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Surpoids et obésité chez l'enfant et l'adolescent : un nouveau guide des bonnes pratiques pour mieux les accompagner

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Compétences infirmières

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La Haute Autorité de Santé (HAS) publie un Guide du parcours de soins consacré au surpoids et à l'obésité de l'enfant et de l'adolescent. Y sont proposés une synthèse sur les points critiques du parcours de soins ainsi que 10 messages clés pour améliorer les pratiques. 9 fiches déclinent en outre le rôle des différents professionnels impliqués dans ce parcours. Les infirmiers de la médecine scolaire ainsi que ceux exerçant dans le cadre d'un exercice coordonné sont concernés.

Surpoids et obésité chez l'enfant et l'adolescent

Aujourd’hui, en France, 17% des enfants et adolescents sont en surpoids, 4% sont atteints d’obésité

Respectivement 17% et 4 %, telle est, en France, la prévalence du surpoids et de l'obésité chez les enfants à partir de l'âge de 6 ans (chiffres 2015). Une prévalence qui augmente tout particulièrement chez les adolescentes (respectivement 20% et 5,4%), celles-ci ayant une moindre activité physique et sportive, et étant plus sédentaires que les garçons. Chez les jeunes en situation de handicap, cette prévalence, plus importante dès l'enfance, peut par ailleurs induire un surhandicap au cours du temps.

Une maladie chronique complexe

Ces quelques données épidémiologiques mentionnées en préambule de ce nouveau guide de bonnes pratiques1 témoignent de l'importance de l'obésité chez les enfants et adolescents français, laquelle n'est pas sans incidence sur leur santé actuelle et future. Chez l'enfant, cette maladie chronique complexe entraîne en effet un risque accru d'obésité, de décès prématuré et de handicap à l'âge adulte. Difficultés respiratoires, troubles musculo-squelettiques, risque accru de fractures, hypertension artérielle, apparition des premiers marqueurs de maladie cardiovasculaire, résistance à l'insuline peuvent aussi survenir du fait de cette pathologie. Sans compter des problèmes psychologiques divers. Les enfants et adolescents en situation de surpoids ou d'obésité étant notamment généralement moins épanouis, ayant une moins bonne image de leur corps, étant plus souvent victimes de moqueries, de harcèlement, de stigmatisation, d'agression, ou encore pouvant avoir de moins bons résultats scolaires.

Des infirmiers impliqués dans le parcours

Face à ce défi de santé publique, les infirmiers de médecine scolaire comme ceux exerçant dans le cadre d'un exercice coordonné, font partie des professionnels qui, selon les situations, peuvent être impliqués et sollicités au fil des quatre étapes clés du parcours (voir schéma) pointées par les auteurs du guide, à savoir :

  • le dépistage précoce associé à un bilan des habitudes de vie
  • la confirmation et l’annonce du diagnostic
  • la réalisation d’une évaluation multidimensionnelle2 de la situation globale individuelle et familiale dès le repérage d’un surpoids ou d’une obésité
  • la gradation et la modulation des soins et de l’accompagnement « personnalisés selon la complexité de la situation et son évolution. » (voir encadré)

Dans le cadre de la médecine scolaire

Le suivi de la corpulence de l’enfant/adolescent, le dépistage précoce du surpoids et de l’obésité, le repérage de signes de souffrance psychique, les actions de promotion de la santé des élèves ou encore l’accompagnement des jeunes pendant la prise en charge d’une situation de surpoids ou d’obésité si celle-ci a un impact sur la scolarité sont en effet parmi les missions assurées par les médecins et infirmiers de l’Éducation nationale.

Dans le premier degré (écoles maternelles, élémentaires/primaires), les modalités des interventions des infirmiers de l’Éducation nationale varient d’un département à l’autre en fonction de l’organisation territoriale. Les IDE de la santé scolaire peuvent parfois être amenés à réaliser des bilans de santé entre 3 et 4 ans en école maternelle.

Au collège, lors de la 12e année de l’adolescent, un entretien infirmier avec l’enfant est prévu. Outre un examen avec mesures biométriques, l’infirmier aborde avec lui la perception de sa santé, ses conditions de vie, son développement pubertaire, l’expression de signes de souffrance psychique…

Dans les situations de détresse ou souffrance psychologique, l’IDE de la médecine scolaire peut par exemple orienter l’enfant ou l’adolescent concerné vers une consultation de psychologue3.

Dans le cas encore d’une inaptitude partielle à la pratique de l’éducation physique et sportive, l’IDE d’établissement (ou le service de la médecine scolaire) peut engager un dialogue avec l’élève, sa famille, le médecin qui suit l’enfant/l’adolescent(e) et l’enseignant d’EPS, l’objectif étant de mettre en place des adaptations pour permettre la pratique si elle est possible.

Des adaptations4 peuvent aussi être proposées pour le suivi d’une scolarité le plus souvent dans des situations d’obésité complexes. Dans ce cadre, les IDE de la médecine scolaire font partie des professionnels de santé enclins à participer au suivi et à l’évaluation des dispositifs mis en place.

Dans le cadre d’un exercice coordonné

Les infirmiers exerçant dans le cadre d’un exercice coordonné sont également susceptibles de participer aux soins et à l’accompagnement des enfants, adolescents en situations de surpoids et d’obésité non complexe et complexe. Il en va ainsi :

  • des IDE délégués à la santé publique (IDSP) en coordination avec les médecins généralistes grâce à une organisation sur des actes non dérogatoires à la pratique des infirmiers et des délégations d’actes et d’activités (association Asalée – Actions de santé libérale en équipe) en ce qui concerne les situations non complexes. À noter : une formation construite par et pour les binômes médecins généralistes/infirmiers sur le dépistage précoce et l’accompagnement de l’enfant/l’adolescent en surpoids est actuellement proposée aux binômes Asalée sur l’ensemble du territoire
  • des infirmiers en pratique avancée (IPA). Compte tenu de leur expertise dans le suivi des patients, les IPA pourraient ainsi notamment participer au bilan multidimensionnel des jeunes patients afin d’évaluer leurs besoins, leurs attentes et repérer d’éventuelles vulnérabilités. De même pourraient-ils compte tenu de leur expertise dans la mise en œuvre de l’ETP participer à l’évaluation de leur degré de motivation et niveau de littératie, et construire avec l’équipe pluridisciplinaire un parcours de soins structuré et cohérent. À noter : les IPA peuvent prendre en charge les soins et l’accompagnement des situations d’obésité complexe ;
  • des professionnels de santé travaillant en équipe et engagés dans une démarche de coopération tout particulièrement dans des situations d’obésité non complexe. Les protocoles pourraient recouvrir des actes d’évaluation multidimensionnelle et de conclusion clinique, des actes réguliers d’évaluation globale de la situation, préparatoires aux consultations médicales.

Plus largement, les auteurs du guide soulignent parmi les enjeux au cœur de ce parcours de soins l’importance de la coordination entre les professionnels impliqués, tout comme la prévention de la stigmatisation, la communication avec les familles, la co-construction d’un projet de soins personnalisé, et ce, dès le diagnostic et l'annonce du surpoids ou d’une obésité.

Notes

  1. Ce nouveau guide s'appuie, entre autres, sur les recommandations publiées par la HAS en 2011, complétées et actualisées. Il a été élaboré en suivant le guide méthodologique Élaboration du guide et des outils parcours de soins pour une maladie chronique publié par la HAS en 2012.
  2. Celle-ci porte sur plusieurs dimensions : histoire et comorbidités somatiques et psychiques individuelles et familiales ; habitudes de vie et environnement, aspects culturels ; retentissement sur l’état de santé ; histoire des prises en charge antérieures ; réceptivité aux changements des habitudes de vie ; aspects psychologiques, affectifs et psychopathologiques ; situation sociale et économique ; scolarité ; situation familiale.
  3. Le dispositif Écout’Émoi par exemple, destiné aux jeunes de 11 à 21 ans, vise à réduire la souffrance psychique des jeunes : accès rapide à des consultations de psychologue libéral après évaluation du médecin (scolaire ou généraliste), avec remboursement intégral par l’Assurance maladie (12 séances).
  4. Projet d’accueil individualisé (PAI), projet personnalisé de scolarisation (PPS), Accompagnement pédagogique à domicile à l’hôpital ou à l’école (Apadhe), enseignement à distance, scolarité partagée.

Situations complexes ou non

Pour graduer les soins et l’accompagnement, il convient de prendre en compte deux types de situations :

  • Une situation de surpoids ou d’obésité est dite non complexe en cas d’IMC situé entre 25 et 30 ou en cas d’IMC > 30 sans complications et sans cumul de facteurs qui sont cause ou conséquence d’une obésité. Par exemple, une problématique sociale ou psychologique ou scolaire associée n’entraîne pas obligatoirement une complexité si elle trouve des réponses accessibles en proximité.
  • Une situation d’obésité est dite complexe du fait de la sévérité de l’obésité (IMC >30) et du cumul de facteurs associés : complications ou comorbidités somatiques ou psychiatriques, individuelles ou familiales associées ; obésité de causes rares (génétiques, lésionnelles) ; situation de handicap, de déficience, antécédents d’échecs du traitement de l’obésité ; retentissement important sur la vie quotidienne et la qualité de vie ; troubles des conduites alimentaires associés à des troubles psychopathologiques, problématiques sociales, familiales, scolaires.

Dans une telle situation, il importe alors de désigner un référent de proximité au sein de l’équipe de soins.

Source : HAS – Guide du parcours de soins : surpoids et obésité de l’enfant et de l’adolescent(e), février 2022

Dix messages pour améliorer les pratiques

  1. Mesurer l’indice de masse corporelle (IMC) tout au long de l’enfance et de l’adolescence pour dépister et diagnostiquer précocement un surpoids ou une obésité.
  2. Prescrire des examens biologiques de manière ciblée
  3. S’appuyer sur une évaluation multidimensionnelle dès le diagnostic et l’annonce d’un surpoids ou d’une obésité
  4. Graduer et moduler les soins et l’accompagnement selon la complexité de la situation
  5. Proposer des soins et un accompagnement dès le diagnostic d’un surpoids ou d’une obésité
  6. Perdre du poids n’est pas un objectif prioritaire sauf en cas de complications
  7. Compléter si besoin par un séjour en soins de suite et de réadaptation dans les situations complexe
  8. Assurer la continuité du parcours : préparer la transition vers l’âge adulte dès le début de l’adolescence
  9. Accompagner l’enfant ou l’adolescent en situation de handicap et ses parents : points communs et spécificités
  10. Favoriser l’engagement des associations d’usagers

Source : HAS – Guide du parcours de soins : surpoids et obésité de l’enfant et de l’adolescent(e), février 2022

Valérie Hedefvalerie.hedef @orange.fr

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