Aussitôt diplômée de l’Institut de Formation en Soins Infirmiers (IFSI) de Villeneuve Saint-Georges en 2004, Johan, 46 ans, a commencé sa carrière d'infirmière en travaillant quatre ans dans un service d’hépato-gastroentérologie à l’hôpital de la même ville. Une première expérience très formatrice, mais également très intense qu'elle a décidé de laisser derrière elle. « Je suis arrivée en laboratoire bien plus tard, raconte-t-elle. Entre temps, j’ai travaillé en tant qu’infirmière scolaire, j'ai fait de l'intérim, j’ai travaillé aux urgences. C’est en 2009, lorsque j’ai repris le travail à la suite de la naissance de ma fille, que je me suis lancée en laboratoire, notamment pour les horaires de travail qui sont fixes. Généralement on commence assez tôt le matin et on est libre l’après-midi. »
Le travail y est moins intense qu’à l’hôpital, plus répétitif et aussi plus paisible : « L'hôpital, cela n'a rien à voir, admet Johan. On se donne à fond. On ne sait pas ce qu’il va se passer, c’est beaucoup plus imprévisible. La charge émotionnelle y est plus lourde. Et puis, en laboratoire, on n’exige pas de nous la même technicité. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle je déconseille d’opter pour cette activité directement à la sortie de l’IFSI. Il est préférable d’appliquer et d’intégrer tout ce que l’on a appris en stage lors de notre formation à l’hôpital dans un premier temps. »
Évolution de carrière
L'exercice en laboratoire exige qu’au bout d’une certaine durée d’exercice, l'infirmier revalide ses compétences. C’est ce qui est arrivé à Johan lorsqu'elle a été débauchée de son ancien laboratoire par une infirmière libérale. Cette dernière lui a proposé de la rejoindre dans son activité. Problème : après dix ans en laboratoire, la partie technique de sa formation était devenue invalide. Johan ne pouvait donc légalement pas directement se lancer en libéral mais était contrainte de repasser par une structure pratiquant des soins techniques. L'infirmière a alors opté pour un poste en maison de retraite, durant deux ans. « Il ne faut pas que les jeunes se laissent piéger, surtout ceux qui souhaitent évoluer plus tard. Le problème du laboratoire, c'est qu’au bout d'un certain temps, on est obligé de revalider un certain nombre d'années », prévient-elle.
Au-delà de ces aspects, Johan qui a fait le choix du laboratoire, s’y épanouit : « Pour travailler en labo, il faut bien sûr aimer pratiquer les prises de sang, les poses de perfusions. C’est évident. Cela peut paraître ennuyeux à certaines, cela dépend de chacune, moi cela me plaît. »
Et le quotidien ?
80 à 90 % des prélèvements sont des prises de sang. Mais il y a aussi des injections intramusculaires, des prélèvements cutanés (psoriasis, eczémas, pus, pustules, herpès, etc.), des prélèvements génitaux, des prélèvements de gorge, en particulier dans le cadre des campagnes d'IST. Dans certains laboratoires, les infirmières mettent en tube les prélèvements de selles ou d’urine.
L'infirmier fait aussi le lien avec le médecin biologiste. « Je n’ai jamais eu de problème de ce côté-là, souligne Johan. Évidemment certains d’entre eux peuvent être plus ou moins tatillons et préférer que les choses soient faites comme-ceci ou comme-cela, mais cela touche davantage l’organisation du laboratoire que les actes en eux-mêmes. »
Au contact des patients
La relation avec les patients, qui sont parfois pressés, stressés, angoissés, n'est pas toujours aisée. « Il est important de savoir se contrôler même si un patient nous parle de façon désagréable. Il faut garder à l’esprit que ce sont souvent des gens malades qui viennent nous voir. Parfois certains patients sont en suivi de chimio, il faut rester professionnel. Quand quelqu'un s’adresse à nous de manière déplaisante, il faut savoir recadrer poliment, conseille Johan. On ne s’enflamme pas quand quelqu'un dit quelque chose qui dépasse sa pensée. On ne se venge pas sur son bras. On reste en maîtrise. C’est quelque chose que l’on apprend rapidement à l'hôpital. »
Notion d’ordre et d’urgence
Selon Johan, le diplôme a beaucoup changé. « Je suis de l’ancienne génération. Ce que je remarque lorsque j’encadre des stagiaires, c’est qu’il y a un petit manque d’ordre et de sérieux, sauf s’il y a eu un passage à l’hôpital avant, qui forme à la notion d'urgence. »
Autre notion très importante en laboratoire : l’identité vigilance. « Quand des patients viennent nous voir avec une suspicion de phlébite, le résultat doit être rendu rapidement et au bon patient. Si les choses ne sont pas faites sérieusement, dans les temps impartis, en sachant à quel moment on fait tel ou tel test et à quel moment on doit délivrer tel ou tel conseil au patient, on court à la catastrophe. »
Johan met enfin en avant l’importance de la curiosité : « Il faut se tenir au courant. Il est indispensable de savoir quoi répondre lorsqu’un patient nous demande combien de temps il faut attendre pour refaire un test HIV. Ce n’est pas parce que l’on est en laboratoire, que ce n’est pas urgent. Tout est prévu pour que l’on puisse faire les choses correctement. »
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