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À l’AP-HP, l’amélioration des stages infirmiers comme priorité

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Publié le 21/11/2022
AP-HP

Valorisation du tutorat, information renforcée, meilleure visibilité des offres et des stagiaires en poste… l’Assistance publique – Hôpitaux de Paris entend faire évoluer l’accueil et l’accompagnement des étudiants en soins infirmiers en stage, encore bien trop perfectibles actuellement.

L'AP-HP représente l'un des premiers employeurs pour les infirmiers stagiaires.

Comment améliorer l’accueil et l’accompagnement des étudiants en soins infirmiers (ESI) en stage à l’Assistance publique – Hôpitaux de Paris (AP-HP) ? La question est d’autant plus cruciale pour l’institution qu’elle pâtit du contexte de surtension sur les professions paramédicales. En février 2022, elle reconnaissait compter 1 400 postes d’infirmiers vacants, soit 7,5% de ses effectifs, et se voyait dans la nécessité de déployer tous azimuts un plan de recrutement pour se renflouer en personnel. À la pénurie de soignants s’ajoute la fuite des ESI ; ils seraient ainsi 20% à abandonner leurs études en cours de cursus . Or les mauvaises expériences vécues en stage font partie des premières raisons avancées dans ces abandons. L’AP-HP, qui met en avant son rôle de formation des professionnels, a lancé une mission d’audit et de conseil*, avec pour objectif d’imaginer des solutions pour améliorer l’accueil de ses stagiaires.

Un manque de visibilité

L’organisation et le déroulement des stages se heurtent à une première difficulté, selon l’audit : un problème de visibilité, tant sur les offres proposées par l’AP-HP que sur le nombre d’étudiants en poste. D’une part, les établissements ne parviennent pas à quantifier de manière exhaustive les unes comme les autres, la faute à l’absence d’un système d’information qui permettrait de regrouper ces données. Le nombre de places proposées en stage est toutefois jugé insuffisant, tranche l’audit, même s’il convient que les aléas dans les capacités d’accueil (effectifs, capacités en lits) se répercutent dans les IFSI, qui doivent composer des parcours de formation personnalisés. De plus, les instituts de formation en soins infirmiers (IFSI), au nombre de 14 au sein de l’institution (voir encadré), ne trouvent pas d’intérêt à mutualiser les informations sur les ressources, instaurant ainsi une première concurrence entre eux dans la recherche des stages. S’y ajoutent des périodes où, du fait de la superposition des calendriers de formation, la quantité d’étudiants à absorber s’avère particulièrement importante. Conséquence, la recherche de stages, en particulier pour les étudiants de première année, plus difficilement accueillis, tend à être artisanales et chronophages.

Les étudiants en poste au sein de l’AP-HP
Selon les chiffres rapportés par la mission d’audit, l’AP-HP réunirait :
•    14 instituts de formation en soins infirmiers
•    Soit environ 6 800 étudiants
•    Et environ 2 000 diplômés par an.
•    Les effectifs des stagiaires IFSI varient entre 2 240 et 4 000, hors périodes de vacances et d’examen.
En revanche, impossible de déterminer précisément le nombre d’étudiants en stage.

Un déroulement des stages perfectible

Viennent ensuite les problématiques liées au déroulement même des stages. La préparation de la venue et l’accueil des étudiants sont perfectibles, est-il rapporté. Les auteurs de l’audit observent ainsi un respect inégal du cadre réglementaire, entre mise à disposition des livrets d’accueil et formalisation de la politique de stages très hétérogènes, et tutorat inégalement structuré. Le portfolio, soit le dossier personnalisé qui présente la progression des étudiants en fonction de leurs travaux, est quant à lui sous-utilisé. De même, le document pointe un développement restreint des questionnaires de satisfaction, qui doivent être soumis aux étudiants. De manière générale, c’est toute l’évaluation des stagiaires et des stages qui nécessitent d’être améliorée. De quoi pousser l’audit à s’interroger sur la considération portée par les établissements aux étudiants en poste. Les situations de non-bienveillance ou de harcèlement semblent peu nombreuses et sont mal connues, rapporte-t-il également, constatant une très probable sous-déclaration de ces phénomènes.

Un impact Covid non-négligeable

Les conséquences de la crise de Covid-19 font par ailleurs l’objet d’une analyse spécifique. Ses effets sur les étudiants sont variables selon les filières, les promotions, les personnes, relève le rapport, avec des remontées soulignant toutefois des impacts plutôt négatifs. Sont ainsi pointés des difficultés liées aux manques d’équipements de protection individuelle, le sentiment chez les stagiaires d’avoir été perçus comme un "renfort" pas toujours utile ou bienvenu ou d’avoir été abandonnés. Certains étudiants ont peur d’avoir un diplôme "au rabais", affirment les auteurs, une impression qui relève aussi bien d’une crainte de la part des ESI eux-mêmes que d’une image que leur renvoient les professionnels en poste. S’y ajoute le fait que certaines primes Covid n’ont pas encore été perçues par les étudiants, nourrissant un sentiment d’injustice. Pour autant, nuance l’audit, certains étudiants témoignent d’un sentiment d’appartenance à une communauté engagée. Est recommandé de mener un audit plus approfondi sur les conclusions et les impacts des retours d’expériences menés au sein de l’AP-HP sur ces sujets.

Pour l'AP-HP, il faut "redéfinir le tutorat à l’AP-HP et le valoriser auprès des équipes pour en faire un atout dans la formation."

Cinq axes pour améliorer accueil et accompagnement

Une fois les constats dressés, comment améliorer l’intégration et l’organisation des stages dans les établissements ? Cinq axes ont été définis au sein du groupe de travail. Afin d’améliorer la visibilité des étudiants sur les terrains de stage, une plateforme de recensement sera déployée au cours de l’année 2023. A noter que l’AP-HP travaille d’ores et déjà à la construction d’une cartographie exhaustive des terrains de stages au sein de ses groupements et à l’optimisation de l’utilisation des places de stages entre les 6 groupes hospitalo-universitaires qui la composent. À terme, l’objectif est de créer une base de données et un outil de planification partagée. Il s’agit également de mieux faire connaitre l’institution et de coordonner les actions qui visent à communiquer sur le métier infirmier, la formation et les mesures d’attractivité qui y sont mises en œuvre.

Au-delà de ces actions de renforcement de visibilité et de lisibilité, le groupe de travail propose d’engager une dynamique d’amélioration continue en mettant en évidence les bonnes pratiques et de partage de celles-ci en termes de formation et d’accompagnement des étudiants. Il s’agit également de s’emparer des questions, jugées délicates, de la valorisation et de la reconnaissance du tutorat , élément essentiel au bon déroulement du stage et à l’acquisition de compétences solides par les étudiants. Une démarche qui passe par la nécessité de mettre en œuvre de nouvelles organisations de travail, mais aussi d’articuler les formations de terrain avec les enseignements universitaires pour une meilleure transmission des connaissances et des compétences. Il faut redéfinir le tutorat à l’AP-HP et le valoriser auprès des équipes pour en faire un atout dans la formation, détaille ainsi le document. Reste enfin à améliorer l’accueil et la prise en charge des ESI pendant leur formation au sein des services, notamment en impliquant les médecins dans un accueil personnalisé des étudiants. Enfin, en construction depuis septembre 2022, un dispositif de signalement des difficultés rencontrées par les stagiaires sur leurs lieux de stage sera déployé à partir de janvier 2023.

*Les résultats de cet audit ont été communiqués en Commission médicale d’établissement (CME) le 8 novembre 2022.

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Source : infirmiers.com