JOURNÉE INTERNATIONALE DES INFIRMIÈRES

Il faut "passer d'une vision monochrome à une vision multidimensionnelle de la profession" infirmière

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Publié le 12/05/2026

En cette Journée internationale des infirmières, le nouveau rapport du Conseil international des infirmières espère créer un électrochoc dans la profession. En listant les 7 piliers qui structure son action auprès des populations, il veut provoquer un changement de paradigme qui reconnaisse pleinement l'éventail de ses compétences et donc son rôle primordial dans les systèmes de santé. 

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Ce qu’il faut, «c’est une nouvelle façon de percevoir la profession infirmière.» Telle est, en substance, la teneur du message que le Conseil international des infirmières (CII) veut faire passer par la voix de son directeur général, Howard Catton, en cette Journée internationale des infirmières. La thématique «Nos infirmières. Notre avenir. Le pouvoir d’agir des infirmières sauve des vies», d’ailleurs, résonne comme une profession de foi. Car il s’agit de démontrer l’apport essentiel de la profession infirmière dans les systèmes de soin, en s’appuyant sur des données tangibles. Comme chaque année, le CII publie en effet en ce 12 mai son nouveau rapport mondial, qui présente «les sept pouvoirs clés» des infirmières, qui les rendent indispensables au maintien en bonne santé des populations. À condition qu’on leur en laisse le loisir. 

Un nécessaire changement de paradigme

Conflits, hausse des besoins en santé mentale, vieillissement de la population et son cortège de maladies chroniques… Les enjeux globaux de santé actuels sont énormes. «Et ce sont des enjeux qui relèvent du champ de compétence des infirmiers. Les soins infirmiers sont essentiels à leur prise en charge», a résumé Howard Catton lors de la présentation des grands axes de ce rapport. Or cette dimension du rôle infirmier demeure largement sous-estimée, la faute à une conception de la profession qui n’a guère évolué depuis sa première structuration portée au milieu du XIXème siècle par Florence Nightingale. Le métier, qui tente de s’agencer, est en effet associé aux ordres religieux - et plus spécifiquement aux religieuses. «Notre histoire est liée à une approche unilatérale de la profession : le soin et la compassion. Mais quand on regarde les enjeux de santé et quand on voit ce que font les infirmiers, leur rôle déterminant, on voit bien que cela va au-delà de ça.»

La profession, d’ailleurs, gagne de plus en plus compétences, avec notamment la diffusion du modèle de la pratique avancée ; surtout, elle intervient dans tous les champs du soin et auprès de tous les types de population, et est un atout à faire jouer pour le développement économique - les avantages financiers découlant du maintien des populations en bonne santé grâce à l’action des infirmiers étaient d’ailleurs au coeur de la thématique de la Journée internationale de 2024. Le nouveau rapport que publie le CII cherche ainsi à apporter «des preuves solides du pouvoir mesurable et transformateur des soins infirmiers» pour, en bout de ligne, démontrer la nécessité de renforcer l’autonomisation de la profession. «Passer d'une vision monochrome à une vision multidimensionnelle de la profession, voici notre ambition», a revendiqué Howard Catton.

Les 7 piliers qui assoient le rôle infirmier dans les systèmes de santé

«Nous avons identifié 7 piliers» qui permettent de reconnaître «le large éventail» du rôle infirmier, a poursuivi Howard Catton. Le premier, essentiel en ces temps de défiance généralisée contre la science et la médecine, est celui de la confiance. «Les infirmiers sont la profession de santé dans laquelle les populations ont le plus confiance», a indiqué Gill Moore, chargée de la communication du CII, soulignant l’image positive que cette confiance donne de leur éthique. Mais c’est également «un aspect majeur» de la santé publique, les infirmiers pouvant ainsi être un instrument tout indiqué contre la désinformation en santé ou pour promouvoir la prévention et la vaccination.

Les infirmiers sont les professionnels de santé qui passent le plus de temps auprès des patients, qui comprennent leur mode de vie et ont donc plus facilement accès aux communautés.

Vient ensuite le pouvoir du nombre : avec ses quelque 30 millions de professionnels dans le monde, la profession infirmière est aussi la première en termes d’effectifs. Ce qui ne signifie pas qu’ils sont suffisants, surtout face aux besoins croissants en santé. En juillet 2025, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) s’inquiétait ainsi d’une pénurie de ces professionnels dans le monde, estimée à près de 6 millions, et d’une inégalité de leur répartition en fonction des territoires.

S’y ajoutent les pouvoirs des soins - personnalisés et «seul moyen de prendre en charge maladies chroniques et enjeux de santé mentale» - et de la proximité : «les infirmiers sont les professionnels de santé qui passent le plus de temps auprès des patients, qui comprennent leur mode de vie et ont donc plus facilement accès aux communautés.» Ils s’accompagnent des pouvoirs de «la pratique» et du «professionnalisme», encouragés par la montée en compétence et la professionnalisation croissante des formations. Reste enfin le pouvoir «de la paix», qui s’incarne, lui, dans la prise en charge des populations frappées par les conflits et les crises humanitaires, garante autant que faire se peut du respect de certains droits fondamentaux.

Une profession en quête de plus d'autonomie

Les impacts des infirmiers en santé sont donc «mesurables. Mais pour maximiser leur potentiel, nous avons besoin d’investir dans la profession pour qu’elle gagne en autonomie» et qu'elle puisse mettre en exercice ses pleines compétences,  a rappelé Gill Moore. L’autonomisation de la profession, c’est d’ailleurs le cheval de bataille du président du CII, le Dr José Luis Cobos Serrano. Et elle ne peut se déployer que si les pouvoirs publics lui en donnent les moyens, martèle-t-il de son côté. «Une véritable autonomisation est structurelle. Elle implique que les dirigeants fassent le choix délibéré d’investir dans des conditions de travail sûres et équitables ainsi que dans des politiques permettant aux soins infirmiers d’avoir un impact maximal, de manière constante et à grande échelle

Dans ce contexte, le rapport du CII, soutenu par les orientations stratégiques pour les soins infirmiers de l’OMS notamment, se veut un appel à l’action, a indiqué Howard Catton, appelant les professionnels à s’en emparer pour prendre conscience du rôle qu’ils jouent au quotidien. Il vient surtout s’ajouter à un discours que porte le CII depuis plusieurs années pour réclamer plus d’investissement dans la profession et dans la reconnaissance de ces compétences. «Nous avons les documents, les recommandations sur la stratégie globale infirmière. Notre action la plus essentielle a été de produire la nouvelle définition des soins infirmiers et de la profession, qui insiste sur son leadership

Les attentes sont à la hauteur des enjeux. Combler les pénuries de personnel infirmier et de santé pourrait sauver 189 millions d’années de vie et ajouter 1 100 milliards de dollars à l’économie mondiale, tandis que le développement des soins primaires, où les infirmières jouent un rôle central, pourrait sauver 60 millions de vies d’ici 2030, estime ainsi le CII.


Source : infirmiers.com