PRÉVENTION DU SUICIDE

Suicide en établissement : le Geps publie dix recommandations pour mieux prévenir les passages à l’acte

Publié le 09/09/2026

Sécuriser les lieux, former les soignants, repérer les idées suicidaires ou encore mieux préparer les sorties d’hospitalisation… Le Groupement d’étude et de prévention du suicide (Geps) formule dix recommandations pour renforcer la prévention des actes suicidaires dans les établissements sanitaires et médico-sociaux.

homme, suicide

Plusieurs centaines de suicides sont recensés chaque année dans les établissements de santé en France. Des décès qui ne concernent pas uniquement les services de psychiatrie, mais surviennent également en médecine, chirurgie et obstétrique (MCO), ainsi que dans les établissements médico-sociaux. Avec des conséquences pour les proches, les autres patients, mais aussi les équipes soignantes.

Pour tenter de réduire ces événements, le Groupement d’étude et de prévention du suicide (Geps), société savante de suicidologie fondée en 1969, publie dix recommandations à destination des établissements. Issues d’une revue systématique de la littérature et d’un consensus d’experts, elles misent sur une approche globale de la prévention, de l’admission du patient jusqu’aux semaines qui suivent sa sortie.

Un risque difficile à prédire

Car malgré l’avancée des connaissances, identifier les personnes susceptibles de passer à l’acte reste complexe. Selon le Geps, la capacité à prédire un acte suicidaire demeure très faible. Une majorité des patients décédés par suicide dans un établissement n’étaient ainsi pas considérés comme à risque lors de leur dernier contact avec l’équipe soignante.

D’où la nécessité, pour la société savante, de ne pas faire reposer la prévention sur la seule identification des patients à haut risque. Elle recommande plutôt une démarche «systémique et collective», intégrant prévention, repérage, intervention mais aussi postvention*, c’est-à-dire l’ensemble des actions mises en place après la survenue d’un suicide.

Première mesure préconisée : élaborer dans chaque établissement un plan de prévention des actes suicidaires, intégré à la politique de qualité et de gestion des risques. Celui-ci doit être construit en équipe pluriprofessionnelle, avec les soignants et la direction, et associer plusieurs actions. Un plan de postvention institutionnelle, permettant d’anticiper la conduite à tenir en cas de suicide, devrait systématiquement le compléter.

Sécuriser les lieux, mais pas seulement

Le Geps appelle également les établissements à sécuriser les lieux de soins pour l’ensemble des patients. Un audit pluriprofessionnel du mobilier et de l’immobilier doit permettre d’identifier les éléments présentant un risque et d’engager rapidement les travaux nécessaires. La sécurité des locaux, des équipements et des procédures doit ensuite faire l’objet d’un suivi. Pour les soignants cette sécurisation passe aussi par une vigilance très concrète au quotidien, selon Sophie Boutinaud, cadre de santé et membre du GEPS 

Il faut retirer les moyens létaux à disposition et ne jamais laisser seul un patient qui présente un risque suicidaire élevé, avec un risque de passage à l’acte imminent.

Le Geps recommande fortement de former les soignants à l’identification et à la gestion des crises suicidaires. Une priorité dans les services de psychiatrie, mais également dans ceux accueillant régulièrement des patients à risque, notamment les urgences, la pédiatrie ou la gériatrie. La formation doit aussi concerner plus largement les équipes de MCO et du médico-social.

L’idée, c’est vraiment d’aller se former, que ce soit à l’évaluation du risque ou à l’intervention en crise suicidaire.

Mais la formation ne constitue qu’une partie de la réponse. La société savante insiste également sur la nécessité d’avoir des professionnels «en nombre suffisant» et disponibles, capables d’adopter une attitude bienveillante face aux personnes en souffrance psychique ou ayant réalisé un acte suicidaire. Le patient doit, autant que possible, être associé aux décisions qui concernent sa prise en charge.

Rechercher les idées suicidaires régulièrement

Autre recommandation : évaluer régulièrement l’existence d’idées suicidaires. En psychiatrie, cette recherche doit être réalisée à l’entrée puis répétée au cours de l’hospitalisation. En MCO et dans les établissements médico-sociaux, elle concerne notamment les patients confrontés à une situation psychosociale de souffrance ou présentant un trouble psychiatrique.

Pour autant, davantage de surveillance ne signifie pas nécessairement davantage de prévention. Le Geps souligne que «l’observation constante des patients jugés à haut risque n’a pas montré de bénéfice». Il préconise plutôt un plan de surveillance individualisé et adapté à chaque situation, associé à un plan de protection construit avec le patient.

La transmission des informations constitue un autre point de vigilance. Dès l’admission, entre les équipes au cours de l’hospitalisation, mais aussi avec l’entourage du patient, la communication doit être fluide et structurée afin d’éviter la perte d’informations essentielles.

La sortie, une période à haut risque

Les recommandations s’intéressent également à l’organisation des soins. Dans les services de MCO, le Geps préconise de structurer les liens avec les équipes de psychiatrie de liaison et de mettre en place des protocoles d’intervention clairement définis. Le traitement des troubles psychiatriques et addictologiques doit par ailleurs être assuré, ces derniers constituant d’importants facteurs de risque suicidaire.

Une vigilance particulière doit être portée aux périodes de transition. Une vigilance qui doit se traduire dans la pratique infirmière selon Sophie Boutinaud :

Lors des transferts entre services ou des sorties d’hospitalisation, l’évaluation doit vraiment être renforcée. L’idée est de l’effectuer au plus près de ces moments qui sont les plus à risque. 

De plus, il est souvent observé que le risque de suicide demeure élevé dans les semaines et les mois suivant une hospitalisation.

Pour les personnes ayant des idées suicidaires ou ayant déjà réalisé un acte suicidaire, les permissions et la sortie doivent donc être anticipées avec le patient et son entourage. Un rendez-vous rapide doit permettre d’assurer la continuité des soins. Le Geps recommande également d’organiser un dispositif de recontact dans les jours qui suivent la sortie, «idéalement dans les 7 jours».

Enfin, la société savante appelle les établissements à signaler systématiquement les suicides et tentatives de suicide. Une démarche jugée indispensable pour mieux connaître ces événements et améliorer les mesures de prévention.

Après chaque suicide ou tentative, une revue de mortalité et de morbidité (RMM) devrait également être menée. Cette analyse pluriprofessionnelle doit rechercher les causes profondes de l’événement, mobiliser les équipes et déboucher sur des actions correctives.

Source : GEPS, Recommandation concernant la prévention du suicide et autres gestes auto-infligés dans les Établissements sanitaires et médico-sociaux en France

 

*La postvention correspond à l’ensemble des mesures d’accompagnement, de soutien et d’intervention pouvant être déployées à la suite d’un suicide, afin de prévenir les conséquences négatives pour l’ensemble des personnes exposées à un suicide (famille, professionnels de santé, autres usagers ou patients et tout autre membre de l’établissement). Source : Agence régionale de santé (ARS) Auvergne-Rhône-Alpes. 

 

Corinne Pauline Nkondjock

Source : infirmiers.com