La politique vaccinale menée depuis 2018 est-elle suffisamment efficiente ?, s’interroge la Cour des comptes dans un rapport publié lundi 7 septembre. « Peut mieux faire », y répond-elle en substance. Pourtant, les enjeux de santé publique qu’elle est censée remplir sont essentiels : réduction des inégalités sociales et territoriales de santé, protection individuelle et collective contre certaines pathologies, voire éradication de certaines d’entre elles, et réduction des coûts pour l’Assurance maladie. Elle doit également permettre d’atteindre les taux de couverture vaccinale fixés par l’Organisation mondiale de la santé (OMS), parfois très élevés, notamment pour les pathologies qui frappent surtout les nourrissons (établis entre 90 et 95%). Or force est de constater que depuis 8 ans, les avancées sont certes là ; mais elles demeurent insuffisantes.
Si les auteurs prennent 2018 comme point de départ de leur évaluation, ce n’est pas un hasard. L’année a été marquée par deux changements majeurs : l’extension des obligations vaccinales contre 11 maladies pour les enfants de moins de 18 mois, et l’élargissement du champs des vaccinateurs, qui inclut depuis infirmiers et sages-femmes. Et si pour les plus petits, la couverture vaccinale est « bonne » - la disparition de certaines maladies est toutefois nuancée par la résurgence de cas de rougeole –, pour les autres catégories de population, le constat est plus mitigé. « Seulement 55 % des jeunes de 15 ans sont vaccinés contre le papillomavirus », et la vaccination contre la grippe, « en recul », reste loin du taux cible de 75% chez les plus de 65 ans.
Un rôle des infirmiers à renforcer
Il y a dès l’abord cet élargissement des professionnels de santé habilités à vacciner qui n’a pas tenu toutes ses promesses. Ce sont ainsi les pharmaciens d’officine qui arrivent en tête des vaccinateurs les plus efficaces, « la mobilisation des médecins, des sages-femmes et des infirmiers [devant] être intensifiée pour que la couverture vaccinale, qui est encore éloignée des objectifs fixés, augmente », juge ainsi la Cour des comptes. Les pharmaciens sont également ceux qui contribuent le plus à alimenter le Dossier médical partagé (DMP), dont les données sont essentielles pour évaluer l’efficacité des politiques vaccinales. Plus globalement, la vaccination en ville pèse pour la majorité des coûts de la politique vaccinale, soit en 2024, une dépense de 1,4 milliards d’euros, « dont près de la moitié est constituée des remboursements de vaccins par l’assurance maladie (617 M€) » (+70% entre 2018 et 2024).
Et côté protection des populations, la vaccination contre la grippe saisonnière n’atteint que 54% chez les plus de 65 ans. Avec des conséquences délétères : « en moyenne environ 2,5 millions de consultations et 9 000 à 10 000 décès associés, dont 90 % sont des personnes de 65 ans et plus », comptent les auteurs du rapport. Bonne nouvelle toutefois, la vaccination des femmes enceintes et des nourrissons contre la bronchiolite a permis de diminuer les passages aux urgences et les hospitalisations pour cette maladie.
Enfin, en ce qui concerne la réduction des inégalités, les conclusions ne sont là aussi guère reluisantes. Objectif peu mentionné dans « les documents nationaux relatifs à la vaccination », il est bien plus pris en compte localement, notamment par les Agences régionales de santé (ARS). Mais les actions menées sur les territoires rencontrent des succès inégaux, les plus prometteuses n’étant pas nécessairement répertoriées par Santé publique France. Dans les territoires d’Outre-mer, les taux de vaccination progressent peu, freinés entre autres par une défiance contre la vaccination née de la pandémie de Covid. « Les inégalités sociales en matière de vaccination restent prégnantes », conclut lapidairement la Cour des comptes.
Le cas de la vaccination HPV
Demeure le cas de la vaccination HPV dans les collèges, instaurée par Emmanuel Macron à la rentée de septembre 2023. « Prometteuse » mais réalisée essentiellement en ville, celle-ci se heurte toutefois à des difficultés de mise en œuvre qui limite ses impacts positifs, relève le rapport, répétant un constat dressé par plusieurs institutions dont, dernièrement, l’Institut Curie. En 2024, seuls 48% des jeunes filles avaient reçu un schéma vaccinal, contre 24,5% des garçons, en progression mais toujours bien loin des 80% à atteindre d’ici 2030, note de son côté l’Institut national de lutte contre le cancer. Les recommandations vaccinales ont néanmoins permis de compenser « la faible densité en offre de soins de certains départements », souligne le rapport, qui estime que plusieurs voies d’amélioration existent : meilleure coordination et engagement plus fort de la part du ministère de l’Éducation nationale, « ouverture de la possibilité de vacciner aux infirmiers de l’éducation nationale volontaires ».
Plus globalement, la Cour des comptes soumet une dizaine de recommandations pour tenter de renforcer l’efficience de la politique vaccinale : mettre plus largement les services de protection maternelle et infantile (PMI) à contribution en généralisant la prise en charge par les caisses primaires d’assurance maladie de la vaccination, intégrer la vaccination dans les collèges à la stratégie de santé scolaire, évaluer les actions à destination des publics les plus éloignés du soin et dupliquer les plus probantes, ou encore adapter la stratégie vaccinale aux enjeux de chaque région.
Accéder au rapport « La politique de vaccination depuis 2018 » de la Cour des comptes
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