AU COEUR DU METIER

Patients (et soignants !) au défi de l’activité physique adaptée

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Compétences infirmières

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Des jeux en ligne et en équipe qui impliquent patients et soignants et les incitent à bouger davantage : plusieurs établissements ont tenté l’expérience Kiplin, dans des services de chirurgie bariatriques, ou en oncologie. Les retours sont très encourageants. Des infirmières et une patiente nous racontent les bienfaits de ces jeux de santé digitaux, accessibles grâce à une application (payante).

Kiplin

Kiplin a développé une solution digitale pour les établissements de santé : un ensemble de jeux permettant aux patients (et aux soignants) de pratiquer l’APA à distance, en dehors des seules séances en présentiel. Crédit photo : Kiplin

20 millions de Français souffrent d’une maladie chronique, de type diabète, asthme, obésité, ou encore cancer… pour lutter contre ces affections, l’activité physique adaptée (APA) a des effets désormais reconnus : elle contribue à améliorer le sommeil, à lutter contre le surpoids et le stress, elle permet aussi de mieux tolérer les traitements et d’améliorer la survie dans le cas de certains cancers. Pour tenter d’encourager l’activité physique de leurs patients, plusieurs établissements de santé ont fait appel à une application, « Kiplin », qui propose depuis 2014 des jeux sous la forme de challenges de plusieurs semaines. Soignants et patients en équipes sont mis à l’épreuve sur un principe identique : pour jouer, les participants doivent bouger (marcher, pédaler, grimper des marches…) munis de leur smartphone.

convivialité et cohésion

Anne Prudhomme, infirmière au service de radiothérapie de l'Hôpital Henri Mondor, a été séduite par ces défis et se souvient surtout de l’esprit de convivialité et de la cohésion qu’était parvenu à créer ces jeux. On se connecte à l’application et on a accès à des challenges et à des indices. On s’est vraiment amusés, c’était ludique. Il y avait des enjeux, des quiz, il fallait mettre en commun pour faire progresser son équipe. Au-delà de l’exercice physique, particulièrement encouragé, patients et soignants échangent, se retrouvent pour réfléchir : C’était vraiment des moments de rencontres. Sur le principe du volontariat, même les patients les plus réticents se sont lancés. Chacun fait à son niveau, quelques pas, monte quelques marches… pour faire gagner son équipe, résume Anne Prudhomme.

Sylvie Dutendas, infirmière et référente de la plateforme CALIPSSO, (Cellule pour l'Accueil, l'Information et le Parcours de Soins de Support en Oncologie) à l'hôpital Henri Mondor, a pensé, créé, mis en place et évalué le projet au sein du service. Concrètement il s’agissait de faire marcher les gens (la marche n’engage aucun frais, ne demande pas d’équipement, est facilement accessible). Le jeu permet de motiver les troupes : soignants et patients étaient répartis dans des équipes de 5 personnes maximum et chacune des équipes était en compétition (bon enfant !) avec les autres », précise-t-elle. Si le premier challenge s’est tenu sur 4 semaines dans le service, le jeu s’est montré « un peu trop intense, se souvient-elle. La deuxième fois, le projet s’est tenu sur 9 mois avec des temps forts et des temps cool. On a retravaillé de façon à mieux adapter le jeu, raconte l’infirmière, que ses patients ont appelée par son pseudo ‘Dudu62’ pendant des mois.

Un exemple de défi : une comtesse s’était fait dérober son collier et les équipes devaient trouver qui était l’auteur du vol. On est devenus des amis de Sherlock Holmes. Et les gens marchaient, marchaient…, sourit Sylvie Dutendas. Ces défis ont aussi donné lieu à des situations comiques. Un jour, je me suis retrouvée dans mon bureau avec deux patients qui ne se connaissaient pas et avec qui on a enquêté pendant une demi-heure. C’était assez surréaliste.

Et les bons réflexes semblent s’installer : Sylvie Dutendas raconte que peu à peu, tout le service, pourtant habitué à prendre l’ascenseur, a fini dans les escaliers. Depuis le jeu, certains patients nous ont dit aller chercher le pain à pied, assure l’infirmière. Quant à mon patron, qui marchait très très peu, il s’est aussi mis à marcher davantage aujourd’hui, encouragé par les patients à l’occasion du jeu dans notre service.

Avant je pouvais plus facilement prendre ma voiture et maintenant je marche. J’ai découvert les bienfaits de la marche : respirer, prendre du temps sur soi, et même sous la pluie ou dans le froid ! - Laëtitia Bourgeois, une patiente.

Vivre sa maladie autrement à l’hôpital

J’ai connu Kiplin en début de prise en charge, raconte Laëtitia Bourgeois, 44 ans. Je suis atteinte d’un cancer du rein, j’ai été opérée une première fois mais j’ai connu une rechute de la maladie. Je suis suivie à Mondor au service oncologie. C’est là que mon médecin m’a proposé de me lancer dans ce jeu. J’étais très ouverte car ça représentait une échappatoire à l’hôpital – qui est toujours anxiogène. C’était pour moi une façon d’aller à l’hôpital pour faire autre chose que des soins, des rendez-vous avec des médecins. Les défis ont ainsi permis à Laëtitia Bourgeois de trouver des raisons de sortir de chez elle. Ma raison c’était de gagner, explique la jeune femme, adepte des challenges : c’est ce qui m’a fait me secouer, confie-t-elle. Avant je pouvais facilement prendre ma voiture et maintenant je marche. J’ai découvert les bienfaits de la marche : respirer, prendre du temps sur soi, et même sous la pluie ou dans le froid !, assure-t-elle. Ça permet de se recentrer plutôt que regarder la télé. Au début c’est dur de se motiver, mais on s’y met et ça oblige à prendre du recul. Deuxième avantage, et pas des moindres quand on est malade, le jeu favorise l’échange. Ça m’a permis de côtoyer des personnes avec qui je suis toujours en contact. Il faut collaborer pour essayer de trouver, par exemple, des indices sur une image, donc ça implique de se donner rendez-vous, de se retrouver, d’échanger avec les autres. Depuis l’annonce de sa maladie, Laëtitia Bourgeois est en arrêt de travail. Le lien social qu’on perd un peu, le jeu permet de le compenser : on recrée un lien social différent – avec des gens qui peuvent être des professionnels de la santé ou des patients. J’ai trouvé ça très enrichissant parce qu’en tant que conseillère clientèle, j’étais très habituée à rencontrer des gens toute la journée. Quand on arrête de travailler du jour au lendemain, on se retrouve chez soi… alors oui, ça m’a fait beaucoup de bien. Le jeu en équipe lui a permis de vivre sa maladie autrement à l’hôpital, explique-t-elle d’accepter la maladie, de voir qu’elle n’était pas seule.

Plusieurs établissements ont déjà tenté l’expérience : le service de chirurgie bariatrique (traitement de l’obésité) de la clinique Claude Bernard – Ramsay Santé à Ermont (95), les patients des CHU Henri Mondor, Tenon, Saint-Louis et l’Hôpital Européen George Pompidou qui jouent en équipes avec leurs soignants, ou encore le CHU de Clermont-Ferrand qui mène une étude “activité physique adaptée” sur 60 patients obèses.

Seul bémol : Les tarifs sont élevés et c’est dommage, souligne Sylvie Dutendas. C’est quand même un coût pour l’hôpital, regrette-t-elle. Avec une collègue en hématologie, elle tente de trouver un financement pour relancer un défi Kiplin, cette fois avec les personnes greffées et les patients atteints de leucémie. L’activité physique est aussi très importante pour ce type de patients, souligne l’infirmière, qui ne demande que ça : de se lancer dans un nouveau défi.

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Journaliste susie.bourquin@infirmiers.com @SusieBourquin

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