«Le 15 septembre, devant le ministère de l’Économie et des Finances, des organisations qui n’avaient pas l’habitude de manifester ensemble ont porté une même exigence», assure Thierry Amouroux, porte parole du Syndicat National des Professionnels Infirmiers (SNPI). Infirmiers, pompiers, associations environnementales, organisations de solidarité et citoyens ont fait émerger «une alliance nouvelle» face au changement climatique, estime-t-il.
Les soignants ont été éprouvés par les épisodes de canicule successifs, rappelle le leader syndical. «Voir nos patients se dégrader à l'hôpital parce qu'on les maintenait dans des conditions tout à fait inadaptées, ça marque. Il y a beau y avoir l'environnement médicalisé, le fait de rester enfermé à 35, 40°C, les états s'aggravent», explique Thierry Amouroux qui évoque également l'état des professionnels de santé pendant cette canicule : «Nous même en tant que soignants, on a exercé dans des conditions très difficiles. En dehors de l'inconfort personnel, vous voyez apparaître des troubles de la concentration qui peuvent entrainer des erreurs de soin»
Pour Thierry Amouroux, la question du changement climatique se mesure désormais pour les infirmières «dans le corps de leurs patients» avec des conséquences concrètes : «Déshydratations, insuffisances rénales, décompensations cardiaques et respiratoires, aggravation des maladies chroniques, pertes d’autonomie». Un constat effectué sur le terrain par les soignants, et confirmé par les dernières données sanitaires : 8 124 décès en excès ont été observés pendant les épisodes de fortes chaleurs entre mai et fin août 2026. «Nous ne pouvons pas attendre l’été prochain pour redécouvrir le problème», note Thierry Amouroux. «On a connu la canicule de 2003. 20 ans après, on a une pièce climatisée dans tous les Ehpad», avec parfois 120 résidents qui s'y bousculent à tour de rôle.
Sortir les patients des « serres médicalisées »
«Cet été, dans certains établissements, les températures ont atteint 35 °C, voire 40 °C dans des chambres. Des soignants en sont arrivés à fixer des couvertures de survie sur les fenêtres pour tenter de protéger leurs patients du rayonnement solaire». Des établissements que le SNPI qualifie de « serres médicalisées », pour marquer les esprits certes, mais aussi parce que la réalité était tristement proche de l'image.
«Il faut maintenant arrêter la com', poursuit Thierry Amouroux, qui plaide pour «un programme national d’adaptation climatique des hôpitaux et des EHPAD : protections solaires, isolation, ventilation, végétalisation, rafraîchissement des bâtiments et climatisation adaptée lorsque la sécurité des patients l’exige».
Vers un "plan chaleur domicile"
L’autre urgence concerne le domicile selon le syndicat infirmier : «Une personne âgée, malade chronique, isolée, vivant au dernier étage d’un immeuble transformé en bouilloire thermique ne peut pas être protégée uniquement par des messages lui recommandant de boire et de fermer ses volets. Il faut aller vers elle avant qu’elle ne décompense».
Le SNPI demande ainsi un «plan chaleur domicile» : «identification préalable des personnes vulnérables (par les mairies), contact lors des alertes, visite à domicile (par les professionnels sur le territoire, infirmiers libéraux, pompiers, police municipale...), lorsque la situation l’exige, évaluation de l’état de santé et du logement, orientation vers un lieu frais ou une solution d’hébergement temporaire lorsque rester chez soi devient dangereux. Infirmières, aides à domicile, médecins, pharmaciens, services sociaux et collectivités disposent déjà d’une grande partie des compétences nécessaires. Il faut maintenant organiser leur coordination».
Avec quel argent ?
Le SNPI rappelle que la France «dispose déjà d’une ressource née précisément d’une catastrophe sanitaire liée à la chaleur. Après les 15 000 morts de la canicule de 2003, la Journée de solidarité a été créée pour améliorer la prise en charge des personnes en perte d’autonomie».
«En 2026, elle représente 3,5 milliards d’euros, soit 60 milliards cumulés depuis sa création» selon le SNPI. 3,36 milliards d’euros au sein d’un effort national de 43,37 milliards, compte pour sa part la Caisse nationale de solidarité pour l'autonomie (CNSA). Le syndicat demande qu’une partie de cette ressource soit consacrée à protéger les personnes vulnérables contre les conséquences sanitaires des canicules. «Cet argent pourrait financer l’adaptation réelle des EHPAD et des hôpitaux, la prévention et l’aller-vers à domicile ainsi que l’adaptation prioritaire des logements occupés par des personnes âgées, dépendantes, handicapées ou atteintes de maladies chroniques. Si on décidait de climatiser l'intégralité des Ehpad (6500 établissements qui hébergent 610 000 résidents) aujourd'hui, ça coûterait moins de 2 milliards».
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