HYGIENE

La propagation d’une bactérie « trop résistante » inquiète les chercheurs

Cet article fait partie du dossier :

Hygiène hospitalière

    Précédent Suivant

Les infections nosocomiales restent un problème prépondérant dans les établissements de santé. Dans ces cas-là, le recours aux antibiotiques reste automatique. Mais que se passe-t-il quand les connaissances sur lesquelles on base les traitements se révèlent inadéquates ? C’est ce qui est arrivé à des chercheurs australiens qui ont découvert l’existence d’une souche bactérienne incroyablement résistante. Pire que cela, celle-ci se répandrait sans être détectée dans les hôpitaux du monde entier !

cathéter

Un staphylocoque multirésistant se propage dans les hôpitaux et affecte les patients particulièrement vulnérables.

Staphylococcus epidermidis, un nom pas particulièrement inquiétant et quasi-méconnu par rapport à son homologue le staphylocoque doré. Pourtant ce micro-organisme génère actuellement de fortes inquiétudes. Et pour cause, des chercheurs de l’université de Melbourne ont découvert trois variantes génétiques de cette bactérie qui s’avèrent multirésistantes au point que les souches associées ne peuvent être maîtrisées de façon fiable par aucun antibiotique présent pour le moment sur le marché. Les spécialistes ont détecté leur présence dans des échantillons provenant de plusieurs pays dont des états européens. Le compte-rendu de leurs travaux vient d’être publié dans la revue Nature Microbiology.

Trop d’antibiotiques employés, résistance assurée

Tout d’abord, les chercheurs ont remarqué une hausse des infections de S. epidermidis difficiles à traiter dans plusieurs hôpitaux australiens. Ils notent une résistance aux deux principaux antibiotiques employés dans ce cas de figure : la rifampicine et la vancomycine. Ils décident donc d’analyser ces souches bactériennes en question et remarquent un changement dans la séquence ADN. Or, cette mutation engendre une forte résistance aux deux antibiotiques. Ce qui signifie que l’usage combiné de ces deux substances aurait contribué au développement d’une co-résistance, une chose que les scientifiques n’avaient pas prévu. Les deux médicaments n’appartenant pas à la même famille, la possibilité qu’une mutation les mettent en échec simultanément était jugée peu probable.

Ils ont ensuite effectué un aperçu global via des prélèvements effectués dans 78 hôpitaux du monde entier et le constat est clair : la souche bactérienne est présente dans de nombreux pays y compris en Europe. Ce micro-organisme se répandrait rapidement en raison du recours important à ces antibiotiques, notamment dans les unités de soins intensifs où ils sont utilisés en routine pour justement éviter ce type d’infection. En effet, les patients qui s’y trouve s’avèrent souvent immunodéprimés, avec des pathologies lourdes et sont porteurs de dispositifs implantés comme des cathéters, des valves cardiaques ou des prothèses articulaires, ce qui crée une opportunité pour S.epidermidis d’entrer dans l’organisme, surtout que cette bactérie est naturellement présente sur la peau. Elle infecte aussi plus fréquemment les personnes âgées. Et lorsque cela arrive, ce staphylocoque peut être mortel, mais c’est généralement chez des patients qui sont déjà très malades à l’hôpital… cela peut-être assez difficile à éradiquer et les infections peuvent être graves, explique Benjamin Howden, directeur de l’Unité de diagnostic microbiologique du Laboratoire de santé publique de l’Institut Doherty de l’université de Melbourne.

Ainsi, la découverte de ces souches résistantes suscite de nombreuses interrogations. Pourquoi ce problème se produit-il à une époque où les pratiques de prévention et de contrôle des infections ont réduit la résistance à la méticilline dans les hôpitaux ? Quel est le réel impact clinique de l'infection par ces souches ? Quelle est l’approche adéquate pour débuter une thérapie dans ces cas-là ? Il est nécessaire de mieux comprendre comment les bactéries se propagent et quelles sont celles que les établissements choisissent de cibler. Quoi qu’il en soit, il ne fait plus aucun doute que l’antibiorésistance est l’un des plus grands dangers pour l’avenir des soins hospitaliers.


Lire le point de vue de Gabriel Birgand - Pharmacien Hygiéniste et Epidémiologiste, du 6 septembre 2018 dans un article intitulé "La prévention des infections associées aux soinsDissémination planétaire de trois lignées de Staphylococcus epidermidis multi résistants".

Journaliste infirmiers.com roxane.curtet@infirmiers.com  @roxane0706

Retour au sommaire du dossier Hygiène hospitalière

Publicité

Commentaires (0)