ETHIQUE

Bloc opératoire : les conflits délétères de ces lieux confinés...

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Ethique et soin

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« Je sors du bloc, je rentre chez moi, en miettes, avec ce fond d’angoisse quotidien s’exprimant par cette petite voix intérieure qui dit que je n’ai pas été très très bon aujourd’hui. Le rythme tombe doucement mais il faudra encore une heure ou deux pour que je me sente à peu près bien. »

tenue infirmier de bloc gants

Bras de fer, bras de force... l'auteur théorise sur "la théâtralisation des émotions" qui fait partie des conventions au bloc opératoire.

Ce sentiment de descente, nous le connaissons tous. Pas besoin de passer par des paradis artificiels pour sentir ça, les enfers du réel suffisent. C’est une curieuse sensation, un mélange venimeux fait du vide oppressant qui contraste avec le rythme effréné de la journée et l’espoir de retrouver un espace sécurisant, une bulle confortable, un chez soi. Il faudra encore être disponible pour les enfants et pour son conjoint en évitant de laisser les soucis du boulot prendre trop de place. Nous donnerons alors quelques miettes d’énergie, celles qui restent pour faire bonne figure, parce qu’il faut assurer, partout et avec tout le monde.

La contrainte dans les blocs opératoires est aujourd'hui de plus en plus forte. On mesure les délais entre l’entrée en salle, l’induction, le temps d’installation, l’incision, la sortie de salle, l’arrivée en SSPI… Il faut rentrer dans les moyennes nationales, et mieux si possible. L’efficience au bloc opératoire ajoute des pressions au milieu ambiant, pressions déjà bien présentes au naturel. Le bloc opératoire est un milieu où s’agrègent les "surspécialités" dans les différentes catégories professionnelles. Ces "surspécialités" ont une propension naturelle au cloisonnement et à la libéralisation. Pour exister dans ce milieu hostile, les individus mettent en place des systèmes de  protection, des efforts cognitifs et comportementaux destinés à maîtriser, réduire ou tolérer des affections spécifiques internes et/ou externes. Ces affections sont vécues par le sujet comme menaçantes, épuisantes ou dépassant ses ressources.

Quand il m’a hurlé dessus, je n’ai pas su faire autrement que de faire pareil pour me défendre, j’aurais voulu le mettre en miettes, ensuite j’ai perdu mes moyens, je ne savais plus où j’en étais, je m’en voulais de m’être donné en spectacle. Ici, au bloc, l’ego, le narcissisme, les désirs, les humiliations vont bon train. Les rapports humains entre acteurs du bloc se codifient et se complexifient, ils vont de la séduction à la rivalité, de la domination à la...

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Commentaires (2)

CrisP

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51 commentaires

#2

Le rêve de Dédé le poisson rouge

ben oui, c'est bien le problème. Faut dire que le Bocal oblige un peu des carrières en huis clos et les poissons rouges fatiguent.

Le poisson rouge s'est fait la malle
Il s'est tiré de son bocal.
Saturé de tourner en rond
Il se faisait trop de mouron.

c'est le refrain d'un groupe phare des années 80 "Léon et les Argonautes" j'étais sax ténor. On a fait un CD et j'en ai vendu 3 à ma mère.

dino

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320 commentaires

#1

Dallas, ton univers impitoyable...

...effectivement, ce milieu confiné est un peu un miroir grossissant de notre société ; il se passe de belles choses lorsque les gens sont bienveillants de nature, mais par contre ceux qui sont un peu tordus se transforment vite en gros cons insupportables. Cela dit, j'ai toujours été surpris par la tolérance de la hiérarchie manifestée à l'égard des chirurgiens caractériels ou des anesthésistes psychopathes. Mais bon, il faut bien que ces gens-là se défoulent...