PROFESSION INFIRMIÈRE

La réforme infirmière globalement bien accueillie mais attendue impatiemment sur le terrain

Publié le 21/05/2026

La MACSF vient de publier les résultats d’une étude consacrée à l’évolution de la profession infirmière, menée auprès de 890 professionnels de santé (infirmiers, médecins, étudiants et cadres de santé).

infirmiers de dos, couloir, hôpital

Crédit photo : ADIL BENAYACHE/SIPA

Réalisée du 6 au 16 février 2026, cette enquête vise à mesurer la perception des orientations introduites par le décret relatif aux activités et compétences infirmières, publié au Journal officiel le 24 décembre 2025. D’après les résultats, la réforme est globalement connue, plutôt bien perçue par les infirmiers, mais elle s’accompagne d’attentes fortes en matière de formation, de cadre juridique et de reconnaissance concrète sur le terrain.

Une réforme identifiée et plutôt bien accueillie

Le texte n’est pas passé inaperçu avec près de 75 % des professionnels interrogés qui déclarent avoir connaissance du décret. Dans le détail, 54% expriment une opinion positive (dont 9 % très positive), contre 29% d’avis négatifs.

Chez les infirmiers, l’adhésion repose surtout sur une impression de continuité avec les pratiques déjà existantes. Beaucoup y voient une reconnaissance du rôle propre, du raisonnement clinique et de l’autonomie déjà exercée au quotidien. La réforme est ainsi perçue comme une mise en cohérence entre le cadre réglementaire et la réalité du terrain.

Des lignes de fracture selon les professions

Le regard change nettement selon les métiers. Les médecins apparaissent plus réservés, avec 47% d’avis négatifs. Les étudiants et internes en médecine sont même majoritairement défavorables (58%).

Les principales inquiétudes exprimées concernent la sécurité des prises en charge, le niveau de formation au regard des nouvelles missions, mais aussi la responsabilité juridique en cas d’erreur. Plusieurs répondants évoquent également un risque de complexification du parcours de soins, avec des frontières professionnelles jugées moins lisibles.

Des réserves pour la prescription médicamenteuse

Malgré ces réserves, les grandes orientations de la réforme rencontrent un soutien majoritaire. 74 % des répondants se disent favorables à un champ de compétences élargi pour les infirmiers. 70 % soutiennent la possibilité de prendre en charge certains patients sans prescription préalable, 67 % l’accès aux demandes d’examens complémentaires et 64 % le renouvellement d’ordonnances.

Une ligne de fracture apparaît toutefois sur la question de la prescription médicamenteuse : les avis sont partagés, avec 47 % favorables et 50% défavorables. Un point qui reste, à ce stade, l’un des plus sensibles de la réforme.

Des attentes fortes du personnel infirmier

Du côté des infirmiers, l’envie d’évolution est réelle, mais elle s’accompagne d’un besoin de sécurisation très net. 59% se disent prêts à exercer ces nouvelles missions, mais 41 % estiment ne pas encore l’être.

Les attentes sont précises : 80 % demandent des formations complémentaires, 77 % une clarification juridique des responsabilités. Viennent ensuite les outils d’aide à la décision et de coordination (59 %), l’adaptation des assurances professionnelles (50 %) et le renforcement des effectifs (49 %).

Derrière ces chiffres, l’élargissement des missions ne peut pas être uniquement théorique selon les sondés. Il doit s’accompagner de moyens concrets, sans quoi il risque d’être vécu comme une charge supplémentaire plutôt qu’une reconnaissance.

Les IPA entre dynamique positive et contraintes persistantes

Les infirmiers en pratique avancée (IPA) affichent globalement une vision positive de leur métier. On note que 80% dressent un bilan favorable et 89 % estiment que leur rôle va encore s’élargir dans les prochaines années.

Mais cette dynamique se heurte à plusieurs freins bien identifiés. La rémunération arrive en tête des préoccupations (97% la jugent insuffisante), suivie par la reconnaissance médicale (77%), un cadre réglementaire encore jugé flou (63%) et des difficultés d’intégration dans les organisations de soins (60%).

Ces éléments expliquent pourquoi une partie des IPA exprime malgré tout une forme de prudence, malgré leur adhésion de principe à l’évolution du métier.

Pour la MACSF, cette étude confirme une profession infirmière en mouvement, consciente des enjeux d’accès aux soins et de transformation du système de santé, mais attentive aux conditions concrètes de mise en œuvre.

Source : MACSF

Corinne Pauline Nkondjock

Source : infirmiers.com