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L'Ordre lance une vaste enquête internationale sur le bien-être des infirmiers pendant la crise sanitaire

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Santé au travail

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L'ONI a débuté son année sur les chapeaux de roue le 14 janvier par une Matinale intitulée comment préserver la santé et le bien-être au travail des infirmiers au temps du Covid-19 ? A cette occasion, il a annoncé lancer une grande enquête multicentrique (France, Belgique et Suisse) pour identifier les facteurs protecteurs qui ont permis aux infirmiers de rester dans leur profession malgré les difficultés engendrées par leur implication dans la gestion de la pandémie de Covid-19.

Grâce à cette enquête, des moments d'espoir vont être partagés (Patrick Chamboredon)

Si l'Ordre des Infirmiers est à l'initiative d'une étude qualitative et quantitative en passe d'être lancée sur le bien-être pendant la crise du Covid-19 d'infirmiers français, belges et suisses, c'est en raison des constats qu'il a relevés au sein de la profession depuis près d'un an, dès le début de l'épidémie de SARS-CoV 2. Difficultés d'accès aux équipements de protection, violences, inquiétude, découragement... Des constats qui l'avaient poussé à mettre en place au printemps dernier des mesures d'urgence (permanence psychologique, boîte aux lettres dédiée), à interpeller les pouvoirs publics et surtout à mener une enquête auprès de 70 000 infirmiers, dont il est ressorti que 43 % d'entre eux ne savaient pas s'ils poursuivraient leur métier dans les cinq ans à venir. Nous assurons notre rôle de vigie de la profession, maillon essentiel de la prise en charge de proximité ; pour cela, nous prenons appui sur un cadre scientifique solide , a expliqué Patrick Chamboredon, Président de l'Ordre.

Suivi à long-terme

Plusieurs études ont déjà été menées sur l'impact délétère - bien réel - de la pandémie de Covid-19 sur les professionnels de santé : stress post-traumatique, syndrome dépressif, anxiété, insomnie... des indicateurs négatifs qu'une revue de la littérature ne dément pas. Pas moins de 45 articles (essentiellement en provenance de Chine et du Japon, parmi les pays les plus touchés) portant sur l'altération de la santé des soignants par temps d'épidémie ont été dénombrés depuis plusieurs années, qu'il s'agisse du SRAS en 2002, du MERS-CoV dix ans plus tard, de la grippe H1N1 en 2009... Les conclusions ne s'arrêtent pas là ; les effets d'une crise peuvent être mesurés jusqu'à deux ans après l'exposition, a précisé Philippe Delmas, Docteur en sciences infirmières et Professeur à l'Institut et Haute Ecole de la Santé de Lausanne, signe que le suivi mérite d'être mené sur le long-terme.

A notre grande surprise et au-delà de la peur, de la tristesse et de la colère - très présentes - 100 % des interrogés ont déclaré avoir ressenti du bonheur à un moment où à un autre

Tenir le choc

Pourtant, l'enquête en gestation adopte un postulat sanitogénique un peu différent ; elle cherche à connaître les facteurs protecteurs qui ont permis aux soignants de "tenir le choc" et de continuer à exercer leur métier. Les trois objectifs sont clairs : explorer les facteurs de stress, identifier les ressources utilisées pour demeurer en santé au fil du temps, et mesurer l'impact sur la santé et le bien-être au travail au fil du temps. Cette hyptothèse de travail fait écho à des travaux menés en mai dernier en Belgique, où la situation a été également critique, auprès de 19 infirmiers volontaires pour prendre en soins des patients infectés par le Covid-19. Fondés sur des recherches en psychologie reconnues, l'étude a fait référence à sept émotions de base (colère, peur, bonheur, tristesse, dégoût, mépris et surprise), considérées comme positives dès lors qu'elles apportent un mieux-être individuel et/ou collectif. A notre grande surprise et au-delà de la peur, de la tristesse et de la colère - très présentes - 100 % des interrogés ont déclaré avoir ressenti du bonheur à un moment où à un autre, s'est étonné Dan Lecocq, Maître de conférence à l'Université Libre de Bruxelles. Du bonheur, disent les résultats, de natures différentes et essentiellement généré par les relations collégiales, la situation professionnelle et personnelle ainsi que par le soutien apporté par le département et la structure d'exercice.

Nous ne sommes pas égaux face au stress

Quête de sens

L'ensemble de ces données fait émerger plusieurs enseignements-clés. Tout d'abord les principaux facteurs de stress, au premier rang desquels l'accumulation des décès et la déprogrammation massive d'activités, laquelle induit chez les soignants un effort d'adaptation permanent et leur fait ressentir pour leurs patients une perte de chances importante, a souligné Anne-Marie Pronost, Directrice adjointe de la clinique Pasteur de Toulouse et Professeur associée à la Toulouse School of Management. S'ensuit naturellement un sentiment de manque d'accomplissement, d'insatisfaction, et enfin la perte de sens du métier qu'on exerce. Et dans lequel on est parfois sur-investi, a relevé Anne-Marie Pronost, même si cet excès semble avoir laissé place à de l'enthousiasme maîtrisé. Naturel, ce questionnement de la pratique courante et cette quête de sens doivent aussi tenir compte des facteurs individuels. Nous ne sommes pas égaux face au stress, et ce qui impacte l'un n'impactera pas nécessairement l'autre, a averti Claudia Ortoleva-Bucher, Docteur en sciences infirmières et Professeur à l'Institut et Haute Ecole de la Santé de Lausanne. Les variables efficaces que révèlera l'enquête pour soutenir les infirmiers, espère Patrick Chamboredon, devraient aussi aider à pérenniser l'attractivité du métier chez les étudiants comme chez les professionnels en exercice.

Directrice des rédactions paramédicalesanne.perette-ficaja@gpsante.fr @aperette

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