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Plaies et cicatrisations : quoi de neuf en 2017 ?

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Plaies et cicatrisation

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Du 15 au 17 janvier, au Palais des Congrès de la Porte Maillot, à Paris, les Journées Cicatrisations 2017 ont accueilli plusieurs milliers de professionnels de santé français, de l'espace francophone et international, experts, cliniciens, chercheurs, de toutes spécialités et terrains d'exercice - médecins, gériatres, chirurgiens, dermatologues, infirmiers hospitaliers, stomathérapeutes, d'Ehpad ou libéraux, mais aussi pharmaciens, médecins de ville, coordonnateurs de réseau ou de maisons de santé… Densité des échanges, innovations, perspectives… se sont exprimées avec vitalité lors de conférences plénières, de symposiums, d'ateliers, de posters... Extraits choisis.

Croûte d'une plaie en pleine cicatrisation

Le partage des savoirs en matière de plaies et cicatrisation : un mouvement dynamique, pérenne et sans cesse en mouvement et ce, pour des bénéfices/patients multiples.

Comme l'a souligné Luc Téot, Président de la Société française et francophone des plaies et cicatrisation (SFFPC), chirurgien plasticien, unité médico-chirurgicales plaies et cicatrisations (CHRU Montpellier) en préambule de ces Journées Cicatrisation 2017, nous avons cette année un challenge majeur : la volonté de professionnalisation de plus en plus marquée des professionnels de santé qui demandent des formations diplômantes et une reconnaissance officielle de leur spécificité en plaies et cicatrisations.

Quoi de neuf dans les pansements ?

Pour Christine Faure, pharmacien hospitalier (Unité des dispositifs médicaux stériles et implantables, CHU de Montpellier) si l'actualité du pansement se caractérise par son dynamisme, la véritable « innovation »se fait rare et il s'agit le plus souvent d'évolutions technologiques. Actuellement, les pansements modernes répondent à différents objectifs tels qu'une augmentation des performances en terme de drainage et d'absorption mais aussi une simplification des soins, un plus grand confort au soignant et au patient. Une constatation s'impose, le nombre croissant d'études cliniques témoigne d'une prise de conscience des professionnels sur la nécessité de preuves scientifiques dans le domaine des plaies et cicatrisation. Lorsque Christine Faure se projette vers le futur en imaginant les pansements de demain, ses interrogations sont les suivantes : seront-ils composés de matériaux issus du monde marin (cabillaud) ou du monde végétal ? Auront-ils une visée diagnostique avec, par exemple, la possibilité de détecter le développement d'une colonie bactérienne au sein d'une plaie ?

Les progrès dans la connaissance des mécanismes de cicatrisation font envisager de nouveaux axes thérapeutiques tels que : adaptation du pansement en fonction du PH, peptides antimicrobiens, utilisation de cellules souches…

Quoi de neuf en chirurgie des plaies ?

Emmanuel Masmejean, chirurgien (chirurgie de la main et du membre supérieur, Paris) le souligne, la pratique de la chirurgie en France a considérablement évolué depuis le début du XXIe siècle. La prise en charge par organe, fer de lance de l'excellence de la médecine française, s'est de plus en plus développée. Sur le plan de l'organisation des soins, l'ambulatoire s'est maintenant considérablement développé et le pourcentage de chirurgie ambulatoire atteint pour certaines structures privées, jusqu'à 70 à 80 % des actes réalisés. Les techniques sont également de moins en moins invasives, raccourcissant les suites opératoires et les temps d'hospitalisation. Pour le chirurgien, la prochaine révolution sera l'utilisation des technologies numériques. La réalité augmentée et la chirurgie virtuelle font partie des éléments qui se mettent aujourd'hui en place pour l'exercice de la chirurgie de demain. L'utilisation des technologies numériques en chirurgie revêt trois aspects : l'assistance chirurgicale (robotique, réalité virtuelle et réalité augmentée) ; l'humain augmenté (prothèse bionique de la main, coeur artificiel) et les big datas (meilleures connaissances du vivant).

En France, la téléconsultation, la téléexpertise  et la téléassistance ont été définies en 2010 en présence ou non du patient. Pour Luc Téot, les plaies chroniques sont de bonnes candidates à la télémédecine car photos et vidéos peuvent aider le soignant à optimiser la prise en charge au quotidien.

Quid des plaies infectées : diagnostic médical et urgence

Soignants, qu'ils soient médecins ou infirmiers, sont tenus de détecter rapidement et précisément les épisodes infectieux, d'évaluer leur gravité et de leur appliquer un traitement adapté. Pour ce faire, ils surveillent un ensemble de signes et de symptômes cliniques ; des signes subtils qui ne seront détectés que grâce à une fine observation. Pour Sylvie Meaume, vice-présidente de la SFFPC, dermato-gériatre à Paris, l'infection est assez évidente chez des patients présentant une plaie aiguë ou chirurgicale et par ailleurs en bonne santé. Par contre,chez des patients affaiblis, diabétiques, le diagnostic peut reposer sur des signes locaux discrets ou généraux moins spécifiques. Et de rappeler que l'étendue et la gravité d'une infection des plaies auront un impact thérapeutique. De fait, en tant que praticien, elle souligne l'interêt d'une très bonne évaluation de l'état infectieux (local ou sur le plan général) afin de guider au plus juste la prise en charge thérapeutique. L'accès à des instruments d'évaluation clinique plus précis et plus sophistiqués augmenterait les chances d'un diagnostic plus rapide et contribuerait à réduire la morbidité chez les patients.

Les patients porteurs d'ulcères de jambe sont dans 70 % des cas sensibilisés à au moins un allergène notoire. Plus l'ulcère est ancien, plus le risque est élevé, de même la présence d'un eczéma péri-ulcéreux augmente cette fréquence.

Quid de la détersion en pratique…

La détersion est au coeur de la prise en charge d'une grande majorité des plaies, et plus particulièrement des plaies chroniques. Sylvie Palmier, responsable de formation en Plaies et Cicatrisation (CHRU Montpellier) et Pierre Perrot, chirurgien plastique reconstructrice et esthétique (CHU Nantes) l'ont souligné : Ce geste dont la finalité est de débarasser la plaie des tissus nécrotiques et fibrineux jusqu'à la mise à nu du tissu sain, parfois chirurgical - réalisé au bloc opératoire ou en consultation) est aussi un geste infirmier, en ville comme à l'hôpital, qui nécessite une formation et un entraînement technique. Et de rappeler, par conséquent, pourquoi déterger, quand déterger et comment déterger ? Des modalités de débridement des plaies conditionnées par l'aspect visuel, l'extension et le siège de la lésion, ainsi que l'état général du patient.

Le massage dermo-épidermique des cicatrices, notamment des cicatrices de brûlure, permet une mobilisation de la peau cicatricielle par rapport aux plans sous-dermiques.

Communications, posters, symposiums… un savoir expert qui circule et se partage

Plaies et démence - On estime dans notre pays à 20 % le risque de survenue d'une pathologie neurodégénérative après 80 ans, selon les projections actualisées de l'étude PAQUID . Ainsi le patient dément a un risque majoré de présenter une plaie, qu'elle soit propre à sa situation de personne âgée ou en lien direct avec sa démence. Emmanuelle Candas, gériatre, Paris.

Greffes cutanées - Les greffes cutanées sont un acte chirurgical courant en chirurgie et en particuliere n chirurgie plastique. Le succès d'une greffe est souvent synonyme pour le patient de guérison et d'arrêt des pansements. La période post-opératoire est fondamentale et l'interaction entre l'équipe chirurgicale et les soignants est fondamentale pour obtenir le succès escompté. Franck Duteille, chirurgien plasticien, CHU Nantes.

Escarres : support et mobilisation couchée -  La qualité du nursing et le respect des règles élémentaires (cf. mobilisations alternées) sont essentiels dans la prévention et le traitement des escarres. Ils doivent être accompagnés par des supports thérapeutiques adaptés et des techniques de manutention. Il ne faut pas oublier non plus l'utilisation du cadre de lit et ses réglages, ainsi que les dispositifs d'aide à la posture qui jouent un rôle pour obtenir mobilisation, prévention et confort. Jean-Michel Rochet, médecin spécialiste en médecine physique et réadaptation Champigny-sur-Marne et Marine Baume, ergothérapeute, Paris.

Plaie aiguës, attentat : les gestes qui sauvent Alors que la France fait face, depuis 2015, à une menace terroriste prégnante, aux actions multiples et peu prévisibles, les soignants sont des acteurs majeurs de la réponse nationale. « Sachants » du soin, qu'ils soient libéraux, pré-hospitlaiers, urgentistes ou non, en activité ou non, les professionnels de santé ne peuvent plus faire l'impasse sur la nécessité d'augmenter leurs capacités de résilience. Plaies par armes blanches, par balles, brulés, traumatisés graves physiques ou psychiques, victimes isolées ou multiples, autant de prises en charge en situation d'exception qui imposent de savoir pour agir : des mesures réflexes de sécurité, des soins vitaux simples … Qui, quoi, pourquoi sont bien complexes à appréhender. En revanche, comment s'ajuster et être plus efficient est possible. Fabien Robardet, infirmier sapeur-pompier et Hugues Lefort, médecin urgentiste préhospitalier, médecin chef du groupement des appuis et de secours de la Brigade de sapeurs-pompiers de Paris (BSPP).

La luminothérapie comprend la thérapie au laser de faible intensité (LLLT) et la thérapie avec une lumière émise par une diode (LED). Elle agit sur la peau à plusieurs niveaux de profondeur. Par exemple, elle peut raccourcir la période nécessaire pour parvenir à une cicatrisation complète des ulcères veineux de jambe.

Ces Journées Cicatrisations 2017 l'illustrent parfaitement : avancées scientifiques, échanges entre chercheurs, experts et cliniciens, diffusion et partage des savoirs… autant de vecteurs et d'occasions de faire avancer l’art et la science dans les soins des plaies. Riches ainsi de nouvelles techniques et produits, de savoirs et savoir-faire, les professionnels de santé de tous horizons font preuve de créativité adaptant et s’adaptant, au cas par cas, aux problématiques précises de leurs patients ; un mouvement dynamique, pérenne et sans cesse en mouvement et ce, pour des bénéfices/patients multiples. Rendez-vous l'année prochaine !

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Bernadette FABREGASRédactrice en chef Infirmiers.combernadette.fabregas@infirmiers.com @FabregasBern

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