SANTÉ AU TRAVAIL

Lutte contre les risques liés aux cytotoxiques : peut mieux faire, juge le SNPI

Publié le 28/08/2025

Face aux risques que courent les infirmiers qui manipulent des médicaments cytotoxiques, le Syndicat national des professionnels infirmiers identifie quatre pistes pour renforcer la sécurité dans les services concernés.

Infirmière et patiente, en séance de chimiothérapie ambulatoire, préparation de la perfusion

Crédit photo : BURGER / PHANIE

Certes, ils sauvent des vies. Mais ils menacent également celles des soignants. Utilisés en oncologie (chimiothérapie, radiothérapie), en dermatologie et en rhumatologie, les médicaments cytotoxiques agissent en bloquant l’ADN des cellules tumorales. Problème, « leur défaut est connu : ils ne sont pas sélectifs », rappelle le Syndicat national des professionnels infirmiers (SNPI). Et les professionnels de santé qui les administrent y sont exposés, même si ce n’est qu’à bas bruit. Or, sur le long terme, cette exposition peut avoir de lourdes conséquences sur leur santé : diminution de la fertilité chez les femmes, risques accrus de fausses couches ou de malformation chez un fœtus, apparition de cancers… 

« Ce n’est pas une rumeur, c’est un constat étayé par des cohortes, des recensements et des dosages biologiques », affirme le syndicat, qui cite plusieurs études prouvant leur toxicité. 78% des 23 participants à une étude menée par l’Institut national de recherche et de sécurité pour la prévention des accidents du travail et des maladies professionnelles (INRS) dans un centre hospitalier dédié à la cancérologie présentaient ainsi au moins un échantillon urinaire positif au marqueur du 5-fluorouracile ; 72% des prélèvements de surface étaient en outre contaminés. Et sur 12 hôpitaux, 55 % des 104 infirmiers et 58 % des 48 aides-soignants avaient au moins un échantillon urinaire positif. Et selon une étude publiée dans National Library of Medicine, les infirmières, qui manipulent principalement ces médicaments, ont un risque 2,73 fois plus élevé de développer un cancer du sein par rapport à la population générale.

Une exposition à "chaque maillon" du circuit de soin

Car l’exposition à ces substances peut « survenir à chaque maillon du circuit : emballages souillés, glacières de transport mal nettoyées, projections à la pose/dépose, gouttelettes, surfaces, textiles, déchets, mais aussi excrétas (urines, vomissements, selles, sueur) dans lesquels on retrouve le produit inchangé ou ses métabolites actifs. La chambre, le chariot, la poignée de porte, le téléphone, la souris d’ordinateur : autant de vecteurs potentiels », déroule le SNPI. Invisible, le risque est clairement minimisé. Et en face, les équipements de protection (EPI), à commencer par les gants vinyle, ne sont pas toujours adaptés ou, quand ils le sont, ils sont régulièrement en rupture de stock. Le nettoyage des instruments, lui, n’est pas suffisamment standardisées, et la filière des déchets demeure incomplète. Autre problème : une formation qui s’effectue au moment de l’embauche et qui ne donne suite à aucune autre démarche. Alors que s’appuyer sur « les retours d’expérience (RETEX) est essentiel pour gérer au mieux les risques sanitaires. »

4 leviers identifiés pour réduire le danger

Pour limiter les risques, le SNPI propose de :

  • « Prendre l’exposition au sérieux comme un risque chimique majeur » en intégrant réellement les antinéoplasiques (ou anticancéreux) dans les plans de prévention pour éviter la prolifération des cellules tumorales chez les travailleurs à risque d’exposition, et en reconnaissant et traçant l’exposition par l’enregistrement des incidents.
  • Disposer d’EPI adaptés : gants nitrile/néoprène, surblouses manches longues anti-projection, tablier imperméable si risque d’éclaboussure, lunettes/visière et masque lors des gestes à risque.
  • « Organiser le soin autour de la sécurité » en excluant les femmes enceintes ou allaitantes des tâches à risques, en évaluant chaque année le risque de cancérogénécité, et en mettant en place un suivi des expositions des professionnels.
  • Miser sur la formation. Il faut ainsi, « en formation initiale, intégrer un module de formation sur le risque cancérogène lié à ces médicaments », juge le SNPI, et, une fois en exercice, sensibiliser les personnels en contact avec ces substances, dès leur prise de poste et lors des entretiens annuels.

« La prévention n’est pas une surcharge bureaucratique. C’est ce qui sépare une pratique moderne d’une routine à risques. La réalité est simple : protéger les soignants, c’est protéger les patients », achève le syndicat.

 

La Rédaction d'Infirmiers.com

Source : infirmiers.com