BILAN

Des greffes en hausse mais les Français toujours mal informés

Publié le 20/02/2026

L'Agence de biomédecine dresse le bilan des greffes réalisées en 2025. Si elle note une progression continue de leur nombre, la dynamique du côté des donneurs tend toutefois à s'essouffler alors que, parallèlement, un défaut d'information persiste chez le grand public.

 container isotherm pour conservation d'un organe

Crédit photo : BURGER / PHANIE

C’est bien, mais peut mieux faire. C’est en substance ce que conclut l’Agence de biomédecine dans son bilan des greffes réalisées en 2025. Au nombre de 6 148, elle dépasse le précédent record, qui datait de 2017 – elle en avait alors compté 6 120 – dont 3 867 greffes rénales, 1 431 greffes hépatiques et 421 greffes cardiaques. Ce sont les 1 590 donneurs en état de mort encéphalique, sur les 3 188 donneurs potentiels recensés de ce type, qui y ont majoritairement contribué. «Ce nombre exceptionnel de greffes est l’aboutissement de plusieurs actions» intégrées dans le Plan ministériel pour le prélèvement et la greffe d’organes et de tissus 2022-2026, constate-t-elle. Parmi lesquelles, donc :

  • Le déploiement du protocole de prélèvement des donneurs de type Maastricht 3, qui autorise depuis 2014 le prélèvement d’organes sur des donneurs décédés d’un arrêt cardiaque. En 2025, l’activité a continué d’augmenter, avec 854 patients recensés (+8% par rapport à 2024) et 321 patients prélevés.
  • L’amélioration de la qualité et de la culture du don grâce à un audit de tous les établissements de santé autorisés à prélever ;
  • Un financement renforcé pour les machines de perfusion rénales et hépatiques, et le remboursement de la perfusion pulmonaire et cardiaque
  • Et une accélération de l’offre de formation à destination des professionnels, dont les étudiants des spécialités médicales qui prennent en charge les donneurs : réanimateurs, urgentistes, neurologues, pédiatres).

Une dynamique qui s'essouffle

Pour autant, la dynamique de hausse des greffes ralentit : elle est évaluée à +1,5% en 2025, contre +7,1 en 2024. Les résultats de l’année écoulée se situent ainsi «dans la fourchette basse des trajectoires» fixées par le Plan ministériel 2022-2026, qui parie sur 6 760 greffes d’organes et de tissus réalisées en 2026, 8 528 dans le cas des estimations les plus hautes. Parallèlement, les greffes avec donneurs vivants progressent : 603 greffes rénales, dont 8 greffes issues de dons croisés*, et 11 greffes de foie. Pour autant, «la part des greffes rénales avec donneur vivant plafonne à 15,6 % du total des greffes rénales en 2025.» Et malgré une hausse de 7,7% en 2 ans, les chiffres demeurent loin de l’objectif du Plan, fixé à 20%. «Les efforts et la stratégie mise en place portent leurs fruits, tout en montrant que la poursuite de la progression nécessitera de nouveaux leviers d’action», en conclut l’Agence de biomédecine.

Parmi les leviers identifiés, outre le développement de l’offre de formation des professionnels, figure notamment la nécessité de poursuivre le développement du prélèvement multi-sources et d’analyser et agir sur les leviers sociétaux et hospitaliers de l’opposition.

Un besoin de mieux informer le grand public

Car en plus du bilan de l’année 2025, l’Agence de biomédecine a réalisé, comme chaque année en janvier, une enquête nationale afin d’évaluer la perception et les connaissances des Français sur le don d’organes et de tissus en 2026. Elle en retire que, si l’adhésion aux dons d’organes et de tissus demeure forte, elle est encore trop peu partagée. 74% des Français se disent ainsi favorables au don de leurs propres organes après leur mort, un chiffre stable depuis 10 ans, et 90% estiment qu’il est «important» que leurs proches connaissent leur position sur le sujet. Malgré tout, ils ne sont que 49% à en avoir fait part ; c’est 4 points de moins qu’en 2025, la baisse s’observant principalement chez les 25-34 ans.

Et côté information, il existe encore des trous dans la raquette. Au total, seuls 33% des Français se sentent «bien informés», avec un fossé entre générations qui se creuse, les 65 ans et plus se disant la mieux informée (à hauteur de 42%). Dans le même temps, 62 % des Français pensent que le prélèvement est automatique en l’absence d’inscription sur le registre national des refus, alors que les proches sont toujours consultés, et 48 % savent que le don d’organes et de tissus n’est pas incompatible avec les rites funéraires (56 % en 2025), estime l’Agence. «Aujourd’hui, le recensement des donneurs, l’abord des proches, la coordination du don à la greffe, sont encore des activités médicales trop peu reconnues, alors qu’elles ont sauvé plus de 6 000 vies cette année», se désole Marine Jeantet, sa directrice générale.Chez les professionnels du secteur de la santé aussi les informations peuvent être parcellaires, avec 30 % des personnes travaillant à l’hôpital qui pensent que les donneurs ne sont pas décédés au moment du prélèvement d’organes.

Reste le poids de la désinformation, de celle qui circule essentiellement sur les réseaux sociaux. Elle a en effet généré des dizaines de milliers d’inscriptions infondées sur le Registre national des refus en 2024 et 2025, selon les estimations de l'Agence de biomédecine. «La lutte contre la désinformation, qui conduit à des inscriptions massives sur le Registre national des refus sur la base de fausses raisons, et contribue plus largement à entretenir un climat de défiance et de suspicion qui nuit au sentiment de solidarité et à la confiance dans le système de santé, se traduit aujourd’hui par une perte de chance pour les patients en attente de greffe», déclare Stéphanie Rist, la ministre de la Santé, citée dans le communiqué de l’Agence de biomédecine. Elle encourage à diffuser plus largement des informations fiables et vérifiées sur les canaux disponibles – dont média et réseaux sociaux –, soit un des «axes majeurs» pour promouvoir le don d’organes et de tissus et l’accès à la greffe.

* Selon la définition de l’Agence de biomédecine, le don croisé permet «de contourner l’incompatibilité (de groupe sanguin et/ou immunologique) entre un donneur vivant de rein et son proche malade, en réunissant des « paires » de donneurs/receveurs qui ne sont pas compatibles entre eux, mais dont le receveur est compatible avec le donneur de l’autre paire – et vice-versa.»

La Rédaction d'Infirmiers.com

Source : infirmiers.com