CONCEPTS DE SOINS

Bienfaits de l’hypnose et de la musicothérapie dans la prise en charge du cancer

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Compétences infirmières

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Les thérapies complémentaires, dès lors qu’elles sont bien encadrées par les professionnels de santé spécifiquement formés et associées aux traitements conventionnels, peuvent contribuer à améliorer la qualité de vie des patients atteints de cancer mais peuvent également présenter un intérêt lors de la prise en charge en bloc opératoire. À l’image de l’hypnose et de la musicothérapie, mises en place au sein du Centre Léon Bérard.

L'hypnose et la musicothérapie peuvent faciliter le passage au bloc opératoire, même si elles ont leurs limites.

Quelles thérapies complémentaires présentent un intérêt dans la prise en charge des cancers ? C’est à cette question qu’a répondu le webinaire organisé le 2 décembre par le Centre Léon Bérard, spécialisé dans la lutte contre le cancer, et faisant suite à une première conférence diffusée en 2020. S’il est toujours difficile de valider de manière rigoureusement scientifique l’intérêt des thérapies complémentaires, de nombreuses sociétés savantes (American Cancer Society, Centers for Disease Control and Prevention) recommandent leur utilisation en complément des traitements anti-cancéreux conventionnels, notamment dans le cadre des soins de support, pour soulager les effets secondaires qu’ils provoquent. En France, elles font l’objet d’une réglementation stricte. Socio-esthétique, méditation en pleine conscience, art thérapie…, le Centre Léon Bérard propose ainsi un certain nombre d’entre elles à ses patients, aussi bien pour améliorer leur qualité de vie que pour alléger les difficultés liées au passage en bloc opératoire. Focus sur la musicothérapie et l’hypnose.

Un champ dont les soignants doivent s’emparer

Les thérapies complémentaires doivent être associées à l’oncologie conventionnelle, et ne doivent surtout pas être considérées comme un mode alternatif aux traitements anti-cancéreux, prévient le Dr Bénédicte Mastroianni, oncologue au sein du centre, en introduction. Elles doivent également être utilisées avec la plus grande prudence, car certaines d’entre elles (entre autres, celles recourant aux plantes type phytothérapie) induisent des interactions néfastes avec les traitements conventionnels et peuvent mettre la vie des patients en danger. Pour autant, elles présentent un réel intérêt dans la prise en charge des cancers : réduction de l’anxiété et du stress, gestion des douleurs, réappropriation du corps rudoyé par les traitements, réduction des difficultés psycho-sociales telles que la dépression… Bien encadrées, ces thérapies présentent des bénéfices intéressants et, par ricochet, peuvent avoir un impact positif sur l’acceptation de la prise en charge, voire sur l’implication du patient dans son traitement. Ces thérapies contribuent à améliorer l’observance des traitements conventionnels, explique ainsi Bénédicte Mastroianni. Elles permettent aussi de diminuer le recours à certaines substances, comme les antalgiques morphiniques et non-morphiniques dans la prise en charge de la douleur, par exemple.

"Naturel" ne veut pas dire "sans danger"

Afin de mieux associer thérapies conventionnelles et complémentaires, le Centre Léon Bérard a mis en place une consultation d’oncologie interactive, à destination notamment des patients souffrant de symptômes réfractaires avec des traitements classiques. Celle-ci sert en premier lieu à les informer puis à définir les thérapies complémentaires appropriées en fonction des traitements et des thérapies complémentaires déjà mobilisées. Une démarche d’autant plus pertinente que les patients se questionnent sur l’utilisation de ces thérapies, et veulent ouvrir la discussion sur le sujet avec les professionnels de santé, souligne l’oncologue. Les professionnels de santé doivent être proactifs car il peut y avoir de réelles pertes de chance si les patients testent seuls certaines thérapies, relève-t-elle. Il s’agit également de prévenir les fausses idées : "Naturel" ne veut pas dire "sans risque", martèle-t-elle en effet. Ces consultations, qui durent entre 45 minutes et 1 heure, ont pour objectif d’aboutir à une offre de thérapies complémentaires pertinentes et qui privilégie celles s’appuyant sur des bases scientifiques.

L’hypnose comme complément à l’anesthésie

Parmi ces thérapies complémentaires, l’hypnose, qui induit un état de conscience modifiée ; l’attention du patient est détournée, et il est plus apte à écouter la suggestion du thérapeute, explique Isabelle Martel-Lafay, radiothérapeute formée à la pratique. Elle présente un intérêt particulier car elle peut être sollicitée dans le cadre d’une pluralité de prises en charge : gestion de l’anxiété, des douleurs provoquées par les soins, diminution des phobies…, énumère-t-elle. À noter toutefois que le recours à l’hypnose ne peut fonctionner que si elle répond à un objectif bien identifié, à définir en consultation avec l’hypnothérapeute. La pratique de l’hypnose peut aussi être mobilisée dans le cadre d’opérations chirurgicales afin de limiter les produits d’anesthésie et provoquer moins d’effets indésirables. Depuis septembre 2020, 50 chirurgies du sein ont ainsi été pratiquées sous hypnose, avec une réduction importante du recours à l’anesthésie, et dans une volonté d’améliorer l’accueil des patientes et de diminuer leur anxiété avant l’opération, déclare Franck Ryckewaert, cadre infirmier au Centre Léon Bérard et responsable de bloc opératoire. Elle permet en outre d’améliorer le vécu du geste opératoire. Elle favorise également une récupération plus rapide car moins de produits sont utilisés et il y a donc moins d’effets secondaires, détaille-t-il. Et si le bénéfice est important pour les patientes – 85% de celles qui en ont profité le recommandent, indique-t-il – il l’est aussi pour l’équipe soignante. Selon lui, elle donne une dimension plus humaine à la prise en charge, améliore l’ambiance dans la salle d’opération et permet de travailler dans de meilleures conditions. En tout, deux médecins-anesthésistes et quatre infirmiers-anesthésistes ont été formés au sein du centre à la pratique de l’hypnose en contexte opératoire.

La musique stimule l’endorphine et est donc très indiquée dans la gestion de la douleur

La musicothérapie en pré et post-opératoire

Autre thérapie complémentaire qui peut être utilisée en bloc opératoire : la musicothérapie, qui participe là aussi à l’amélioration de l’accueil du patient et facilite la gestion de l’anxiété en provoquant un état modifié de conscience. Mise en place à l’été 2020 au Centre Léon Bérard via le dispositif Music Care, elle démontre ses effets positifs aussi bien lors de la phase précédant une opération qu’en période post-opératoire. Le programme a été imaginé comme une séance de suggestion mentale, rapporte Franck Ryckewaert, précisant que sa durée (entre 20 minutes et une heure) est ajustable en fonction de la durée du soin et que le choix de la musique est laissé au patient. Elle est ainsi utilisée en amont et lors de gestes pratiqués sous anesthésie locale (radiologie interventionnelle, drains thoraciques, pose de voie centrale…), mais également lors des réveils. En radiologie, elle diminuerait de moitié l’anxiété, avec des patients atteignant parfois un état proche du sommeil, voire qui s’endorment, lors de l’intervention. Un constat qui se vérifie également lors de la réalisation des pansements ou pour induire un climat plus serein lors des toilettes. La musique stimule notamment l’endorphine, donc elle est très indiquée dans la gestion de la douleur, des troubles du comportement ou du sommeil, ou pour lutter contre la dépression, ajoute le cadre de santé. Il existe quelques difficultés de mise en place au bloc, nuance-t-il toutefois, car le dispositif est chronophage pour les soignants opérateurs, qui, de plus, vivent parfois assez mal le fait de perdre un peu le contact avec les patients. Par ailleurs, les gestes particulièrement douloureux entraînent une diminution du bénéfice de la musicothérapie. Et si cette dernière et l’hypnose semblent avoir les mêmes finalités, les indications d’utilisation ne sont pas tout à fait les mêmes, précise Bénédicte Mastroianni. Et de rappeler que l’ensemble des thérapies complémentaires doivent être bien encadrées et avant tout mobilisées dans l’idée d’améliorer la qualité de vie des patients et de favoriser le maintien ou le retour dans la vie active.

Journaliste audrey.parvais@gpsante.fr

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