pas d'argent, hormis de petites rentrées dues à des placements de produits. Je n’ai donc pas la possibilité de payer un monteur. Le but n’est d’ailleurs pas d’ajouter de la publicité, ce n’est vraiment pas la vocation. Mon objectif est de donner un coup de main, de communiquer. C’est un exercice que j’apprécie, qui me permet de mettre régulièrement mes connaissances à jour et de développer l’aspect pédagogique. C’est vraiment quelque chose qui m’intéresse. Je viens d’ailleurs de débuter un master en pédagogie pour travailler la transmission de messages. 

Aimeriez-vous en vivre?

Ce n’est pas l’idée. Cela m’a ouvert des portes sur d'autres choses, notamment la formation continue. Des professionnels et des organismes de formation m'ont demandé d'intervenir dans le cadre de certaines formations, ce qui exige de créer du contenu pédagogique complet. C’est finalement devenu mon 2e métier après infirmier.

Bio express de Louis Piprot

2005 : bac scientifique
2011 : master STAPS 
2014 : début de l’IFSI
2017 : diplôme d’infirmier 
2017 à 2020 : infirmier en rééducation puis en réanimation à l'hôpital Raymond Poincaré à Garches 
2020 à 2023 : infirmier en réanimation à l’hôpital Georges Pompidou 
Depuis 2023 : en intérim
2025 : 88 000 followers sur YouTube et 32 000 sur Instagram

En quoi vous distinguez-vous des autres infirmiers vulgarisateurs santé?

Je pense que les personnes qui regardent nos contenus s’orientent en fonction des personnalités des différents créateurs de contenu. Chacun a sa personnalité et sa manière de communiquer. J’imagine que les personnes qui me suivent sont à la recherche d’informations, d’un complément de cours, pas d'un contenu divertissant. S’ils recherchent un contenu très spécifique, esthétique, ils iront plutôt voir mon collègue Jérémy Guy 

Notre métier est reconnu comme un vrai métier autonome. Nous ne sommes plus réduits au rôle de petites mains du médecin

Comment percevez-vous le métier d’infirmier aujourd’hui?

Je trouve parfois que les réseaux sociaux véhiculent des messages pessimistes, poussant plutôt les infirmières et infirmiers à fuir le métier. Or il est extrêmement intéressant. Globalement, il est ce que l’on en fait. C’est un métier à la fois difficile et passionnant. Si l’on s’y donne corps et âme, on peut y laisser des plumes. Il faut donc donner ce que l'on peut. Avec la loi de juin 2025 et la refonte de la formation qui arrive en septembre 2026, les choses bougent. Notre métier est reconnu comme un vrai métier autonome. Nous ne sommes plus réduits au rôle de petites mains du médecin. Ces changements vont nous permettre d’être réellement pris au sérieux. Pour une fois que l'occasion se présente de prouver que nous valons bien plus, à nous de saisir cette chance.

Cela change un peu des discours ambiants… 

C’est un métier difficile, je ne le nie pas. Mais nous avons cette chance de pouvoir changer nos conditions de travail. Il est possible, assez facilement, de changer d'établissement. Et puis, s’il y a bien une compétence que nous avons développée, c’est la débrouillardise. Apprendre à trouver des solutions, c'est quelque chose que nous pratiquons au quotidien. 
La refonte de la formation et la loi Infirmière de 2025 ne sont évidemment pas parfaites mais cela ne signifie pas pour autant qu’il faille tout bloquer. Il faut réussir à avancer et, au fur et à mesure, ce qui nécessite d’être corrigé le sera. Je vois vraiment ces évolutions d’un très bon œil. Ce sont des réformes que nous attendions depuis très longtemps. Tout le monde demande du changement, enfin il y en a. Ce n'est pas le moment de freiner des quatre fers. Il faut prendre le métier à bras le corps. Je suis un éternel optimiste !

Pour en savoir plus : 
www.youtube.com/c/UnHommeEnBlanc
www.instagram.com/un_homme_en_blanc/?hl=en
À lire : Mon cahier de révision IFSI. Ma 1re année en DEI, de Louis Piprot et Garry Laudren, éd. Elsevier Masson, 192 p., 14,90€.

Elise Kuntzelmann

Source : infirmiers.com