ETHIQUE

L’Empathie, un concept en fin de vie

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Médecin

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S’il est un concept qui a fait consensus dans les universités des métiers de la santé, c’est bien l’empathie. Elle est encore enseignée à tour de bras et gobée comme une hostie par tous les étudiants en quête de sainteté professionnelle. Imaginez trois secondes que cette empathie ne soit pas la panacée que l’on voudrait nous vendre à peu de frais. Explorons donc ce concept afin de dévoiler son côté sombre et tenter de trouver une échappatoire digne de ces soignants qui ont réellement le souci d’autrui.

L’Empathie, un concept en fin de vie

Selon Christophe Pacific, Docteur en philosophie, "L’empathie ne tient pas ses promesses humanistes. Elle n’est pas un outil fiable qui puisse nous permettre d’interpréter rigoureusement les signifiants d’un patient."

Elle est, dit-on, la posture idéale proposée au soignant pour lui permettre de comprendre ce que ressent autrui. De là, une avalanche de définitions plus floues les unes que les autres se bousculent au portillon. Ma préférée : l’empathie c’est ressentir sans éprouver… Quelle imposture ! C’est typiquement une définition idiote et mal renseignée. Pour tenter de se rapprocher au plus près du sens premier de ce mot, il convient de remonter sa piste jusqu’à son émergence.

L’origine

Elle est récente car est attestée au XXe siècle et formée sur le modèle de la sympathie. Le mot émerge dans la langue anglaise en 1904 chez Edward Bradford Titchener, qui inventa le mot empathy pour exprimer la différence qu’il y a en allemand entre einfühlung (en-pathie) employé par T. Lipps en psychologie et un autre mot mitgefühlung (syn-pathie) (1). Empathie est la traduction du sens du mot grec εμπαθεια empatheia lui-même du mot grec...

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Commentaires (6)

Elisamaurice21

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1 commentaires

#11

a venir...

Cher collègue,
C'est avec intérêt que j'ai lu votre article et les commentaires s'y rapportant. Laissez moi tout d'abord me présenter un peu: Infirmière (en psychiatrie) Cadre Infirmiere, ayant participée a la refonte des études d'infirmières en 1979, puis toutes les années suivantes, je me suis orientée vers la voie psychologique: formée par Carl Rogers de 1980 jusqu'a sa mort en 1987.
Je suis bien concernée par , je cite "les formations a tours de bras" sur l'empathie car effectivement ce fut un choix de revenir vers l'hôpital pour y proposer ce que je connaissais bien: la relation d'aide, l'écoute et même des formations plus longues a la psychothérapie centrée sur la personne, ceci dans le monde entier. Ma deuxième voie professionnelle fut celle de la psychothérapie en libérale.
Vous vous doutez bien que je suis en désaccord sur un certains nombres de vos propositions. Je vais donc profiter du confinement (ici aussi sur l'Ile Maurice) pour étayer ma "contre proposition" et c'est avec plaisir que nous pourrons peut-être échanger. Je vous remercie de votre lecture et a tout bientôt. Elisabeth Kremer

CrisP

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54 commentaires

#6

humilité, fondement du souci d'autrui

Le commentaire du Dr Pradines est précieux car tellement empreint de vécu et d'expérience. il insiste sur l'idée d'humilité et c'est fondamental ! je ne dois pas me satisfaire de ma propre pensée quand j'ai le souci d'autrui. A penser seul je prends le risque du sollipsisme et mes actions pleines de bonnes intentions peuvent se transformer en geste délétère pour le patient. c'est bien par humilité, volonté de soulager et de ne jamais nuire que l'éthique de la sollicitude peut s'exprimer.

bpradines

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1 commentaires

#4

empathie : mot magique ?

Très intéressant article de Christophe Pacific sur des notions éternellement questionnées dans nos pratiques soignantes.
L’empathie serait-il un mot fourre-tout qui permettrait de se rassurer à bon compte ? Dès lors que j’aurais prononcé le mot magique, chacun aurait compris que je suis attentif à la souffrance de la personne soignée sans perdre mes capacités professionnelles dans une errance affective qui relèverait de la sympathie. Or, ce dernier concept, comme ceux qui relèvent de la vie sentimentale ont toujours été suspects dans le monde qui se veut très rationnel du soin organisé. Cette suspicion rejoint celle de la fameuse bonne distance qui serait bien trop raccourcie, brûlant les ailes de l’imprudent. « On ne peut pas aimer son patient » me déclara tout de go une soignante. Direction le burn-out s’il en était ainsi ?
Christophe Pacific a raison de nous mettre en garde contre toutes les facilités de langage qui closent le débat, stérilisent la pensée, assèchent les sentiments. Admettre que nous ne pourrons jamais nous mettre vraiment à la place de notre patient, c’est déjà un pas vers la modestie qui nous fait défaut. Concevoir que l’écoute bienveillante est un élément majeur, indispensable et insuffisant de notre relation au soigné, serait un progrès. Déjà beaucoup ! Car le contexte, lui n’est pas toujours philosophique. Il impose d’aller vite. Il exige la disponibilité physique et mentale. Il n’est pas le fait d’un soignant isolé mais il est le produit d’une situation donnée, politique, économique, culturelle, historique. Autrement dit, la part de ma responsabilité personnelle dépend aussi des contraintes dans lesquelles j’exerce ma profession, qu’elles tiennent à l’organisation des soins, aux relations avec mes collègues, aux moyens alloués à ma tâche ou à ma vulnérabilité personnelle. Si je pense à tort que je suis la seule en cause de toutes les insuffisances que je vois autour de moi dans mon exercice, oui, je risque le burn-out !
Merci.

CrisP

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54 commentaires

#3

une réaction bien étayée !

Cher Guillaume,
Merci pour cette belle réaction de soignant. Je suis ravi de voir que la discussion s'ouvre sur ce concept. Vous avez pleinement décrit notre mécanisme soignant et sa difficulté quand vous dites. ce sera sur ce type d'item que j'aimerais réagir :"Quand je suis en empathie, je ne suis pas affecté. J’accompagne la douleur humaine… sans pour autant me sentir touché, envahi voire perturbé." ce sera sur cette phrase que nous serons en dissensus car je ne crois pas que l'on puisse accompagner sans être touché ni affecté. Et je trouve que cela est éminemment naturel Il convient bien entendu que cela n'empêche ou ne parasite de trop notre démarche de soin.
c'est pour cette raison que je ne rejette pas l'empathie, l'intention y est intéressante et professionnelle mais à condition de lui accorder sa dimension émotionnelle (et qui ressemble un peu à la sympathie (:-) Se garder de "souffrir avec" , on est d'accord. mais être un soignant sympathique méritera un nouvel article à tenter ...
Merci sincèrement d'avoir ouvert le débat. c'est chaque fois très riche et je vous en sais gré.
bien à vous,
Christophe Pacific

Guillaume33

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2 commentaires

#2

Suite...

Si je me connecte à l’émotion d’un patient, d’une part je valide avec lui que je ne fais pas fausse route, si possible par la communication verbale (même si cela reste forcement de l'interprétation) et d’autre part je n’en tire aucune conclusion sur les raisons qui le poussent à ressentir ce qu’il ressent. J’accueille, simplement.

Au final, l’objectif n’est pas là. Mon attention particulière à la qualité de relation que j’établis avec ce patient permet à la personne de se sentir reconnue dans ce qu’elle vit. Elle a le sentiment d’exister vraiment. Un des fondamentaux de ce métier, dans l’aide apportée, restant selon moi de faire preuve d’humanité.

Merci d'avoir jeté un pavé dans la marre. Qu'il puisse susciter le débat et les échanges...

Guillaume

Guillaume33

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2 commentaires

#1

Partage d'expérience (comment je vis et définis l'empathie)

Bonjour,

Entendre qu’il est enseigné aux - futurs - soignants que l’empathie est « un outil fiable qui puisse permettre d’interpréter rigoureusement les signifiants d’un patient » me laisse sans voix. Peut-on seulement parler de fiabilité lorsqu’il s’agit de relation interpersonnelle ? Puisque tout est interprétation. Que nos ressentis passent au prisme de qui nous sommes.

L’empathie - au delà de sa sémantique originelle, mais en lien avec le concept actuel - n’est pas comprendre ce que l’autre ressent… mais se connecter à l’autre et le rejoindre dans ce qui est ressenti. Sans s’identifier. Sans se mélanger avec ses émotions à lui/elle (Sentiment universel de l’humanité que je perçois. Si je ressens du désespoir, je me connecte à ce que cette émotion peut générer, mais je garde une distance vis à vis de ce que cela représente pour moi).

Quand je suis en empathie, je ne suis pas affecté. J’accompagne la douleur humaine… sans pour autant me sentir touché, envahi voire perturbé.

Si je suis affecté en tant qu’aidant, je perds mes moyens et du même coup les ressources pour accompagner… et la personne écoutée détecte que je suis mal à l’aise donc se restreint dans son expression, ce qui n’est pas non plus facilitant.

Avoir le discernement pour distinguer si j’ai mal parce que je mesure sa tristesse… ou à cause de ce qu’elle génère chez moi.
C’est OK d’être en résonance… mais il est important d’en avoir conscience !
Conscience de cette aspiration vers la sympathie… qui n’est pas mauvaise en soi… mais pas vraiment aidante dans certaines situations (dans le cadre d’une activité de soignant, par exple).

Un jeu d’équilibriste ?
Effectivement. C’est pour cela que l’écoute empathique s’apprend (un chemin à la rencontre de soi étant forcement nécessaire).