COURS IFSI

BPCO : troisième cause de mortalité dans le monde d'ici 2030

Elle touche plus de 3,5 millions de Français et pourtant elle reste mal connue. La bronchopneumopathie chronique obstructive (BPCO) est l'une des principales maladies provoquées par le tabagisme. Généralement sous diagnostiquée, elle peut très vite détériorer la qualité de vie des patients et engager leur pronostic vita, d'où la nécessité d'un diagnostic précoce dès les premiers signes de gêne respiratoire. Focus sur la maladie à l'occasion de la Journée mondiale de la BPCO le 21 novembre 2018.

tabac, fumée

Quand la vie part en fumée... De nombreux cas de BPCO pourraient être évités grâce à un sevrage tabagique précoce.

Ses symptômes apparaissent lentement, ce qui ne facilite en rien son diagnostic. La bronchopneumopathie chronique obstructive (BPCO) se manifeste généralement à partir de 40 ou 50 ans. Les signes sont caractéristiques d'une altération progressive, voire massive, de la fonction respiratoire au point de fortement handicaper les patients et de diminuer leur espérance de vie. Essoufflement, toux chronique, expectorations… Ces symptômes peuvent très vite s’exacerber et nécessiter une hospitalisation ainsi que des soins d'urgence.

Je vois la vie du bon côté, je vois le verre à moitié plein plutôt qu’à moitié vide*...

Je suis née en 1939, et quand j’étais petite, mes parents tenaient un café, où je passais la plupart de mon temps. Pour chauffer, à cette époque-là, on utilisait un poêle à sciure. Cela rejetait beaucoup de dioxyde de carbone, j’ai dû en respirer dès ma petite enfance, jusqu’à mes six ans. Les gens fumaient dans le café, tous les notables du coin venaient jouer aux cartes. Quand j’ai commencé à travailler, on m’a dit que mes bronches étaient encrassées. J’ai fumé, mais pas tant que ça. J’ai fumé et j’ai été enfumée. Dans les années 1960, on fumait partout ! Même à l’hôpital, le professeur faisait sa tournée, en fumant sa pipe ou sa cigarette. Mon frère était médecin et fumait aussi. A l’époque, on ne parlait pas de la BPCO. En 1996, lorsqu’on a détecté ma BPCO, mon pneumologue n’était pas très axé sur l’arrêt du tabac. J’avais déjà arrêté de fumer, depuis que j’avais eu une embolie pulmonaire. (...) J’ai toujours été infirmière libérale, je travaillais tous les jours. J’ai arrêté de travailler il y a 20 ans, et c’est à ce moment-là que la maladie s’est accentuée. Maintenant, je suis beaucoup aidée par l’oxygène. Je suis appareillée depuis quatre ans. C’est silencieux et il m’arrive même de l’oublier ! (...) Je vois la vie du bon côté, je vois le verre à moitié plein plutôt qu’à moitié vide. Il faut s’occuper et ne pas trop y penser. Pour que les gens ne remarquent pas trop mon appareil à oxygène, j’ai pris l’habitude de m’habiller de façon très colorée, il faut attirer l’attention sur autre chose ! (rires) Je continue mes déplacements en France, la BPCO ne m’empêche pas de bouger. Je passe quelques mois par an dans le Sud de la France, à Sainte-Maxime. Bref, je vis au jour le jour, mais je vis bien.

*Témoignage à lire sur bpco.org

Une maladie qui s'est féminisée ces dernières années

Si autrefois la maladie touchait exclusivement les hommes, on observe une parité quasi parfaite puisque désormais près de 50 % des personnes touchées par la maladie sont des femmes. Une tendance due à une augmentation du tabagisme chez cette population. Mais, qu'il soit actif ou passif, il n'est pas l'unique facteur puisque la maladie peut également être provoquée par la pollution de l'air extérieur et/ou intérieur, particulièrement dans les pays à faibles revenus où le chauffage et la cuisine se font au moyen de combustibles solides. Par ailleurs, plus de 90 % des décès dus à la BPCO surviennent dans les pays où les stratégies efficaces de prévention et de lutte sont absentes ou peu accessibles, rapporte l'OMS. Car en effet, de nombreux cas de BPCO pourraient être évités grâce à un sevrage tabagique précoce. La mise en œuvre globale de la Convention-cadre de l'OMS pour la lutte antitabac réduira la prévalence du tabagisme et la charge de cette maladie à l'échelle mondiale.

Le tabagisme figure ainsi au premier rang des facteurs de risque et notamment :

  • chez l’homme, si plus de 20 paquets/années ;
  • chez la femme, si plus de 15 paquets/années ;
  • associé ou non à l’inhalation de cannabis ;
  • incluant le tabagisme passif.

Une pathologie incurable

La BPCO peut également être le résultat d'un asthme chronique aggravé ou d'infections fréquentes des voies respiratoires durant l'enfance. Et bien que la maladie soit incurable, un traitement adapté peut toutefois soulager les symptômes, améliorer la qualité de vie et diminuer les risques de mortalité. La kinésithérapie fait partie de la prise en charge curative. Néanmoins, le sevrage tabagique est le plus efficace des remèdes puisqu'il ralentit l'évolution de la maladie, diminuant ainsi le nombre de décès. Enfin, l'inhalation de corticoïdes peut être prescrite mais la pratique régulière d'un sport est néanmoins le deuxième moyen de ralentir l'évolution de la BPCO. Toutes les études publiées ces dernières années démontrent que l’activité physique entraîne une amélioration de la tolérance à l’exercice et de la qualité de vie, mais aussi une diminution de l’essoufflement. Elle diminue également les exacerbations (épisodes d’aggravation aiguë) de la maladie, le nombre et la durée des hospitalisations. Dans la BPCO, l’activité physique fait beaucoup mieux que les médicaments ! Elle est possible à tous les stades de la maladie, même pour un patient sous oxygène, précise le Docteur Daniel Piperno, pneumologue à Lyon.

BPCO le jour, BPCO la nuit…

Un certain nombre de phénomènes survient la nuit chez les personnes atteintes de bronchopneumopathie chronique obstructive (BPCO), avec des désaturations nocturnes en particulier, une hypoxémie (diminution de la quantité d’oxygène transportée dans le sang), un fractionnement du sommeil et, de ce fait, un risque accru de dysfonction érectile. Les personnes BPCO ne doivent pas renoncer pour autant à une activité sexuelle. Il est éloquent de constater que dans une société qui se dit libérée, les tabous sur la sexualité résistent à ce point au sein de la communauté médicale, faute de disposer du temps nécessaire à y consacrer, d’être à l’aise avec ce sujet, ou d’être en mesure de répondre à la demande du patient. L’important est d’ailleurs, peut-être, d’être simplement à l’écoute et de savoir orienter vers un sexologue. Parler de la sexualité est une vraie demande des patients. Dans une enquête, à 93 % ces derniers étaient ravis que leur médecin leur pose la question*. Or, seuls les sexologues s’en chargent. Ce thème est plus souvent abordé lors des séjours de réhabilitation respiratoire. Il me semble que la sexualité devrait l’être systématiquement, dans ses quatre composantes : biologique, sociale, psychologique et éthique.

*Sexologies. Volume 26, n° 3 pages 136-145 (juillet 2017)

Frédéric Le Guillou, Pneumologue, président de l’Association BPCO

Mais quel que soit le traitement mis en place, un diagnostic précoce de la maladie est déterminant. Aujourd'hui, deux tiers des personnes atteintes l'ignorent. Aussi la BPCO doit-elle être dépistée le plus précocement possible. Car les lésions broncho-pulmonaires provoquées par le tabac sont irréversibles et aucun traitement ne peut les faire disparaître. Dans certains cas les lésions peuvent évoluer vers une destruction progressive des alvéoles du poumons, ce que l’on appelle l’emphysème, qui est une des complications de la BPCO. Pour réaliser un diagnostic précoce de l’obstruction des bronches, le seul moyen actuellement à disposition est la mesure du souffle par l’exploration fonctionnelle respiratoire, c’est à dire la spirométrie.

Les stratégies de diagnostic et de prévention sont donc déterminants, d'autant plus si l'on considère que la bronchopneumopathie chronique obstructive devrait devenir la troisième cause de mortalité dans le monde d'ici 2030.

Des patients atteints de BPCO continuent de vivre leurs passions en toute liberté. Découvrez les témoignages d’Émilie, Éric et Michel

La BPCO en quelques chiffres

  • En France
    • Plus de 3,5 millions de personnes seraient atteintes de BPCO, soit 6 à 8% de la population adulte française.
    • Plus de 100 000 patients nécessitent une oxygénothérapie continue.
    • Chaque année, la BPCO provoque 100 000 hospitalisation d'une durée moyenne de huit jours.
    • La BPCO est responsable de 3 % des décès en France.
    • En 2030, la BPCO sera en France la 4ème cause de mortalité
    • Aujourd'hui, près de 50 % des personnes atteintes de bronchopneumopathie chronique obstructive (BPCO) sont des femmes.
  • Dans le monde
    • La mortalité par BPCO devrait doubler en 2020 par rapport à 1990.
    • D’après l’étude sur la charge mondiale de la maladie, la prévalence s’établissait à 251 millions de cas de BPCO au niveau mondial en 2016.
    • Plus de 3,17 millions de personnes sont décédées d’une BPCO en 2015, ce qui correspond à 5% de l’ensemble des décès survenus dans le monde cette année-là.
    • Plus de 90% des décès par BPCO se produisent dans des pays à revenu faible et intermédiaire.

Source : OMS et BPCO Association

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Rédactrice en chef Infirmiers.combernadette.fabregas@infirmiers.com @FabregasBern

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