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Edito - Pour la sécurité des patients, le CII demande la mise en place de ratios infirmiers !

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A l’occasion du congrès du Conseil International des Infirmiers (CII) à Singapour, celui-ci a publié, en partenariat avec le Centre saoudien pour la sécurité des patients, un Livre Blanc sur les niveaux de dotation en personnel infirmier pour assurer des soins de qualité et de meilleures conditions de travail. Ce document démontre également l’intérêt pour les professionnels de santé comme pour les usagers de développer au mieux le leadership infirmier. Enfin, le texte développe plusieurs arguments, à l’intention des décideurs, afin de démontrer qu’il pourrait s’avérer rentable, in fine, de mettre en place des effectifs adéquats.

Edito - Pour la sécurité des patients, le CII demande la mise en place de ratios infirmiers !

Le CII a publié un livre blanc pour argumenter sur la nécessiter d'imposer des ratios obligatoires

Ce document est dédié à tous les infirmiers qui s’engagent pleinement afin d’assurer la sécurité de leurs patients et le bien-être de leurs collègues. Voici la dédicace du Livre Blanc signé conjointement par le Conseil International des Infirmiers (CII) et le Centre saoudien pour la sécurité des patients présenté lors d’un congrès en juin. En effet, les personnels du soin sont l’épine dorsale du système de santé et au vu de l’actualité il est bon de le rappeler. Les compétences des infirmiers sont vitales pour la sécurité des patients, qu’il s’agisse de prévenir et d’identifier les risques, de garantir une pratique clinique sûre ou d’être vigilant sur les systèmes de santé et les craintes soulevées ; ce sont le plus souvent les infirmiers qui sont les professionnels de santé les plus fiables pour les patients, scande Howard Catton, le Directeur général du CII, lors de la Journée de solidarité avec les patients qui s’est déroulée le 6 décembre.

C’est pour souligner ce rôle prépondérant que jouent les soignants et surtout pour en tirer parti que le conseil a lancé ce Libre Blanc. Ce document argumente à travers moult études (dont certaines très anciennes) l’importance d’avoir des effectifs adéquats d’infirmiers dans les services et l’intérêt pour cela d’imposer des ratios de patients par soignant. Cette évolution serait préférable pour les professionnels de santé, pour les patients mais aussi pour les instances décisionnaires car une telle organisation pourrait s’avérer rentable. En outre, le texte met l’accent sur l’intérêt de développer le leadership infirmier : leur proximité avec les usagers, le fait qu’ils permettent, d’après des données, une bonne collaboration interprofessionnelle, ajouterait une plus-value non négligeable au niveau managérial et administratif.

Lorsque nous investissons dans les soins infirmiers, lorsque nous investissons dans le personnel de santé, nous investissons dans la sûreté des patients

Imposer des ratios aux décisionnaires : une évidence !

L’instauration de ratios soignant/patient est un sujet récurrent et il est temps de faire prendre conscience aux décideurs politiques de son importance au niveau de la santé publique, affirme le texte. En effet, ne pas appliquer les effectifs de professionnel de santé adéquats peut s’avérer nuisible directement et indirectement pour les patients.

Directement parce qu’ils ne sont pas assez nombreux pour traiter chaque cas avec le temps qui y serait nécessaire. Or, les conditions et l'environnement de travail devraient aider les infirmiers à fournir des soins de qualité centrés sur le patient. Ne pas le faire peut mettre en danger la qualité et la sécurité des soins, provoquant des événements indésirables, une augmentation des taux de réadmission, des taux plus élevés d'infections nosocomiales voire une hausse de mortalité et de morbidité pour les patients.

A l’inverse, d’autres travaux menés en Europe ont démontré que les Etats comptant davantage d’infirmiers dans leur effectif présentaient de meilleurs résultats concernant les patients. Les données ont notamment rapporté une baisse de 11% de la fréquence des décès après une chirurgie générale et la satisfaction des usagers avait augmenté de 10%. Une autre étude datant de 2017, montre que 95% des patients présentaient davantage de chance que leur état s’améliore si l’organisation de l’établissement appliquait des ratios obligatoires.

Des infirmiers satisfaits au travail équivaut à des patients mieux soignés

D’autre part, ces faibles dotations sont loin d’être sans risque pour les professionnels de santé eux-mêmes. Cela engendre des charges de travail intenables sur la durée qui ont des effets néfastes sur la santé et le bien-être des soignants.

Des études ont montré que les infirmiers exerçant avec des effectifs insuffisants signalent souvent une mauvaise satisfaction professionnelle, une augmentation du niveau de stress, un épuisement au travail, et soulignent un désir bien plus important de quitter leur emploi. Une enquête du début des années 2000 a révélé que plus de 70% des personnels exposés à un stress sévère et surchargés de travail ont remonté des problèmes de santé associés. De plus, 75% d’entre eux ont dénoncé des conditions de travail dangereuses qui entravaient leur capacité à fournir des soins sûrs et de qualité d’après la Commission mixte d'accréditation des établissements de santé (JCAHO).

Historiquement, il est établi que le burn out chez les soignants est associé à des problématiques de sous-effectifs, argumente le rapport. De même, l’état de santé des patients est plus dégradé lorsque le nombre d’infirmiers est faible. Par logique des professionnels en piètre état de santé sont plus enclin à commettre des erreurs. Ainsi, la non-application de ratios impacte les infirmiers mais aussi indirectement les patients. Des soignants satisfaits font simplement de meilleurs professionnels comme le montre une étude européenne de 2014 qui a démontré que les services où les infirmiers restent le plus longtemps en poste avec de faibles turn over présentent des taux de mortalité significativement plus bas.

D’ailleurs si de nombreux facteurs ont été liés au fil des recherches à la dégradation de l’état de santé des patients, l’insatisfaction des personnels hospitaliers et notamment des infirmiers fait partie des plus fréquemment mentionnés. Il est donc nécessaire que cette problématique reçoive la considération qu’elle mérite au vu de ce constat.  C’est pourquoi pour le bénéfice de tous, il est impératif que les décideurs politiques et l’administration sanitaire renforcent les effectifs avec une combinaison appropriée d'éducation, de formation, de compétences et d'expérience pour répondre aux besoins des patients tout au long de la prise en charge.

De manière générale, il est nécessaire d’améliorer l’environnement de travail des infirmiers afin que cette profession soit attractive et que les patients soient soignés au mieux

Développer le leadership infirmier apporterait de nombreux avantages

En outre, en plus d’optimiser les dotations en personnel infirmier, les hôpitaux doivent investir dans la technologie et l'enseignement pour maintenir le développement professionnel afin que les soignants puissent se qualifier comme ils le souhaitent et fournir des soins de qualité aux patients et aux familles. En effet, le CII estime que, plus globalement, les infirmiers devraient avoir un rôle plus important à jouer au niveau organisationnel. Il paraîtrait logique notamment que ce soit des infirmiers administrateurs qui se chargent d’établir les ratios appropriés de patients par soignant.

Cependant, pour l’instant, ces professionnels sont sous-représentés dans les salles du conseil, malgré le fait qu’ils s’avèrent très expérimentés et ont les compétences nécessaires pour faire face à l'évolution du paysage des soins de santé. En outre, selon un rapport rédigé par le Centre pour la gouvernance des soins de santé de l'American Hospital Association (AHA), seulement 5% des IDE sont représentés au sein du conseil d'administration de l'hôpital contre 20% de médecins qui détiennent des sièges dans les conseils d'administration de l'établissement.

La proximité étroite des infirmiers avec les patients leur donne pourtant la capacité unique de diriger et de collaborer à l'amélioration et à la refonte du système de santé. De même, les infirmiers administrateurs ont les compétences nécessaires pour offrir aux conseils hospitaliers une expertise substantielle en matière de gestion de l'environnement de travail et du flux de patients. Les leaders de la profession doivent soutenir et préparer leur confrères et consœurs à évoluer du chevet à la salle de conférence, car les voix des infirmières doivent être entendues et doivent défendre et prendre des décisions pour les patients au plus haut niveau, estiment les membres du CII.

D’autre part, le fait que les infirmiers interagissent directement avec les patients quotidiennement leur donne une occasion exclusive d'avoir une connaissance et une expérience de première main. En plus de cette proximité, ils ont un bon jugement dans la gestion des budgets infirmiers, ce qui les place avantageusement pour faire face aux problèmes liés à la gestion des opérations quotidiennes. Dernier argument défendu : l’importance de l’interdisciplinarité ! Une équipe concentrant le maximum de points de vue et de compétences différentes n’est que plus efficiente pour gérer le flux de patients !

La forte capacité des infirmiers à travailler en équipe les rend très efficaces pour participer à la prise de décision. Cela favorise des groupes de travail hautement efficaces et de solides relations entre les membres d’une équipe

Plus d’infirmiers, leur donner plus de voix pour au final dépenser moins d’argent

Développer le leadership infirmier et optimiser leurs effectifs peut paraître coûteux à première vue pour les établissements mais le retour sur investissement pourrait en valoir la chandelle. Si, par soucis financier, les hôpitaux tentent de minimiser les effectifs autant que possible, contrairement à ce que l’on pourrait croire trop peu de personnel infirmier pourrait coûter beaucoup plus cher par rapport aux quelques salaires économisés ! Des travaux récents (2018) ont démontré que les coûts engendrés par une main-d'œuvre plus élevée étaient compensés par une réduction des admissions aux soins intensifs de moins de 40% et une durée de séjour plus courte.  De plus, le rapport national sur la rétention et la dotation en soins de santé de 2015 (National Healthcare Retention and Staffing Report) soulignait bien le poids financier que représente le turn over et les burn out du personnel. Enfin, selon la même étude,  les infections nosocomiales sont 30% plus faibles dans les établissements où les effectifs soignants sont plus importants !

En réalité, la seule ressource qui semble infinie et peu dispendieuse pour les décideurs reste le professionnalisme des professionnels de santé. Mais pour combien de temps encore ?

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Journaliste infirmiers.com roxane.curtet@infirmiers.com  @roxane0706

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