AU COEUR DU METIER

Histoire - Être infirmier au XIXème siècle (chap. 1)

Cet article fait partie du dossier :

Histoire de la profession

    Précédent Suivant

La recherche en histoire des soins est une discipline qui a toujours du mal à exister malgré l’impulsion des travaux de Marie-France Collière ou de René Magnon. Aujourd’hui encore, on ne recense que trop peu d’ouvrages ou documents se rapportant à l’histoire des soins. Or une profession qui n’a pas d’histoire ou qui ne recherche pas ses origines est une profession qui a du mal à parler d’elle-même, comprendre son évolution et à se projeter dans le futur... Il est des histoires qu’il n’est pas toujours souhaitable d’exhumer. Marc Catanas, Directeur des soins, prend le risque de mettre à jour celle-là et de la partager avec nous

A travers les articles qui vont suivre, et que nous allons publier, chapitre après chapitre, au fil des semaines (en effet, l'article proposé initialement était trop long pour le publier en une seule fois), nous nous sommes intéressés à un personnage fort peu connu dans les textes anciens : l’infirmier. En effet, on parle plus souvent de la femme dans les soins mais rarement de l’homme. Or, son rôle n’a pas été aussi effacé qu’on le croit dans l’histoire des soins et son absence durant une bonne moitié du XXème siècle à l’hôpital général a sûrement à voir avec le rôle qu’il y a joué durant le  XIXème siècle.

Les sources sont rares pour ce qui est des femmes soignantes, elles le sont nettement plus encore pour ce qui est des hommes. Hormis la psychiatrie ou l’armée où l’histoire des soins se conjugue au masculin, les sources attestant de l’existence de l’infirmier dans les hôpitaux généraux au XIXème siècle sont rares. Alors, lorsqu’on les découvre, cela procure un bien immense au chercheur comme la possession d’un capital précieux.

Il est des histoires qu’il n’est pas toujours souhaitable d’exhumer. Nous prenons le risque de mettre à jour celle-là.

L’infirmier servant ou l’homme à tout faire

histoire infirmier au 19ème siècle

« Infirmier en 1840 », extrait de l’Encyclopédie morale du XIXème siècle.

Il semble que c’est à partir du XIXème siècle que l’on va parler d’eux, ces hommes qui ayant une renommée peu recommandable, vont être appelés « infirmiers ». Il tient toujours sa vocation de sa misère, de son ignorance ou de sa gourmandise1  écrit en 1841 Pierre Bernard dans un ouvrage fort connu à l’époque « Les français peints par eux-mêmes ». Sous les ordres des religieuses, viennent travailler des hommes et des femmes à gages qu’on appelle serviteurs de seconde classe, et qui sont à proprement parler des infirmiers et des infirmières2 . Ces hommes sont amenés à réaliser tous les actes de la vie quotidienne comme nettoyer les vases, balayer les salles, porter le linge sale et donnent aux malades les soins les plus délicats…, ce qui fait l’étonnement des étrangers en visite chez nous : dans les pays du Nord, seules les femmes soignant les malades3 . Etre infirmier à l’époque, c’est pouvoir assumer toutes les tâches jusqu’à passer la serpillière ; leur rôle n’étant pas défini ce que ne manque pas de rappeler la commission médicale des hôpitaux de Paris en 1843 Cette dénomination [c’est-à-dire –infirmier- NDLR] qui ne paraît pas être consacrée dans aucun des actes écrits de l’Administration, n’est pas, il est vrai, un sens tellement précis que cela ne puisse se prêter à une assez grande extension4 . Et Pierre Bernard ne manque pas de rajouter ironiquement Appuyé sur son balai, l’un des attributs classiques de la profession5…  Oui, parce que cet infirmier a un travail proche du balayeur et du boucher. Tout près enfin c’est un infirmier, le tablier de toile couvert de tâches rouges, qui balaie devant lui des lambeaux de chair et de doigts amputés, d’os sciés ou trépanés6

Etre infirmier à l’époque, c’est pouvoir assumer toutes les tâches jusqu’à passer la serpillière...

Pourtant, il a existé des recommandations pour l’exercice des soins qui mettent en avant les qualités que doivent posséder les infirmiers. Voici ce que l’on pouvait lire dans un règlement d’infirmerie d’enfants sortis de maisons de correction, 20 ans avant les préconisations du Dr Bourneville7Les colons infirmiers doivent s’attacher à imiter fidèlement nos Sœurs dans les soins qu’elles donnent et dans le langage persuasif qu’elles savent employer pour vaincre les petites résistances des malades. Comme elles, un infirmier doit avoir la parole douce, caressante, encourageante ; comme elles, l’infirmier doit avoir une égalité d’humeur remarquable ; la nuit, le jour, à tous les instants, on doit le voir avec la même patience, la même douceur, le même empressement ; comme elles encore l’infirmier doit vaincre tous ses dégoûts ; aucune plaie ne doit le faire reculer ; sa place est partout où l’humanité souffre. Convenons en, il y a de l’héroïsme dans l’accomplissement des devoirs de l’infirmerie, et cette vertu divine nous est enseignée par nos sœurs de charité.8 

Directeur des soins  Note de l’auteur : L’auteur remercie la Revue de la Société Française d’Histoire des Hôpitaux d’avoir accepté la publication de cet article sur le portail internet Infirmiers.com.

Cet article avait été publié dans le numéro 139 de septembre 2009.

Notes

  1. BERNARD P « L’infirmier » in CURMER L « Les français peints par eux-mêmes. Encyclopédie morale du XIXème siècle. Tome 1 » Paris, L Curmer éditeur, 1841, opus cite p154.
  2. CANDILLE M « Les soins à l’hôpital en France au XIXème siècle » Bulletin de la société française d’histoire des hôpitaux, 1974, opus cite p 57.
  3. CHARLES G « L’infirmière d’hier à aujourd’hui » Collection infirmières d’aujourd’hui, Ed le Centurion, 1979, opus cite p 75.
  4. Rapport de la commission médicale des hôpitaux de Paris du 10 mai 1843 in CANDILLE M « Les soins à l’hôpital en France au XIXème siècle » Bulletin de la société française d’histoire des hôpitaux, 1974, opus cite p57.
  5. BERNARD P opus cite p155
  6. PELLETAN E « Heures de travail », Paris, Editions Pagnerre, 1854, p 387.
  7. Créateur des 1ères écoles d’infirmières en 1878 à la Pitié Salpétrière à Paris.
  8. LAMARQUE J « Des colonies pénitentiaires et du patronage des jeunes libérés » Paris, Editions Berger Levrault, 1863, opus cite p 191

Cet article avait été publié dans le numéro 139 de septembre 2009

Tous les chapitres du dossier :

Histoire - Être infirmier au XIXème siècle (chap. 3)

Histoire - Être infirmier au XIXème siècle (chap. 2)

Histoire - Être infirmier au XIXème siècle (chap. 1)

Retour au sommaire du dossier Histoire de la profession

Publicité

Commentaires (0)