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De la nécessité de la friction des mains avant l'acte de soin...

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Médecin

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Les premiers résultats de l'audit des pratiques d'hygiène des mains au niveau national, "Pulpe-friction", sont disponibles. La mission d'appui transversal à la prévention des infections associées aux soins en déduit déjà neuf recommandations aux professionnels de santé et aux patients. Une analyse détaillée suivra en 2020.

SHA hygiène

Le 5 mai depuis dix ans, a lieu la Journée mondiale de l'hygiène des mains. La sensibilisation des professionnels de santé à la friction avec un produit hydro-alcoolique (SHA) y occupe une place de choix.

Outil officiel de la journée mondiale de l'hygiène des mains, Pulpe-friction a été lancé pour la première fois en 2019. Ce quick-audit des pratiques d'hygiène des mains a été créé par la mission d'appui transversal à la prévention des infections associées aux soins (Matis), l'une des cinq missions nationales du Réseau de prévention des infections associées aux soins (Repias). L'idée étant d'évaluer les pratiques actuelles en milieu de soins mais aussi d'évaluer les freins et éléments socio-psychologiques permettant aux équipes d'adapter leurs choix d'actions. Et pour cela, ni audit d'observation ni auto-évaluation. Mais un audit basé sur l'échange et le partenariat entre enquêteur et professionnel via un court entretien individuel de moins de dix questions, rappellent les promoteurs, qui livrent les premiers résultats de ce travail.

61% de part de friction déclarée

Au 20 septembre dernier donc, 302 établissements (282 établissements de santé et 20 établissements médico-sociaux) se sont lancés dans l'analyse par équipe des pratiques et 206 ont terminé de saisir leurs données. Au total 7 754 professionnels de santé, dont 814 médicaux ont été interrogés. La part de la friction dans l'hygiène des mains déclarée par ces professionnels était de 61%, les autres 39% réalisant un lavage au savon et à l'eau. Toutes situations confondues, la désinfection des mains par friction avec un produit hydroalcoolique était déclarée être réalisée dans 80% des cas en moyenne, et l'importance moyenne donnée à l'hygiène de mains était de 89%, écrivent-ils également. Et de constater certaines situations plus à risque que d'autres, d'après les déclarations : la friction préalable à la pose d'un dispositif invasif est ainsi la mieux respectée et celle après avoir touché un patient bien réalisée. Au contraire, celle avant de toucher le patient pour un examen ou un soin et celle après avoir touché l'environnement proche du patient recueillent moins de succès.

Le produit lui-même est vu comme un frein

Les trois premiers freins à la friction hydroalcoolique identifiés sont ainsi : la crainte de la nocivité du produit, le caractère inconfortable ou désagréable du produit et le fait de considérer ses gestions professionnels comme non à risque. La disponibilité du produit, le manque de temps ou l'allergie avérée viennent ensuite dans les suffrages. Les freins ont alors permis de répartir* les professionnels dans trois stades de changements : 41% n'ont pas conscience du risque (stade dit de précontemplation), 17% témoignent de leur hésitation (stade dit de contemplation) et 93% sont conscients du risque et volontaire pour agir mais rencontrent des difficultés de mise en œuvre.

Des propositions d'actions nationales

Ces premiers résultats orientent alors les actions nationales pour sensibiliser davantage encore les professionnels à l'importance de la démarche avant de toucher un patient pour un examen ou un soin, leur montrer le risque de transmission lors d'un contact avec l'environnement proche et mettre en avant les argumentaires scientifiques relatifs à la non-nocivité des produits hydroalcooliques et à leur efficacité. Aussi est-il suggéré de poursuivre la structuration de la lutte contre les fausses informations sur les produits et d'interpeller les industriels pour les engager à recueillir le degré de satisfaction de leurs utilisateurs afin d'améliorer la composition de leurs produits. Engager les décideurs à tester les produits auprès des utilisateurs avant d'en valider le marché est également une voie recommandée. Enfin, la mission invite à poursuivre les analyses afin d'identifier les contextes précis dans lesquels les gestes sont considérés non à risque pour améliorer les formations et informations aux professionnels concernés. Une analyse détaillée de cet audit avec croisement des données sera alors mise à disposition en 2020.

L'expérience patient également en compte

Ce travail a aussi interrogé 2 283 patients et résidents sur le sujet. 76% disent avoir vu les professionnels réaliser une friction avant de les toucher et 89% accordent une importance à cette pratique. Mais seuls 35% déclarent avoir reçu une information dans le cadre de leur séjour, sur les moments où en tant que patient, ils devraient faire une hygiène des mains. D'où deux propositions d'actions nationales, à savoir fournir des informations grand public sur où, quand et comment réaliser une hygiène des mains et explorer l'implication du patient pour améliorer la prise en charge et la prévention des infections associées aux soins.

*Un professionnel pouvait lister jusqu'à trois freins possibles, d'où les pourcentages dépassant les 100%.

Pia Hémery
Merci à nos confrères d'Hospimedia pour le partage de cet article paru sur leur site le 4 décembre 2019.

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