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Post première vague de Covid-19, Français et soignants s'alarment d'un système de santé "à bout"

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Fonction Publique

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Préoccupants, les résultats du dernier baromètre* de l'Observatoire de la santé témoignent d’un malaise profond aggravé par la crise sanitaire, notamment chez les professionnels. Odoxa-MNH a interrogé près de 6 000 personnes, en population générale et chez personnels hospitaliers, pour dresser un panorama complet du rapport des Français aux établissements de santé et à leurs acteurs.

Colère soignants Covid

La pandémie cristallise les doléances et les attentes des hospitaliers

L’échantillon est représentatif : plusieurs milliers de sondés ont été consultés en population générale et chez les personnels hospitaliers (médecins, décideurs, étudiants, retraités, libéraux…), parmi lesquels 1 557 infirmiers et 688 aide-soignants.  Plus que jamais, et alors que la crise sanitaire reprend du poil de la bête, la quasi-totalité des Français disent avoir très fortement confiance en leurs soignants – profession infirmière en tête – et en leur système de santé, qu’ils jugent en grande majorité éprouvé face au Covid 19. Mais de cette pandémie, il est ressorti une grande souffrance et une grande inquiétude, constate Gérard Vuidepot, Président de la MNH-Nehs. Les trois quarts des Français – et même 84 % des personnels hospitaliers, épuisés par la première vague épidémique – se déclarent inquiets pour la situation sanitaire du pays, craignant d’ailleurs plus pour la santé de leurs proches que pour la leur.

Acteurs plébiscités, mais système en danger

Indéniablement, la pandémie a renforcé l’admiration et la confiance portée aux soignants et amené le sentiment collectif que les établissements de santé sont un enjeu de société majeur, relève Gaël Sliman, Président d’Odoxa. S’ils admirent plébiscitent clairement les personnels hospitaliers, les Français estiment très largement, a fortiori les professionnels eux-mêmes, que l’hôpital public est en danger et que les moyens alloués par les pouvoirs publics pour assurer son avenir sont insuffisants sur les plans humain, financier et matériel. Sur le terrain, 90 % des hospitaliers se sentent dans l’incapacité de bien soigner leurs patients et jugent le parcours de soins insatisfaisant.

Président sortant de la Fédération nationale des étudiants en soins infirmiers (FNESI), Félix Ledoux dénonce le manque de matériel, d’effectifs et d’accompagnement ; il ajoute que 20 à 30 % des étudiants inscrits en Institut de formation en soins infirmiers quittent leur formation avant la fin, notamment en raison des mauvaises conditions de stage et qu'investir dans les ressources et les conditions de travail est une nécessité.

Du négatif à tous les niveaux

Si les personnels hospitaliers, bien davantage qu’en population générale, revendiquent d’avoir choisi leur métier par conviction, la dégradation de leurs conditions de travail, de leur niveau de rémunération et de l’intérêt de leur métier ne les font plus rêver. Pire : les trois quarts d’entre eux (hormis les médecins, dont l’opinion reste à l’équilibre) ne recommanderaient plus à leurs enfants d’exercer le même métier que le leur.

Au sein des familles justement, le malaise grandit. Malgré l’admiration de leurs proches qui ne voudraient pas les voir exercer un métier différent, les hospitaliers paient le prix fort pour leur engagement ; environ 70 % des infirmiers déclarent ne pas passer de temps avec leur famille et être confrontés des difficultés d’organisation dans leur vie privée, qu’ils jugent négativement impactée.

C’est là que le bât blesse : désignés par un mandat social et malgré un sentiment d’utilité massivement partagé, les personnels hospitaliers sont paradoxalement en manque de reconnaissance et de perspectives d’évolution professionnelle, souligne Daniel Benamouzig, Directeur de la chaire santé de Sciences Po. Et les retombées du Ségur de la santé, largement méconnues et jugées trop faibles par les premiers concernés, ne suffisent pas à renverser la vapeur.

Les incivilités et les violences, dont les hospitaliers sont régulièrement témoins ou victimes dans leur écrasante majorité, complètent le tableau et pèsent lourd dans la balance. Rien d’étonnant, donc, que le sentiment d’insatisfaction au travail ait bondi chez eux de 20 % en trois ans seulement, alors que les trois quarts des Français en population générale se disent satisfaits de leur profession. Ni que le spectre du burn-out plane continuellement au-dessus de leur tête.

*Baromètre réalisé en partenariat avec France Info et le Figaro Santé et avec le concours scientifique de la chaire santé de Sciences Po Paris à l’occasion des 60 ans de la Mutuelle Nationale des Hospitaliers (MNH). Echantillon de Français interrogés par internet du 16 au 21 septembre 2020. Echantillon de professionnels de santé interrogés par internet du 11 au 25 septembre 2020.

Directrice des rédactions paramédicales adjointeanne.perette-ficaja@gpsante.fr @aperette

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