SALAIRES ET RÉMUNÉRATIONS

Revenus des infirmiers : comment s’y retrouver ?

Publié le 21/11/2025

Que l’on travaille dans un établissement public, privé, que l’on soit IDEL, que l’on ait été embauché avant ou après le Ségur, les configurations sont nombreuses et ne simplifient pas toujours les comparaisons de revenus. On fait le point.

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Crédit photo : GARO/PHANIE

Dans le secteur public

Si l’on se penche tout d’abord sur le cas des infirmiers qui exercent dans le secteur public, il y a deux composantes principales dans leur rémunération. Une composante indiciaire, qui est la composante de base, correspondant à ce que l’on entend régulièrement sous le terme de traitement indiciaire brut et qui renvoie au fameux point d'indice. Et puis il y a une composante indemnitaire variable liée à la partie prime. Il est plus facile de caractériser l'évolution du traitement indiciaire qui, pour le coup, est balisé, visible dans le temps et concerne tout le monde. Il représente la partie fixe, soit les trois quarts de la rémunération.

Les bases du traitement indiciaire

La part indiciaire est un mécanisme classique de la fonction publique, le point d'indice a une valeur en euros brut. « En fonction de l'ancienneté et de l'échelon, correspond, dans la grille indiciaire, un certain nombre de points d'indice fixant la rémunération, explique Rodolphe Soulié, responsable des ressources humaines à la Fédération hospitalière de France (FHF). Par essence, la rémunération à un an d'activité n'est pas celle à cinq ans, ni celle à 20 ans. C'est la part de rémunération qui a, par ailleurs, évoluée le plus au cours des cinq dernières années, notamment sous l'effet du Ségur et de la réévaluation du point d'indice ».

En fin de carrière quelqu'un qui était situé à l’échelon 10 qui partait de 2774 euros brut avant le Ségur, se retrouve plutôt à 3000 euros brut après le Ségur.

Ségur 1

Si l’on raisonne en rémunération mensuelle, un infirmier à l'échelon 2, c'est-à-dire qui a à peu près un an d'exercice, était payé, avant le Ségur, environ 1893 euros brut par mois. Aujourd’hui, pour la même situation, il serait payé aux alentours de 2327 euros brut. « Cette augmentation est associée aux effets du Ségur, que l'on a tendance à scinder en Ségur 1 et Ségur 2 », précise Rodolphe Soulié.
Le Ségur 1 est en rapport avec le complément de traitement indiciaire (CTI), qui a concerné rigoureusement tous les professionnels hospitaliers. Le CTI est donc le volume de points d'indices forfaitaire. Au moment de son déploiement, il représentait 230 euros brut. Aujourd'hui il correspond plutôt à 245 euros brut.

En fin de carrière quelqu'un qui était situé à l’échelon 10 qui partait de 2774 euros brut avant le Ségur, se retrouve plutôt à 3000 euros brut après le Ségur.

Ségur 2

Au Ségur 2 est associé un rééchelonnement des grilles. « Les grilles ont été revues, ce qui veut dire qu'à chaque échelon, le nombre de points correspondant a été revu, rappelle Rodolphe Soulié. Cela produit des effets différents en fonction des échelons mais cela donne une évolution globalement favorable. »

En fin de carrière quelqu'un qui était situé à l’échelon 10 qui partait de 2774 euros brut avant le Ségur, se retrouve plutôt à 3000 euros brut après le Ségur.

S'y sont ajoutés, en 2022 et 2023, d’une part la réévaluation de la valeur du point d'indice et, d’autre part, au premier janvier 2024, cinq points d'indice complémentaires attribués à tous les fonctionnaires. « Si vous faites le calcul, l’évolution est située entre 22 et 23 % du traitement indiciaire brut entre 2020 et 2024, si je prends la moyenne de toutes les carrières confondues », analyse Rodolphe Soulié.

Une composante indemnitaire variable

Cette composante est, elle, par essence, beaucoup plus variable d'un professionnel à l'autre.
Les primes vont, en effet, être notamment associées au mode d'exercice. « Il y a des primes (ou indemnités) inhérentes à l'exercice de certains types d'activités, comme les soins critiques ou les urgences, qui embarquent une dimension indemnitaire particulière, observe Rodolphe Soulié. Les primes ont beaucoup évolué au cours des cinq dernières années. Il s’agit donc d’un élément important en termes de dynamique. Par essence, il est donc beaucoup plus difficile de donner une visibilité sur cette partie indemnitaire puisqu’elle va fondamentalement dépendre de l’endroit où exerce un professionnel, de la nature de son activité et de sa fréquence. S’il fait beaucoup de nuits, sa rémunération associée sera nécessairement plus importante. S’il fait beaucoup de dimanches ou de jours fériés, c’est pareil. »

La partie indemnitaire dans la rémunération totale d’un infirmier est de 25% en moyenne.

La part relative de la partie indemnitaire dans la rémunération totale d'un infirmier varie donc d’une personne à l'autre pour les raisons évoquées. En moyenne, elle est de l'ordre de 25 %.
Parmi les évolutions majeures observées sur cette part, figurent la réévaluation de l'indemnisation des nuits et du travail les dimanches et jours fériés et la prime d'exercice en soins critiques (en réanimation ou en soins intensifs) ; cela équivaut à une centaine d'euros par mois.

Quid de l’hospitalisation privée ?

Dans les cliniques et hôpitaux privés, la rémunération des infirmiers est inférieure à celle du public, avec un écart moyen estimé à 18 %, selon l’étude économique réalisée pour la Fédération de l’Hospitalisation Privée (FHP) en janvier 2025. En début de carrière, un infirmier du secteur privé environ 2 145 euros brut par mois. Cet écart avec le secteur public trouve notamment sa justification dans une absence de transposition de mesures salariales prises pour dernier en 2023 et 2024.

L’avenant 33, signé en 2023 avec la CFDT et l’UNSA, devait permettre de faire tendre les salaires du privé vers ceux du public, avec un objectif de 2 500 euros brut en début de carrière. Faute de financement suffisant de l’État, la FHP a proposé aux organisations syndicales un accord révisé qui porterait le salaire à 2 333 € brut. « Aujourd’hui, les infirmiers du privé ne sont pas rémunérés à la hauteur de leur engagement, alors qu’ils assurent les mêmes missions auprès des mêmes patients que leurs collègues du public. Pour préserver la qualité et la continuité des soins, l’État doit aussi soutenir les professionnels de santé du secteur privé », souligne Lamine Gharbi, président de la FHP.

Les infirmiers du Luxembourg gagnent en moyenne deux fois le salaire des infirmiers français.

Chez nos voisins européens

Selon les données de l’OCDE, le personnel infirmier des hôpitaux français serait relativement mal payé comparé à nos voisins européens. En 2020, le salaire annuel brut des infirmiers en France était de 32 397 euros en moyenne, soit moins qu'en République tchèque (33 567 euros) ou en Pologne (33 946 euros). La rémunération du personnel infirmier hospitalier était largement plus élevée chez nos voisins belges, où elle atteignait en moyenne 62 316 euros annuels bruts. Les infirmiers et infirmières du Luxembourg gagnaient quant à eux plus de deux fois le salaire moyen en France : 66 790 euros en moyenne…

À l’international 

La France se situe plutôt en milieu de tableau en ce qui concerne les rémunérations. Ceci est vrai pour les infirmiers mais ça l’est également pour d'autres professionnels de santé. « Notre système a la particularité d'être très hybride, ce qui est rarement le cas des systèmes à l'étranger. Pour faire simple nous avons, en France, une offre publique très forte et une offre privée très significative également. Et le privé se divise en privé salarié et en privé libéral », décrit Rodolphe Soulié.  

L’organisation des systèmes types avec lesquels on se compare est assez différente : « Typiquement, si je prends des archétypes, le système anglais est très étatisé donc, par essence, les infirmiers sont très largement salariés, poursuit-il. A l'inverse, le système américain est très libéral. Le système allemand est encore un peu différent. De ce fait, il est compliqué au niveau international, de savoir ce que l’on compare en moyenne. »

Ce qui est certain est que les difficultés, les tensions sur les ressources disponibles et sur le recrutement des soignants sont à peu près généralisées dans les pays occidentaux.

Les revenus des IDEL

Si l’on se fie au site caducee.net, le revenu des infirmiers libéraux dépend directement du nombre d’actes réalisés et de la taille de leur patientèle. En moyenne, un infirmier libéral génère un chiffre d’affaires compris entre 4 000 et 5 000 euros par mois, versé sous forme d’honoraires par les Caisses primaires d’assurance maladie (CPAM). Cependant, pour obtenir l'équivalent d'un salaire net, il est nécessaire de déduire environ 40 % de ce montant, couvrant les charges sociales et les frais professionnels. Le revenu net moyen d'une infirmière libérale titulaire en France s’élève à environ 43 500 euros par an avant impôts, soit 3 625 euros nets par mois.

Élise Kuntzelmann

Source : infirmiers.com