URGENCES

Avec la grève des médecins, les urgences et le SAMU "submergés"

Publié le 09/01/2026

Comme chaque année en cette saison hivernale, les services d'urgences font face à une hausse drastique de leur activité, qui les met sous tension. Mais cette fois, la situation est d'autant plus critique qu'elle est aggravée par un facteur inédit : la grève des médecins libéraux, d'une ampleur inédite, qui reporte sur ces services un flux important de patients.

panneau accueil des urgences

Crédit photo : BURGER / PHANIE

«Il y a une tension dans tous les services d’urgences.» Le constat de Stéphanie Rist, ministre de la Santé, jeudi 8 janvier au soir, relèverait presque de l’euphémisme. L’Association française des assistants de régulation médicale (Afarm) estime plutôt que ces services sont «au bord de la rupture». Les centres de régulation du SAMU Centre 15 «sont actuellement submergés par une vague d’appels qui met en péril la sécurité des patients et la santé mentale des professionnels de santé», a-t-elle alerté dans un communiqué publié sur X un peu plus tôt, le même jour. Elle estime ainsi à 30 ou 40% la hausse du volume d’appels habituel. Le 5 janvier déjà, SAMU-Urgences de France s’alarmait d’une situation entraînant des conditions de travail «intenables» au sein des SAMU-SAS (Services d’accès aux soins).

En cause, la conjugaison de trois facteurs : l’épidémie de grippe saisonnière – l’ensemble des régions françaises, à l’exception de La Réunion, sont en phase épidémique, indiquait Santé publique France dans son bulletin du 7 janvier, avec une intensité élevée en ville et à l’hôpital chez les plus de 65 ans –, et les congés de fin d’année auxquels est venue s’ajouter la grève des médecins libéraux, débutée le 5 janvier et engagée pour 10 jours. Selon Samu-Urgences de France, le mouvement de protestation se traduit par une augmentation de 30 à 50% des appels urgents transmis aux assistants de régulation, aux médecins urgentistes et aux médecins libéraux non-grévistes. «En l’absence de solutions de consultation en cabinet, les usagers se tournent massivement vers le 15, transformant nos centres d’appels en « standard par défaut » du système de santé», prévient l’Afarm. «Cette situation se répercute immédiatement sur les services d’urgences hospitalières, créant un goulot d’étranglement mortifère.» Elle dénonce un véritable manque de moyens pour répondre à l’augmentation de ces sollicitations, pourtant prévisible.

Un manque de moyens structurels au sein de la régulation

L’agacement est d’autant plus grand que la situation se répète chaque année, même sans grève des médecins. «Le dogme du « tout appel au 15 », sans renforcement proportionnel des moyens, sature désormais les SAMU-SAS», avec des assistants de régulation contraints de gérer «un flux ininterrompu» d’appels. Avec en bout de ligne des délais de réponses qui s’allongent, des pertes de chances pour les patients, et des professionnels à bout de souffle. L’Afarm dénonce «le caractère prévisible de cette crise. Chaque année, à la même période, les SAMU se retrouvent dans la même détresse saisonnière.» Et malgré les alertes répétées, aucune mesure structurelle n’a été mis en place. En septembre 2023, le gouvernement avait accepté de verser une prime de 100 euros à ces professionnels, après plusieurs semaines de grève illimitée ; à l’époque déjà, ils réclamaient plus de moyens humains pour faire face à l’augmentation des appels, après l’instauration du 15 comme porte d’entrée vers les urgence dans le cadre de la mission flash de François Braun, à l’été 2022. L’Afarm demande ainsi «la mise en place systématique de coordinateurs et superviseurs de salle», chargés de piloter le flux des appels en temps réel, et un investissement «massif» dans les ressources humaines (recrutement et revalorisation). Elle appelle également à créer et reconnaître de nouveaux métiers au sein des SAMU-SAS auxquels pourraient être déléguées certaines tâches de régulation et de triage, libérant ainsi du temps médical.

Une grève d'une ampleur inédite

Depuis le début de la grève, l’Assurance maladie notait mardi 6 janvier une diminution de l’activité de 19% chez les généralistes, et de 12% chez les spécialistes. Annulation de consultations, fermetures de cabinets, de blocs opératoires de cliniques…, d’une ampleur inédite et soutenue aussi bien par l’hôpital privé que par les autres professions de santé, le mouvement était en germe depuis septembre 2025, en opposition contre deux des mesures alors présente dans le projet de loi de financement de la Sécurité sociale : une surtaxe sur les dépassements d’honoraires et l’obligation faite aux médecins de remplir le dossier médical partagé, sous peine de sanction. Toutes deux ont finalement été supprimées de la version finale du texte. Mais cela n’a pas suffi à apaiser une profession, qui fait part d’un ras-le-bol généralisé et liste une multitude de points de crispation (renforcement probable des contrôles sur les prescriptions, encadrement de l’installation, limitation des arrêts maladie…). Pour faire face, le gouvernement réquisitionne des médecins grévistes afin d’assurer un minimum la continuité des soins. Pour autant, le mouvement devrait s’intensifier, avec une fermeture totale des blocs opératoires du privé prévu pour ce week-end. Plusieurs hôpitaux (Toulouse, Niort, CH de Grenoble Alpes) ont d’ores et déjà déclenché un plan blanc pour faire face à l’augmentation de l’activité.

La Rédaction d'Infirmiers.com

Source : infirmiers.com