On attendait une estimation plus précise des décès liés à l'épisode caniculaires du mois de juin en France. Mercredi 22 juillet, l'agence Santé Publique France a donné des précisions chiffrées. Ainsi, 5 764 décès excédentaires ont été enregistrés lors de cet épisode de chaleurs extrêmes, pour moitié en trois jours du 25 au 27 juin, a-t-elle indiqué.
Ce bond de la mortalité «toutes causes» - qu'on ne peut pas encore imputer avec certitude à la chaleur - a été constaté pour «toutes les classes d'âge à partir de 15 ans», avec une «augmentation marquée dès 45 ans», ce que les experts jugent «inédit».
Le bilan va «vraisemblablement» s'alourdir, estime SpF, car une part des décès aujourd'hui comptabilisés comme dans la normale lui seront finalement imputés.
De nombreux décès à domicile
Les deux tiers de cette surmortalité concernent des personnes âgées de 75 ans et plus, qui payent toujours le plus lourd tribut en raison de leur vulnérabilité et leur santé souvent plus dégradée. Mais l'évènement s'est avéré aussi très meurtrier pour la tranche des 45-64 ans, avec 979 décès en excès, soit un bond de 55% par rapport à la mortalité attendue à cette période, hors évènements exceptionnels. Ces chiffres restent provisoires, dans l'attente d'un bilan à l'automne des décès «attribuables» à la chaleur. Le bilan va «vraisemblablement» s'alourdir, estime SpF, car une part des décès aujourd'hui comptabilisés comme dans la normale lui seront finalement imputés.
L'agence souligne l'impact sanitaire «très fort» de cet évènement climatique, excepté en Corse, en Occitanie et en Provence-Alpes-Côte-d'Azur, un peu moins exposées. En Île-de-France, particulièrement éprouvée, la mortalité a doublé par rapport à son niveau normal, avec 1 999 décès. Suivent le Grand Est, les Pays-de-la-Loire et le Centre-Val-de-Loire, avec respectivement 635, 553 et 511 décès excédentaires.
Les décès «ont augmenté dans tous les types de lieux» : hôpitaux, Ehpad, maisons de retraite, et «en particulier à domicile», a pointé Guillaume Boulanger, expert de SpF. Au bilan de juin s'ajoutent les 300 morts «toutes causes» excédentaires recensées pendant la première canicule de cette année, du 24 au 28 mai, plus précoce mais plus brève et moins intense. En outre, le pays a enchaîné à la mi-juillet avec un troisième épisode, alors que l'exposition répétée à des vagues de chaleur épuise les organismes, fragilisant tout particulièrement les populations vulnérables (enfants, personnes âgées, précaires, malades chroniques...), selon les spécialistes.
Si les jours de canicule ne représentent que «4 à 5%» des jours d'été, ils concentrent «30% des décès attribuables à la chaleur» sur la période estivale. Mais «l'exposition à la chaleur peut avoir un impact sur la mortalité durant tout l'été», a encore observé Guillaume Boulanger. Ainsi l'an dernier, 1 900 décès «attribuables à la chaleur» avaient été comptabilisés au cours de trois épisodes de canicule distincts, mais 5 700, soit trois fois plus sur l'été, du 1er juin au 30 septembre.
Bataille politique
Les bilans de mortalité, qui progressivement s'affinent au fil des semaines, et alimentent une âpre bataille politique, le gouvernement se voyant accusé par les oppositions d'impréparation aux conséquences du réchauffement climatique. Les Ecologistes en particulier avaient anticipé un bilan de 10 000 décès pour l'épisode de juin, aussitôt démenti par Matignon. Le gouvernement s'est efforcé d'écarter toute comparaison avec 2003, canicule qui a traumatisé la France en faisant 15 000 morts, dont un grand nombre en Ehpad. Finalement, «on constate que malgré l'épisode de juin extrêmement intense (...), le nombre de morts en excès constaté est bien inférieur» à 2003, a de nouveau fait valoir mercredi 22 juillet le cabinet de la ministre de la Santé Stéphanie Rist lors d'un point presse. La canicule de 2003 avait toutefois duré trois semaines, contre 16 jours cette fois-ci.
Guillaume Boulanger a néanmoins appelé à rester prudent dans la comparaison, «à 20 ans d'écart» avec des données à l'époque plus lacunaires, alors que «l'offre de soins a largement évolué, la pyramide des âges également», la population française étant plus âgée. D'une «précocité» et une «durée inédites», la canicule de juin 2026 a affecté presque toute la population hexagonale (98,5%) dans 92 départements, à une «période encore importante d'activités scolaires et professionnelles», rappelle SpF.
Morts liées à la chaleur: un bilan complexe établi en plusieurs étapes
Près de 6 000 morts toutes causes en excès ont été recensées pendant l'épisode de canicule de juin : si ces données dessinent les premiers contours de la mortalité attribuable à la chaleur, le nombre de décès qui lui seront réellement imputables ne sera connu qu'à la fin de l'été.
Les certificats de décès
A la suite d'un épisode de canicule, l'agence sanitaire Santé publique France (SpF) calcule plusieurs types d'estimations. Dès une semaine après la fin de la période, l'agence publie de premières données de la mortalité toutes causes confondues, basées sur la remontée des certificats électroniques de décès, qui enregistrent environ 60% de la mortalité nationale. Cette couverture est néanmoins hétérogène selon les régions et surtout selon le type de lieu de décès : elle n'enregistre que 25% de décès survenant à domicile, 45% de ceux en EHPAD et près de 80% en établissement hospitalier. Ces données doivent donc être interprétées avec prudence.
Les décès toutes causes en excès
Trois semaines après la fin de chaque vague de chaleur, l'agence publie un deuxième jeu de données qui s'appuie sur un échantillon d'environ 5 000 bureaux d'état civil, qui transmettent automatiquement leurs données à l'Insee. Ce réseau couvre 84% de la mortalité nationale. À partir des données des bureaux d'état civil, SpF publie une estimation du nombre de décès toutes causes en excès pendant les épisodes de canicule en comparant la «mortalité toutes causes» observée à une «mortalité toutes causes» de référence attendue.
Elle utilise pour cela un modèle statistique développé dans le cadre du projet Européen EuroMomo qui prend en compte les données historiques sur six années, la tendance générale, les fluctuations saisonnières et exclut les périodes de survenue d'évènements extrêmes comme des épidémies.
Ce sont ces données qui ont été publiées mercredi 22 juillet pour la canicule de juin. Mais, encore une fois, elles doivent être interprétées avec prudence car elles ne permettent pas de connaître les décès imputables à la chaleur, mais seulement la surmortalité survenue pendant un épisode. À ce jour, 5 764 décès toutes causes en excès ont été constatés sur la période du 17 juin au 2 juillet.
Le bilan consolidé après l'été
Le bilan consolidant l'ensemble des données disponibles est publié par SpF à la fin de la période de surveillance estivale. Celui-ci intègre impacts globaux sur la santé, estimation définitive de l'impact sur la «surmortalité toutes causes», mortalité toutes causes attribuable à la chaleur, bilan des accidents du travail mortels en lien possible avec la chaleur... Ce bilan peut être bien plus lourd que les précédents car il identifie les décès imputables à la chaleur sur l'ensemble de l'été et non sur les seuls jours de canicule.
En 2025 par exemple, 1 900 décès ont été attribués à la chaleur pendant les trois épisodes de canicule et 5 700 sur la période de surveillance de SpF, du 1er juin au 30 septembre. Concernant les causes précises des décès, l'analyse demande des études plus poussées qui peuvent prendre plusieurs années.
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