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Le CNRD menacé : la décision qui fait mal

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Douleur

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Le Centre national de ressources de lutte contre la douleur (CNRD), qui cible la douleur provoquée par les soins, s'inquiète d'une décision du ministère des affaires sociales, de la santé et des droits des femmes d'arrêter son financement, ce qui conduirait à sa fermeture à la fin de l'année, s'alarme l'équipe du CNRD dans un communiqué en date du 21 novembre 2014.

STOP

Une fermeture du Centre national de ressources de lutte contre la douleur (CNRD) programmé dans les huit semaines à venir...

Le ministère a annoncé par voie téléphonique son souhait d'arrêter le financement en 2015, soit un arrêt programmé dans les huit semaines, indique le CNRD dans son communiqué, après une courte intervention le même jour de son fondateur, le Dr Daniel Annequin de l'hôpital Trousseau à Paris (AP-HP), devant les professionnels impliqués dans la prise en charge de la douleur réunis au congrès de la Société française d'étude et de traitement de la douleur (SFETD) à Toulouse.

Nous avons eu cette information de manière fortuite. Nous avions présenté un projet sur le Meopa (mélange équimolaire d'oxygène et de protoxyde d'azote) à domicile, qui a été bien accueilli, et dans un email, on nous dit en PS qu'il faut prendre un rendez-vous téléphonique pour parler du CNRD. Et lundi dernier, la DGOS (direction générale de l'offre de soins) nous annonce que le ministère veut stopper le financement, sans concertation !, a rapporté lundi le Dr Annequin à l'APM. Dans le cadre de l'élaboration du quatrième programme contre la douleur - qui semble "enterré", selon le président de la SFETD, Didier Bouhassira -, un rapport d'évaluation du CNRD avait été demandé, aboutissant en juin 2013 avec des conclusions préalables majoritairement négatives. Un mois plus tard, le CNRD et l'AP-HP avait répondu point par point aux nombreuses contradictions et exactitudes et durant 15 mois, jusqu'à lundi dernier, nous n'avons eu aucun retour.

Le CNRD a été créé en 2002 dans le cadre du second programme national douleur avec comme mission exclusive « la douleur provoquée par les soins (DPS)

Nous aimerions bien discuter avec le ministère, du périmètre de la mission du CNRD ou d'une baisse des moyens, mais au moins discuter. Fermer le CNRD, ce serait casser les acquis des trois précédents programmes contre la douleur, ajoute l'anesthésiste-réanimateur. Cette décision aurait des conséquences désastreuses : outre l'arrêt brutal des projets en cours (...), elle casserait une équipe dont l'expertise est sans pareille en Europe, et 'saperait' la dynamique engagée ces dernières années, prévient le CNRD dans son communiqué. Cette thématique transversale, quotidienne, à l'instar de la lutte contre les infections nosocomiales, nécessite un engagement continu auprès des soignants et de leur encadrement, car ces bonnes pratiques sont toujours labiles: les mauvaises habitudes sont spontanément toujours les plus fortes, souligne-t-il. En outre, l'arrêt du CNRD pourrait laisser croire que la problématique de la douleur provoquée par les soins serait réglée en France. Rappelons que le CNRD a été créé en 2003 avec comme mission exclusive de lutter contre la douleur provoquée par les soins et fonctionne avec un budget annuel de 420 000 euros provenant d'une dotation MIG (mission d'intérêt général) fournie à l'AP-HP qui accueille le centre au sein de l'hôpital Trousseau.

Un site web en constante croissance - plus de 300 000 visites annuelles - qui le place dans les tous premiers sites « douleur » français...

La douleur provoquée par les soins a été longtemps, la grande 'oubliée' car très peu d'études y étaient consacrées. Les médecins y étaient peu sensibilisés, faute d'en connaître les traitements, seules les infirmières, les personnels paramédicaux en première ligne pouvaient manifester leur frustration et leur insatisfaction, rappelle l'équipe dans son communiqué. Mais ce type de douleur, liée aux pansements, ponctions, brancardage, soins d'hygiène, actes invasifs, sondages, radiologie, biopsie mammaire, biopsie de prostate, lésions buccales des chimiothérapies, endoscopies... est encore quotidien (...), autant à l'hôpital, dans le secteur médico-social et la médecine de ville, et concerne l'ensemble de la population. Durant 12 ans, ce centre, unique en son genre, s'est développé, accompagnant plus de 200 équipes sur le terrain, produisant des données et des documents, valorisant les initiatives pilotes afin d'anticiper, traiter voire éviter les douleurs iatrogènes, poursuit l'équipe. Le bilan est particulièrement riche : études épidémiologiques précises chez les nouveau-nés, les personnes âgées; plus de 20 000 DVD diffusés gratuitement auprès des médecins et soignants et des films de formation visionnés plus de 25 000 fois sur le site internet du CNRD ; plus de 300 000 visites annuelles sur ce site ; un congrès annuel organisé depuis 2006...

Parmi les projets que mène actuellement le CNRD figurent notamment un site ciblé sur les pratiques, une formation validée en ligne sur l'utilisation du Meopa et une étude épidémiologique de la douleur provoquée par les soins chez les patients en fin de vie. Outre l'intervention du Dr Annequin au congrès de la SFETD, le CNRD a lancé une campagne de soutien, notamment sur Facebook appelant les équipes à lui envoyer leur témoignage pour illustrer les bénéfices concrets qu'il leur apporte.

L’arrêt du CNRD pourrait laisser croire que la problématique de la Douleur Provoquée par les Soins serait réglée en France.

Le document de réponse du CNRD et de l'AP-HP au rapport d'évaluation de la DGOS y est aussi diffusé. Le CNRD formule des propositions, notamment de mieux structurer la mise en place de ses missions, de mettre en place des indicateurs budgétaires actualisés et de revoir sa gouvernance, note-t-on.

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