Ce que permet avant tout la loi infirmière, c'est de réglementer, légitimer et sécuriser un certain nombres d'actes et de pratiques.
Les décrets et les arrêtés ont été publiés, la loi infirmière entre en application ces jours-ci. Quels sont les grands points qui vont changer la pratique?
Tout d'abord, il faut bien noter que le vote de cette loi montre qu'il y a aujourd'hui un consensus politique et sociétal sur l'autonomie des infirmiers et infirmières. L'instauration de la consultation infirmière va permettre notamment à ces soignants d'officialiser ce que beaucoup faisaient déjà. A savoir, poser un diagnostic, réaliser un raisonnement clinique, engager une éducation thérapeutique, des actions de prévention, informer et orienter le patient. Puisque nous aurons aussi cette capacité, si cela ne rentre plus dans nos compétences, d'orienter le patient vers un autre professionnel de santé. En fait, ce que permet surtout cette loi, c'est de réglementer, légitimer et sécuriser un certain nombres d'actes et de pratiques. Avec la possibilité de l'accès direct, un patient pourra s'adresser dans certains cas directement à un infirmier, par exemple pour le traitement de plaies. Et celui-ci pourra, en fonction de ses pathologies, de ses antécédents, de la gravité de la plaie, soit prescrire ce qui est nécessaire et initier directement le soin jusqu'à cicatrisation, soit orienter le patient vers un autre professionnel. L'enjeu est d'essayer autant que possible de fluidifier les parcours de soin et éviter des retards de prise en charge.
Parmi les actes délégués dorénavant aux infirmiers, il y aussi les actes de décès…
Effectivement, au début, ce n'était que dans le libéral et dans les EHPAD, aujourd'hui ce sont tous les infirmiers, quels qu'ils soient, qui peuvent réaliser des certificats de décès. Une expérimentation a été lancée dans quelques régions et elle a été probante. Il y a aujourd'hui plus de 10 000 infirmiers formés à la réalisation des certificats de décès. C'est un vrai succès et cela prouve que quand on confie de nouvelles missions aux infirmiers, ils les assurent, ils les assument en compétence et en responsabilité.
Au-delà de l'expertise clinique, c'est tout un métier du lien, de la coordination, de la proximité avec les patients. Et c'est cette globalité du leadership infirmier que nous voulons promouvoir.
Dans ce contexte, quels sont aujourd'hui les grands enjeux pour l'Ordre infirmier?
Tout d'abord, bien évidemment l'accès aux soins, avec ces nouvelles compétences infirmières. Je pense que c'est un réel levier pour la santé publique. L'objectif étant que chaque professionnel de santé, dans un exercice partagé, puisse exercer ses compétences et son expertise. Et les premiers bénéficiaires en sont nos concitoyens.
La deuxième chose que je porte avec l'Ordre, c'est le leadership infirmier. Aujourd'hui, beaucoup d'infirmières et infirmiers sont au cœur du soin dans les territoires, enclenchent des innovations, des modèles inspirants. Parce qu'au-delà de l'expertise clinique, c'est tout un métier du lien, de la coordination, de la proximité avec les patients. Et c'est donc vraiment cette globalité du leadership infirmier que nous voulons promouvoir. Par ailleurs, parmi nos priorités, nous poursuivons nos actions contre les violences faites aux soignants, notamment les violences sexuelles et sexistes. Nous avons dernièrement signé une convention avec l'association France Victimes, pour permettre aussi au plus près des territoires d'accompagner au mieux nos collègues qui seraient victimes de violences. Et bien évidemment, nous continuons d'œuvrer à la fidélisation et à l'attractivité de la profession. Pour tout cela, j'invite mes collègues à s'engager au sein de l'Ordre infirmier, à porter des projets, à voter. Parce que la visibilité que nous avons acquise par cet engagement ordinal est un ressort important pour construire la profession de demain.
* Interview réalisée lors du Salon infirmier, le 26 mars 2026
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