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1 patient sur 20 touché par une infection nosocomiale

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Hygiène hospitalière

L’enquête nationale de prévalence des infections nosocomiales et des traitements anti-infectieux en établissement de santé (ENP) produit une photographie des infections nosocomiales en France tous les cinq ans. Les résultats de la dernière étude réalisée sur l’année 2017 viennent d’être dévoilés, le 4 juin, par Santé Publique France. On fait le point sur les informations à retenir.

« On estime à 4 200 le nombre de décès liés à des infections nosocomiales chaque année »
nous apprend la dernière enquête nationale sur le sujet1

Maladies nosocomiales

L’une des difficultés majeures concerne encore la chirurgie ambulatoire, de plus en plus répandue. Comment alors assurer un suivi efficace des éventuelles infections nosocomiales ?

L’enquête dévoile surtout qu’1 patient hospitalisé sur 20 est touché par au moins une infection nosocomiale, soit 5% des patients hospitalisés. On apprend également que 3 infections sur 4 sont acquises dans l’établissement de santé dans lequel le patient est hospitalisé et qu’1 infection sur 4 est en revanche importée d’un autre établissement.

Dans les établissements de santé, ce sont les services de réanimation qui sont davantage concernés par ces infections. Dans ces services, près d’un patient sur 4 est porteur d’au moins une infection nosocomiale. Enfin, les patients avec un dispositif invasif (cathéter, sonde urinaire, assistance respiratoire) ont un risque accru d’être infectés : il est ainsi 4,6 fois supérieur à celui des patients sans dispositif invasif.

Trois bactéries sont le plus fréquemment responsables de ces infections : Escherichia coli (près d’1/4 des IN), staphylocoque doré (13%), Enterococcus faecalis (6,5%). Les 4 infections les plus fréquentes sont, par ordre décroissant, les infections urinaires (plus d’une infection sur 4), les infections du site opératoire (1/6), les pneumonies (1/6) et les bactériémies (plus d’une infection sur 10). Toutefois, toutes n’ont pas le même degré de gravité, précise l’agence. Les infections urinaires très fréquentes sont le plus souvent anodines malgré la gêne occasionnée. À l’inverse, des infections survenant par exemple lors de chirurgie orthopédique sont plus graves. C'est par exemple le cas des poses de prothèse de genou ainsi que la chirurgie des varices des membres inférieurs.

Les services de réanimation sont davantage concernés puisque près d’un patient sur 4 y est porteur d’au moins une infection nosocomiale

Quelles évolutions marquantes entre 2012 et 2017 ?

Comparée aux données de la précédente enquête, la prévalence globale des patients infectés ne diminue plus pour la première fois depuis 2012 (alors qu’elle était en mouvement décroissant jusque-là), sans que l’on puisse en expliquer les raisons précises. Elle avait diminué de 10% entre 2006 et 2012. A noter : par rapport à 2012, cette prévalence augmente particulièrement en court séjour (+12%) et en chirurgie (+35%) alors qu’elle diminue en soins de suite et réadaptation (-19%) et en soins longue durée (-25%).

Une des augmentations notables est celle de la part des infections liées à une chirurgie, autrement appelées infections du site opératoire (ISO) qui passe de 13,5% en 2012 à 16% en 2017, se classant ainsi au deuxième rang des infections les plus courantes derrière les infections urinaires (28%) et devant les pneumonies (15,5%). Parmi elles, ce sont surtout les ISO liées à une incision profonde et au niveau de l’organe qui progressent entre 2012 et 2017 (respectivement de 1 point et de 2 points).

Infection nosocomiale, de quoi parle-t-on ?

Rappelons qu’il s’agit d’une infection associée aux soins (IAS) contractée au cours d’un séjour dans un établissement de santé (hôpital, clinique, Ehpad…). Ceci implique que l’infection était absente au moment de l’admission du patient dans l’établissement et qu’elle est survenue au cours d’une prise en charge (diagnostique, thérapeutique, palliative, préventive…). Si l’état infectieux du patient à l’admission est inconnu, l’infection est généralement considérée comme nosocomiale si elle apparaît après 48 heures d’hospitalisation. Parmi les infections nosocomiales les plus fréquentes, on dénombre les infections urinaires, les infections respiratoires (pneumonies), les infections liées à une intervention chirurgicale (infections du site opératoire) et toutes, bien sûr, n’ont pas la même gravité.

La surveillance s’étend désormais à la médecine de ville, aux établissements médico-sociaux et concerne l’intégralité du parcours de santé du patient

Les infections sont l’un des marqueurs de la qualité des soins

C’est donc la première fois que la prévalence des infections nosocomiales ne diminue plus. Difficile pourtant de fournir une explication précise à ce phénomène et il faut considérer que 5% est un bon chiffre, a rappelé Pierre Parneix, Président de la société d’hygiène hospitalière.  L’une des hypothèses explicatives avancée par les experts : les patients hospitalisés sont de plus en plus âgés, et donc 2,5 fois plus fragiles. 56% des patients hospitalisés en France sont âgés de plus de 65 ans.

Autre raison avancée par Pierre Parneix : le constat d’une nouvelle défiance face à l'hygiène des mains : des articles de presse faisant circuler des contre-vérités notamment au sujet des solutions hydroalcooliques, auraient eu des conséquences néfastes sur le comportement des professionnels. Je crois que cela aussi peut être un élément qui contribue [à faire cesser les progrès dans ce domaine], puisque l'hygiène des mains est quand même la première mesure de prévention des infections associées aux soins, a-t-il ainsi confié. Une enquête datant de novembre 2014 relevait aussi le mésusage des gants par les professionnels.

Des interrogations restent autour de la chirurgie ambulatoire

Face à ces résultats, Santé Publique France, qui s’appuie déjà sur des structures régionales (17 CPias), travaille à un nouveau réseau de prévention pour sensibiliser davantage les établissements de santé et les soignants. La surveillance s’étend désormais à la médecine de ville et aux établissements médico-sociaux et concerne l’intégralité du parcours de santé du patient, précise ainsi Santé Publique France. Pourtant, l’une des difficultés majeures concerne encore la chirurgie ambulatoire, de plus en plus répandue. Comment assurer un suivi efficace des éventuelles infections nosocomiales contractées par les patients, alors même qu’ils sont rentrés chez eux ? On est devant une difficulté, concèdent les experts qui citent quelques exemples étrangers de mise à contribution des patients qui doivent informer leurs chirurgiens de symptômes constatés, avec le risque de passer à côté de quelque chose. Les professionnels de la santé réfléchissent donc à des moyens de surveiller les patients qui sortent de l'hôpital dans la journée, après une opération. Concernant la mise en place d’une surveillance automatisée, il nous faut encore trouver les outils efficaces.

Surveillance infections nosocomiales : quid du rôle des IDEL ?

Nous avons interrogé Pierre Parneix, Président de la société d’hygiène hospitalière sur le rôle des IDEL dans la surveillance des maladies nosocomiales.

En chirurgie ambulatoire les IDEL ont pour moi un vrai rôle lorsque des soins sont prescrits à domicile. S'il s'agit de soins locaux, il y a toujours une part de risque infectieux en post opératoire surtout sur une plaie non encore hermétique. Ils peuvent aussi donner l'alerte devant des signes locaux d'infection car l'enjeu ici est d'intervenir vite pour atténuer les conséquences de l'infection. En pré-opératoire, les IDEL ont également un rôle pour optimiser l'hygiène corporelle, en particulier chez le patient obèse. De mon point de vue leur rôle aurait donc une vraie valeur ajoutée en pratique. Enfin, que l’IDEL reformule et éclaircisse les aspects non compris par le patient durant ses consultations aurait du sens pour que celui-ci soit plus compliant aux règles qu'on lui demande d'appliquer.

La question de la surveillance et de la prévention de la résistance aux antibiotiques (RATB), est également centrale, aussi bien en soins de ville qu’en établissement de santé. Cinq missions ont ainsi été définies afin de recueillir des données annuelles et d’émettre, à terme, de nouvelles recommandations dans ce domaine. Il faut poursuivre les actions en faveur du bon usage des antibiotiques. La France par rapport à ses voisins européens consomme beaucoup d'antibiotiques, donc on peut faire des progrès en la matière, assure le Dr Coignard, à la Direction Maladies Infectieuses, Santé Publique France. L'European Centre for Disease Prevention and Control (ECDC) coordonne en ce moment même une enquête de prévalence européenne. La dernière étude date de 2011-2012. Les nouveaux résultats devraient être dévoilés en novembre 2018.

Note

  1. Cette 6e enquête coordonnée par Santé Publique France, et menée en partenariat avec 5 Centres d’Appui pour la prévention des infections associées aux soins (Cpias), porte sur les mois de mai et de juin 2017, et a été réalisée auprès de 403 établissements de santé et de 80 988 patients.

Pour en savoir plus

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Journaliste susie.bourquin@infirmiers.com @SusieBourquin

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