SANTÉ AU TRAVAIL

Soins sous Méopa : risques et conduites à tenir en cas d’exposition

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Publié le 23/03/2026

Utilisé dans de nombreux services hospitaliers, et parfois en pratique libérale, le Méopa est indiqué dans le traitement de la douleur aigue. Mis son usage n’est pas sans danger, notamment pour les soignants amenés à l’administrer. Focus sur les risques encourus, le suivi médical en cas d’exposition et les mesures de protection.* 

Emploi du Méopa

Crédit photo : Engin_Akyurt (Pixabay)

Pour rappel, le Méopa est un mélange équimolaire d’oxygène et de protoxyde d’azote, indiqué dans le traitement de la douleur aiguë de courte durée et d’intensité légère à modérée. Administré avec un masque ou à un embout buccal, il permet une sédation consciente en quelques minutes, laquelle est rapidement réversible à l’arrêt de l’administration. Il peut être utilisé seul ou en association avec d’autres médicaments (paracétamol, morphine, anti-inflammatoires, anesthésie locale…). Ce mélange gazeux est employé majoritairement en milieu hospitalier pour la sédation dans les soins aux enfants, aux grands brûlés, en obstétrique, aux urgences, en gériatrie, en radiologie, en soins dentairesSoit exclusivement en dehors du bloc opératoire.

Le Méopa est également utilisé en pratique libérale par les services de premiers secours, dans les soins à domicile (exclusivement en HAD), ou encore en cabinets dentaires pour la sédation des enfants ou des patients adultes anxieux ou handicapés.

Un produit chimique dangereux

Reste que si le Méopa s’avère un actif thérapeutique pour le patient, il n’est pas sans danger pour les soignants… Ce que l’on sait depuis déjà plusieurs décennies (voir encadré). En cause: la présence du protoxyde d’azote (N2O), classé au niveau européen comme neurotoxique et reprotoxique, qui en fait un produit chimique dangereux. Sachant par ailleurs que le risque professionnel résulte aussi de l’exposition. Or la forme gazeuse du Méopa augmente la probabilité de l’exposition (l’inhalation étant la principale voie). 

Des risques avérés pour les soignants

En effet, les émissions proviennent principalement de fuites entre le visage et le masque (lorsque celui-ci n’est pas appliqué de façon étanche sur le visage du patient) ou dans le circuit d’administration. Les fuites peuvent également survenir lors du retrait du masque, la bouteille continuant de débiter du gaz, ou encore à la faveur des expirations du patient pendant et après le soin, le N2O n’étant pas métabolisé par ce dernier. Tout ce qui sort de la bouteille peut ainsi potentiellement se retrouver dans le local de soins et exposer les soignants. «Lorsque le Méopa s’échappe dans une pièce, il va prendre tout l’espace disponible», indique Eddy Langlois au département Métrologie des polluants de l’INRS.
Et c’est précisément lors d’expositions à des pics de concentration ou lors d’expositions répétées, dans des locaux mal ventilés notamment, que le Méopa peut provoquer somnolence ou vertiges, présenter un risque avéré d’effets graves pour les organes (système nerveux) et avoir un potentiel de nuisance sur le développement fœtal chez la femme enceinte ou être la cause de difficultés à procréer. 

Une dangerosité connue de longue date

« Les risques associés à l’utilisation du Méopa sont pour partie identifiés depuis longtemps (en 1985 une circulaire fixait une valeur plafond à ne pas dépasser à 25 ppm en N2O). Mais pendant près de 25 ans, du fait de difficultés techniques pour mesurer ses concentrations dans l’atmosphère des lieux de travail, on manquait de données d’exposition et finalement on ne savait pas vraiment si cette valeur plafond était ou non respectée», explique Jérôme Triolet, directeur adjoint des applications, INRS. «En 2010, la mise au point par l’INRS d’une méthode de prélèvement individuel et de mesure du protoxyde d’azote dans l’atmosphère des lieux de travail, ainsi que la campagne de mesures qui a suivi (12 campagnes dans 6 CH entre 2012 et 2016) ont permis de prendre conscience de l’exposition significative des soignants à des concentrations supérieures, voire très supérieures à ce seuil, et donc des effets sur la santé qu’encouraient les soignants.»

Un suivi renforcé et une prévention ciblée

L’usage professionnel du Méopa dans la réalisation de soins impose donc la mise en place de mesures de prévention particulières. Les services de prévention et de santé au travail (SPST) doivent ainsi prendre les dispositions nécessaires. À savoir: 
-    Assurer un suivi individuel renforcé
Celui-ci est basé principalement sur un interrogatoire du soignant (recherche de symptômes aigus ou chroniques: périodes d’euphorie, troubles de la mémoire, de la concentration, du sommeil, fatigue, céphalées, malaises, fausses couches, difficultés à procréer…), un examen clinique (neurologique), voire des examens complémentaires – si présence de symptômes – dans le cadre d’un adressage en consultation de pathologie professionnelle.
-    Tracer dans le dossier médical l’exposition des salariés aux CMR
-     Communiquer au SPST la liste des travailleurs susceptibles d’être exposés aux agents chimiques CMR. C'est une obligation de l’employeur depuis juin 2024.
-    Former et informer les salariés sur les dangers du protoxyde d’azote
Notamment sur les effets sur la santé rencontrés lors de pics d’exposition ou sur des périodes plus longues, avec une attention particulière envers les soignantes en âge de procréer. Il est d’ailleurs recommandé à celles ayant un projet de grossesse ou  enceintes d’en informer au plus tôt leur service de prévention et de santé au travail afin que puissent être mises en place les mesures réglementaires appropriées (changement de poste ou autre lors de la grossesse et de la phase d’allaitement).

Bannir les pratiques à risque d’exposition

Outre ce suivi individuel renforcé, il importe, dans la mesure du possible, d’éradiquer les pratiques à risque d’exposition. Par exemple, à éviter :
- un choix de masque inadapté (trop grand/ engendrant alors un risque de diffusion du Méopa dans l’air)
- un gonflage préalable du ballon à proximité des voies aériennes
- un positionnement du soignant à proximité des voies aériennes du patient
- une mauvaise gestion du débit
- une vidange du ballon à même la salle de soin
- un tuyau déconnecté… 

En effet, les soignants n’associent pas forcément le risque au débit, à la distance soignant-masque ou à une possible diffusion dans l’espace au-delà de celui du soin.

Des valeurs de référence d’exposition pour un minimum de prévention

L’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) propose une valeur limite d’exposition professionnelle (VLEP) de 25 ppm sur 8 heures (valeur de référence calculée en tenant compte d’une altération des performances cognitives) et de 125 ppm pour un pic d’exposition (valeur à ne pas dépasser sur une période de 15 minutes). Des valeurs limites pour l’heure non réglementaires et à considérer comme «un minimum de prévention» pour le Dr Laetitia Elie (INRS) ; «des feux rouges mais pas des feux verts» pour Jérémy De Saint Jores (ministère du Travail, de la Santé, des Solidarités et des Familles).

Favoriser les pratiques protectrices, les solutions techniques et organisationnelles

A contrario, des pratiques protectrices, des solutions organisationnelles ou techniques peuvent participer à la réduction des expositions au Méopa. Parmi celles-ci notamment : 
-    l’auto-administration, car plus le soignant est proche du patient, plus il est exposé
-    la réduction du débit de Méopa pour l’adapter à la capacité respiratoire du patient
-    le choix de masques adaptés à la morphologie du patient
-    l’utilisation/la mise à disposition d’un matériel performant, comme certains dispositifs techniques de réduction des expositions (masques à double enveloppe permettant d’administrer le Méopa et de capter le gaz expiré par le patient, valves à la demande, prises Sega…)
-    la formation des professionnels qui prescrivent et qui manipulent ce médicament en y intégrant, outre le soin du patient, les risques pour la santé des soignants (effets et symptômes à détecter ; déterminants de l’exposition…)
-    des box de soins suffisamment spacieux
-    une bonne ventilation des locaux. La prise dédiée SEGA, qui garantit que l’air expiré sera acheminé à l’extérieur, n’est pas le cas général. Le plus souvent le rejet de l’air est effectué par une fenêtre entrebâillée.
Pour Francis Bonthoux (INRS), «l’usage du Méopa ne devrait se faire que dans des locaux adaptés. La solution du rejet de l’air expiré dans une salle de bains équipée d’une VMC, pour des soins occasionnels en chambre, n’apporte aucune garantie. Administrer du Méopa dans un local borgne n’est pas acceptable, pas plus que le rejet dans le couloir, sous le lit ou sans aucun tuyau de rejet».
-    une utilisation raisonnée du Méopa afin d’éviter les expositions inutiles. À ce propos, les prescripteurs doivent être vigilants sur le respect de ses indications (AMM). Si besoin, d’autres alternatives (hypnose verbale, médication anxiolytique préalable…) sont possibles.
-    la déclaration des effets indésirables, y compris en situation d’exposition professionnelle…

Autant de savoir-faire protecteurs dans la réalisation des soins sous Méopa qui concernent au préalable les administrateurs du produit (médecins, dentistes, sage-femmes en établissements, IDE, manipulateurs radio), mais aussi les services de prévention et de santé au travail, les cadres de santé, les directions d’établissements…

*Article rédigé à partir de la journée technique INRS “Soins sous Méopa : prévenir l’exposition professionnelle au protoxyde d’azote”, 18 nov. 2025.


Source : infirmiers.com