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Premier essai clinique en cours pour un vaccin contre le Sars-Cov-2

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Epidémiologie

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Alors que l’épidémie de Covid-19 a franchi un nouveau cap, l’Union Européenne se barricade, la France aurait mis en place les consignes de confinement "les plus strictes d’Europe" selon Christophe Castaner depuis le 17 mars à midi, les scientifiques poursuivent les recherches. Et ils avancent ! Vaccins, traitements curatifs, préventifs… de nombreux essais cliniques débutent et on l’espère porteront leurs fruits.

Sars-Cov-2

Le premier essai clinique sur l’Homme pour un vaccin vient de commencer. D'ailleurs d'autres vaccins expérimentaux vont bientôt être testés.

Les premiers tests sur l’Homme pour un vaccin viennent de débuter à Seattle lundi 16 mars, selon les autorités sanitaires américaines. En effet, les Instituts nationaux de santé américains (NIH) ont indiqué dans un communiqué : qu’un essai clinique de phase I comprenant 45 adultes volontaires en bonne santé âgés entre 18 et 55 ans venait de commencer. Les participants seront suivis durant environ 6 semaines.

L’équipe de scientifiques a pu développer rapidement le candidat vaccin, baptisé ARNm-1273, grâce à des études antérieures sur les coronavirus apparentés qui causent le syndrome respiratoire aigu sévère (SRAS) et le syndrome respiratoire du Moyen-Orient (MERS). Cette famille de pathogènes se caractérise par sa forme sphérique et présente des sortes de pics sur sa surface. Ce sont ces protubérances qui, s’accrochant aux cellules humaines, permettent au virus d'y pénétrer et de les infecter. Or, les chercheurs travaillaient sur un vaccin potentiel contre le MERS-Cov qui ciblait ces fameuses excroissances. Cela a fourni une avancée non négligeable pour le développement d'un vaccin contre le Covid-19. Une fois que l'information génétique du SARS-CoV-2 est devenue disponible, les spécialistes ont donc pu rapidement sélectionner une séquence codant pour la création d’une protéine de ces pics.

Le vaccin expérimental a par la suite été développé à l'aide d’un ARN messager -un médiateur de l’ADN pour l’expression des protéines- qui contient l’information génétique concernant cette protéine constituant ces excroissances. Ainsi, ce vaccin expérimental ordonne aux cellules de l'organisme d'exprimer cette protéine virale qui, on l'espère, provoquera une réponse immunitaire robuste. En tous les cas, le candidat vaccin s'est révélé prometteur sur des modèles animaux, d’où le passage aux tests sur l’Homme.

L'étude actuelle en cours évalue différentes doses du vaccin expérimental pour juger de sa sécurité et de sa capacité à induire une réponse immunitaire chez les participants. Il s'agit de la première des multiples étapes du processus d'essai clinique pour évaluer les avantages potentiels du vaccin. Plus précisément, les volontaires recevront deux doses par injection intramusculaire dans la partie supérieure du bras à environ 28 jours d'intervalle. Ils seront bien entendu suivis tout au long de l’étude. Les cliniciens surveilleront les participants pour les symptômes de vaccination courants, tels que la douleur au site d'injection ou la fièvre ainsi que tout autre problème médical. Une équipe de protocole se réunira régulièrement pour examiner les données de sécurité, et un comité de surveillance de la sécurité examinera également périodiquement les informations récoltées.

Trouver un vaccin sûr et efficace afin de parer à l'infection au SARS-CoV-2 est une priorité de santé publique, souligne Anthony Fauci, directeur de l'Institut national des maladies infectieuses. Cette phase 1 de l'étude, lancée en un temps record, est une étape importante pour s'approcher de ce but. Toutefois, d’après les autorités américaines, il faudra entre un an à un an et demi avant que le vaccin soit disponible, si tout se passe selon les prévisions.

D’autres équipes sont également sur le coup, notamment la société allemande CureVac. Les travaux sur l’humain de leur candidat vaccin pourraient débuter d’ici quelques moisActuellement, nous sommes en train de développer un vaccin qui, après des tests précliniques réussis, pourrait être testé rapidement chez l'homme dans le cadre d'une étude clinique, confirme la Dr Mariola Fotin-Mleczek, directrice de la technologie de CureVac. Pour la petite histoire, ce serait le vaccin expérimental dont Donald Trump aurait tenté de s’attribuer l’exclusivité. De même, une autre entreprise pharmaceutique, Inovio, qui travaille sur un vaccin ADN, a annoncé qu'elle commencerait les essais cliniques le mois prochain.

Le candidat chloroquine : premiers résultats concluants mais…

Dans la liste des essais cliniques, celui qui s’est récemment déroulé sous l’égide du Pr Didier Raoult, Directeur de l'Institut hospitalo-universitaire (IHU) de Marseille, a  aussi fait beaucoup parler de lui. En effet, il s’agissait de tester un antipaludéen : la chloroquine sur près de 24 patients atteints du Covid-19. D’après les récentes déclarations du Pr Raoult, les résultats sont plus qu’encourageants puisque trois quarts des patients infectés n’étaient plus porteurs du virus au bout de 6 joursAssocié à la prise d'antibiotiques ciblés contre la pneumonie bactérienne (l'azythromycine), le traitement a totalement guéri les sujets dans la semaine alors que 90% des malades qui n’ont pas pris le traitement sont toujours positifs, a-t-il affirmé à nos confrères des Echos.

De son côté le gouvernement salue ces résultats prometteurs mais reste prudent. J'ai pris connaissance des résultats et j'ai donné l'autorisation pour qu'un essai plus vaste par d'autres équipes puisse être initié dans les plus brefs délais sur un plus grand nombre de patients, a indiqué lors d'une conférence de presse téléphonique le ministre de la Santé Olivier Véran, précisant que ces essais auraient déjà potentiellement débuter à Lille.

Le ministre a souligné être en liens très étroits avec le Pr Didier Raoult qui a réclamé l'extension des tests. Néanmoins, il est absolument fondamental d'asseoir toute décision de politique publique en santé sur des données scientifiques validées, et les processus de validation, on ne peut pas négocier avec, tempère Olivier Véran, lui-même professionnel de santé. Celui-ci affirme avoir donné en 24 heures l’autorisation de mener ces travaux estimant que si les résultats sont favorables, nous aurons tous l'occasion de nous en réjouir.

Plusieurs experts ont également émis quelques réserves notamment sur la faible ampleur de cette étude (24 patients). Ce ne sont que des effets d'annonce pour l'instant, et n'en faisons surtout pas le médicament miracle, déplore le professeur Jean-Daniel Lelièvre, infectiologue à l'hôpital Henri-Mondor à Créteil (Val-de-Marne). Respectons les règles scientifiques : d'autres essais sont en cours sur d'autres molécules et il est exaspérant que des scientifiques fassent de grandes déclarations sur les effets d'un médicament sans même que l'on ait vu leurs résultats ou qu'ils aient été validés par leurs pairs.  Pourtant, déjà le laboratoire Sanofi a déclaré, suite à ces annonces, être prêt à offrir des millions de doses d’antipaludiques pouvant traiter environ 300 000 patients infectés.

D’autres études pour limiter la transmission en Catalogne

Un autre essai clinique vient de débuter en Catalogne, l’Espagne étant également un pays fortement touché. Une équipe va tester des traitements sur 200 individus infectés par le Sars-Cov-2 et sur 3000 autres personnes qui ont été en contact avec des patients porteurs du virus. Plus précisément, les participants positifs au Covid-19 vont être traités par un antirétroviral utilisé normalement contre le VIH afin de baisser leur charge virale et qu’ils puissent transmettre a minima le virus. Quant aux 3000 autres volontaires, ils se verront administrer un médicament employé comme antipaludéen mais aussi contre le lupus. Celui-ci devrait servir comme traitement prophylactique pour éviter la fusion du virus avec les cellules. En effet, le principal objectif de ces travaux demeure de « créer une barrière de contention pour freiner la transmission du virus », selon Oriol Mitjà, qui dirige l’essai. L'étude part du principe qu'il s'agit d'une maladie très contagieuse. Une personne atteinte de coronavirus est contagieuse durant 14 jours à partir du moment où se déclarent les premiers symptômes. Elle infecte entre 5 et 15% de ses contacts. L'objectif est de briser cette chaîne de transmission.

On peut ainsi constater une course effrénée des chercheurs pour trouver des méthodes préventives (notamment un vaccin) comme des traitements. En France, un essai clinique de grande ampleur a également été lancé récemment avec plusieurs candidats médicaments dont le fameux remdésivir, un antiviral déjà testé contre Ebola. Il est aussi un sujet de test en Asie. De même, Sanofi et son partenaire Regeneron vont tester une autre molécule dont on a recours en cas d’arthrite rhumatoïde. D’ailleurs cette même société de biotechnologie, Regeneron, a annoncé le 17 mars avoir découvert plusieurs anticorps monoclonaux qui s’avéreraient de bons candidats pour traiter les infections au Sars-Cov-2. Son partenaire, Sanofi a donc prévu de sélectionner les deux anticorps les plus prometteurs afin de développer un traitement combiné dont il prévoit de lancer la fabrication à grande échelle d'ici mi-avril.

Face à toutes ces annonces en masse, un expert chinois appelle à la prudence. La recherche d'un vaccin et de traitements contre le coronavirus est certes cruciale mais ne doit pas se faire à la va-vite et doit respecter des protocoles qui garantiront leur efficacité et leur sûreté, estime Shibo Jiang, professeur de virologie à l'Université Fudan de Shanghaï, en Chine, et au New York Blood Center, dans une tribune publiée par la revue NatureIl est essentiel que nous travaillions aussi dur et aussi vite que possible pour mettre au point des traitements et des vaccins largement disponibles partout dans le monde. Mais il est important de ne pas prendre de raccourcis, juge-t-il.  Son avis sur les mesures de confinement est particulièrement intéressant : le soutien qu'apporte la population à des mesures comme la quarantaine dépend de la confiance qu'elle place dans les politiques sanitaires des gouvernements. Une course à des vaccins et traitements potentiellement risqués ébranlerait cette confiance. Sans doute, mais en ce qui concerne la France, espérons que cette confiance n’a pas pâti des récentes déclarations d’Agnès Buzyn…

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Journaliste infirmiers.com roxane.curtet@infirmiers.com  @roxane0706

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