«Cette décision fait suite à plusieurs signalements concordants de pratiques non conformes d'enfermement de patients mineurs, et s'appuie sur l'inspection diligentée en novembre dernier», a déclaré l'ARS dans un communiqué, jeudi 19 février. Les services suspendus, à compter du 27 février au soir, sont les quatre services faisant de l'hospitalisation complète, qui comptent actuellement «moins d'une vingtaine de patients». Les services d'hospitalisation de jour et ambulatoires «ne sont pas concernés par cette décision et continuent d'accueillir des patients», a indiqué l'ARS.
«Les constatations conduisant à cette décision», fondées sur deux visites dans l'établissement et des entretiens avec les professionnels, «décrivent un recours à l’isolement et à la contention, et des durées d’hospitalisation injustifiées au regard de l'état de santé des patients, de leurs besoins et du consensus professionnel actuel», a indiqué l'ARS. Qui ajoute que la Fondation Vallée n'apporte pas la garantie de l’arrêt définitif de ces pratiques. La suspension de ces services intervient alors que, début décembre, la contrôleure des lieux de privation de liberté alertait justement sur les atteintes, encore trop récurrentes, aux droits des enfants en psychiatrie. Elle dénonçait notamment des pratiques d'isolement et de contention abusives.
Des enfants sans "solution alternative", pointe la CGT
Après l'annonce de l'ARS, la CGT Santé du Val-de-Marne s'est déclarée «très inquiète de cette décision brutale de supprimer une partie importante de l'offre de soins pédopsychiatriques dans le département et dans la région». «Les agents de l'hôpital contestent formellement les accusations de mauvaises pratiques», a indiqué à l'AFP David François, secrétaire départemental de la CGT Santé. Par ailleurs, pour l'instant, les enfants présents dans les unités suspendues sont «sans solution alternative», a-t-il ajouté. L'ARS a affirmé de son côté que ces solutions alternatives «seront effectives à la fin des vacances scolaires» - période durant laquelle les enfants reviennent traditionnellement dans leurs familles.
La Fondation Vallée figure parmi les plus grosses structures pédopsychiatriques de la région Ile-de-France. Ancien établissement de référence en pédopsychiatrie, sa réputation s'est progressivement étiolée, sur fond notamment de conflit entre tenants de la psychanalyse, historiquement très présents dans la psychiatrie française comme à la Fondation Vallée, et partisans des techniques dites comportementales et développementales, basées sur des processus plus normés.
Les services suspendus sont l'unité «Bourneville» pour les adolescents de 12 à 17 ans, «Dolto » pour les 4-12 ans, «Winnicott» (6-12 ans), et l'Unité d'évaluation de traitement et d'évaluation des adolescents (UETA), cette dernière étant «sans activité de fait car en cours de reconversion». Au-delà de cette décision en urgence, l’ARS demande à l'établissement «de remédier aux dysfonctionnements constatés et de réorganiser son offre d’hospitalisation complète pédopsychiatrique. Il s’agit notamment de l’inscrire résolument dans les recommandations de bonnes pratiques professionnelles les plus récentes», en particulier celles de la Haute autorité de santé. La semaine dernière, celle-ci a clairement indiqué que l'approche psychanalytique était «non recommandée» dans la prise en charge de l'autisme, car elle ne dispose «que d'un niveau de preuve insuffisant».
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