Comment retenir en formation les étudiants en soins infirmiers ? La question relève d’un enjeu majeur alors que se heurtent deux réalités opposées : le besoin croissant de professionnels infirmiers pour répondre notamment aux évolutions démographiques, et le phénomène d’attrition qui s’observe en instituts de formation en soins infirmiers (IFSI), où les abandons de parcours sont nombreux. En 2023, le Comité d'entente des formations infirmières et cadres (CEFIEC) alertait sur un chiffre : en 2022, 1 étudiant sur 3 avait décroché avant d’obtenir son diplôme. C’est pour répondre à cette problématique que l’Agence régionale de santé (ARS) d’Île-de-France a lancé une expérimentation pour trouver des pistes d’amélioration dans l’accompagnement des futurs infirmiers.
Trois ans plus tard, elle s’inspire de ses résultats pour produire un guide pratique composé de 21 fiches à destination de l’ensemble des IFSI de la région. « Il rassemble les enseignements d'une expérimentation conduite au plus près des réalités de la formation et qui a porté ses fruits », défend ainsi Denis Robin, le directeur général de l’ARS en introduction du document, qui plaide pour une diffusion large des actions et initiatives qu’il met en avant. « Car l’accompagnement à la réussite des étudiants d’aujourd’hui est une condition indispensable pour garantir, demain, la présence de professionnels compétents et engagés capables de répondre aux besoins de santé de nos concitoyens. » Présenté le 3 novembre 2026 au siège de l'ARS devant les directions d'IFSI, les équipes pédagogiques, les étudiants et, plus globalement, l'ensemble des partenaires engagés dans la formation infirmière, ce guide se veut un véritable outil opérationnel, dont les instituts sont encouragés à s’emparer pour en déployer les actions en fonction de leurs besoins.
21 actions dans lesquelles piocher
Déclinées en cinq thématiques (voir encadré), les fiches précisent à la fois l’IFSI dans lesquelles les actions ont été réalisées, mais aussi le budget à y consacrer. Et de premières initiatives peuvent être mises en place en amont de l’admission des étudiants en IFSI. Quand l’un des IFSI produit des capsules vidéo pour présenter la formation, un second a choisi la création d’une « Cordée de la réussite » : soit un programme national qui permet à un institut d’accompagner des lycéens issus de quartiers prioritaires ou de zones rurales éloignées des métropoles dans l’élaboration de leur projet professionnel.
Viennent ensuite des fiches centrées sur des accompagnements pédagogiques spécifiques :
- mise en place d’ateliers de révision pour les étudiants de 1ère et 2ème année en situation de redoublement afin de « consolider les acquis, soutenir la progression et favoriser la réussite académique » ;
- soutien dans la maîtrise du calcul de doses, affublé d’une « réputation de difficulté qui contribue à renforcer, chez de nombreux étudiants, une perception accrue de sa complexité », notamment par une approche convoquant d’abord des éléments concrets (mises en situation, supports visuels…) pour « donner du sens aux notions abordées » ;
- ou encore création et intégration au sein de l’équipe pédagogique d’une « accompagnatrice de la réussite », pour un coût estimé à 30 000 euros, chargée d’assurer un suivi pédagogique transversal de chaque étudiant, afin d’élaborer des parcours de formation personnalisé et d’identifier les besoins de chacun.
Le guide fait également un focus sur les stages, qui représentent toujours l’un des facteurs principaux d’abandon de la formation. L’IFSI attaché à l’hôpital Ambroise Paré a ainsi développé un dispositif de simulation en santé pour aider les étudiants à développer progressivement « une posture professionnelle adaptée à la relation soignant-soigné ». Il s’appuie sur l’acquisition de concepts de communication et sur l’identification par l’étudiant des attitudes spontanées qu’il possède déjà et qu’il peut mobiliser pour développer de nouvelles attitudes professionnelles. L’IFSI de Provins, lui, a choisi de former des tuteurs de stage sur des sessions de 4 jours assortie d’une évaluation par des mises en situation. Quant à l’IFSI Françoise Dolto, il a mis en place des groupes de parole avec l’intervention de trois psychologues pour accompagner les étudiants en retour de stage.
Côté qualité de vie, ce sont des actions autour du déploiement d’ateliers de développement des compétences psycho-affectives, pour un budget prévisionnel de 4 500 euros, d’une aide apportée aux étudiants confrontés à des difficultés du quotidien qui peuvent avoir un impact sur sa capacité d’apprentissage (difficulté à se nourrir ou à se déplacer, méconnaissances des aides existants…) – essentielle alors que les étudiants infirmiers rencontrent encore des difficultés financières qui les précarisent – ou encore, plus simplement, la création d’un espace de détente et de relaxation musicale pour « lutter contre l’anxiété, le stress des apprenants en formation en santé ou vivre un moment de bien-être ».
Les formateurs sont également pris en compte puisque des initiatives cherchent à renforcer la qualité de l’enseignement, en les formant aux stratégies d’apprentissage et aux stratégies fondées sur les neurosciences afin d’approfondir leur compréhension les processus de transfert de connaissance, ou à l’accompagnement des étudiants présentant des neuro-atypies. Déployée dans l’IFSI de Provins pour un budget estimé à 10 700 euros, cette action repose entre autres sur l’adaptation des supports de formation.
Un accompagnement qui doit être multiple
Plus largement, l’expérimentation a abouti à la conception d’un outil de suivi de cohorte, co-construit par l’ARS et les quatre IFSI partenaires, ayant pour vocation de mieux identifier les facteurs de réussite et les risques de rupture de parcours. « Les analyses conduites montrent notamment que les interruptions de formation sont souvent liées à des difficultés de santé, des contraintes financières ou familiales, tandis que les abandons résultent davantage d'une réorientation ou d'une remise en question du projet professionnel initial », note ainsi l’ARS. « Elles soulignent également l'importance d'un accompagnement global associant soutien pédagogique, accompagnement social et attention portée au bien-être étudiant. »
L'expérimentation en 4 chiffres
Réalisée sur trois ans, l’expérimentation a bénéficié d’un financement de 600 000 euros et a mobilisé quatre IFSI volontaires : l’IFSI Françoise Dolto du Centre hospitalier Simone-Veil d'Eaubonne, l'IFSI Croix-Rouge Compétence Paris-Didot, l'IFSI Ambroise-Paré de l'AP-HP, et l'IFSI du Centre hospitalier Léon-Binet de Provins. Le guide qui en découle se décline en cinq grandes thématiques :
- l'admission et les prérequis académiques
- l'accompagnement pédagogique
- les parcours de stage
- la qualité de vie étudiante
- et les conditions de travail des formateurs.
Les 21 actions proposées entendent répondre « aux multiples facteurs de fragilité identifiés chez les étudiants : difficultés académiques, précarité sociale, charge émotionnelle des stages, problèmes de mobilité ou encore manque de confiance en soi », précise l’ARS.
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