PORTRAIT / TEMOIGNAGE

Tous sur le pont… ils méritent tant…

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Epidémiologie

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Je ne suis pas une experte en gestion de crise ou en épidémie, ni une soignante "du terrain", ni quelqu'un de très actif dans cette crise sanitaire. Je voulais juste exprimer mon profond respect et mon admiration pour tous les soignants et les autres... TOUS. Et dire quelques mots.

coeur rouge mains

"J'ai un profond respect et une grande admiration pour toutes ces personnes qui vont le matin affronter l'inconnu, peu ou pas équipées, comme on le sait, pour un salaire de misère, ça aussi on le sait..."

Qu'ils soient hospitaliers ou libéraux, en EHPAD ou en secteur médico-social, auprès du patient ou à la logistique, dans le milieu médical ou pas, en contact avec les clients ou dans les coulisses à faire marcher la machine, y compris les administratifs qui, derrière leur machine, veillent à ce que tout le monde soit payé à la fin du mois. Pas grand monde y pense et pourtant… J'ai un profond respect et une grande admiration pour toutes ces personnes qui vont le matin affronter l'inconnu, peu ou pas équipées, comme on le sait, pour un salaire de misère, ça aussi on le sait...

Je ne suis pas au front. Je vis le confinement derrière mon ordinateur qui est mon outil de travail. Cela fait quelques années que j'ai quitté la pratique clinique, et même durant mes années d'exercice en tant qu'infirmière libérale je n'ai jamais été dans le soin hyper technique mais plutôt dans le prendre soin et le maintien au domicile, surtout auprès des personnes âgées. Dès le début de la crise je me suis beaucoup questionnée sur l'opportunité pour moi d'aller "aider quelque part". S'en sont suivies de longues semaines de doute et de culpabilité. Se pouvait-il que cette guerre se passe sans que j'y contribue ? J'en ai discuté avec plusieurs amies, qui n'exercent pas directement auprès des patients mais dans la coordination. Le même sentiment les tenaillait : pourrais-je être plus utile ailleurs ? Ce qui requestionne sur le concept d'utilité : pour qui (le patient, les collègues, la société, soi-même ?) Pour quoi (l'utilité n'est-elle que sur la partie technique ou clinique et le "faire" et non sur l’organisationnel ?) Et surtout combien de temps (une action à distance sur le long terme peut-elle s’avérer aussi utile que du plus court terme sur le terrain, dû à l'épuisement ?).

Autre réflexion : une guerre ne se gagne-t-elle qu'avec des soldats ? Ne faut-il pas aussi un état-major qui coordonne les actions et propose une stratégie ? De qui se souvient-on des grandes conquêtes passées ? Guillaume Tell, Napoléon Bonaparte, Alexandre le Grand, de Gaulle.... Jamais du soldat, ni du fantassin, qui pourtant sont en première ligne. De la chair à canon avec un monument aux morts pour une pseudo gloire posthume. Mais c'est un fait : il faut aussi des officiers, plus en retrait dans leur tente de commandement. De même, une maison ne se construit-elle qu'avec des ouvriers qualifiés ? N'y a-t-il pas un architecte en amont et un maître d'œuvre pour coordonner tout ceci et veiller à ce que chacun ne manque de rien... Je vois d'ici les sourires crispés, complètement légitimes, sur la dernière phrase. Je faisais ici allusion aux fonctions support "de base" qui pâtissent elles aussi de ce manque cruel de protections.  Je pensais aux coordinatrices des CPTS, qui œuvrent sans relâche depuis le début pour organiser les soins sur les territoires, aux infirmières coordinatrices des hôpitaux ou réseaux qui permettent de conserver le lien avec des patients qui des désertent, aux responsables pédagogiques qui permettent de continuer à faire fonctionner la formation en s'adaptant autant que possible aux besoins du terrain.... Et aux futures demandes. Ceci n'est qu'une petite micro-cible, car on pourrait le développer sur des centaines de pages avec tous ces métiers parfois invisibles mais qui permettent que la vie continue... Malgré tout.

Je redoute comme tout le monde l'après COVID et le déconfinement

Est-ce bien raisonnable de se dire que dans deux semaines la vie reprendra ? Soyons malins et appuyons-nous, pour une fois, sur les expériences de nos voisins qui ont vu un effet rebond en sortie de confinement. Au-delà d'une vision court-termiste, souhaitons que d'ici la fin de l’été tout ceci soit derrière nous. Mais comment gérer les dommages collatéraux ?
À vue de nez ils vont être colossaux : économiques bien sûr mais surtout, humains. Du fait des pertes, des deuils empêchés, des handicaps et nécessités de réadaptation (de ce que j'entends de personnes très proches, c'est très long de s'en remettre !). Et surtout des burnout qui risquent de fleurir comme les coquelicots au printemps. Ce moment est en extrême tension. Les soignants "ne peuvent pas craquer". Mais que va-t-il se passer après ? Le "COVID blues" risque d'être magistral en voyant émerger pléthore de syndromes post-traumatiques. Quand les soignants reviendront à leur exercice d'avant, avec ces réminiscences de toutes les horreurs qu'ils auront côtoyées, toutes les frustrations générées et toutes les questions que cela aura suscité, comment vont-ils accepter le peu de considération et de salaire dont ils font l'objet. Les héros déchus, qui repartiront dans leur vie anonyme et méprisée (mais pas méprisable !). À la façon d'une Marilyn Monroe ou d'une une star déchue, qui déambule à 4h du matin avec un talon cassé et du rimmel plein les joues, accro aux paradis artificiels... "Surtout ne plus penser..."

Les soignants "ne peuvent pas craquer". Mais que va-t-il se passer après ? Le "COVID blues" risque d'être magistral en voyant émerger pléthore de syndromes post-traumatiques

Comment les professionnels de santé vont-ils passer le cap ? Comment vont-ils accepter, après avoir été applaudis quotidiennement et loués par les politiques durant deux mois, de retomber dans leur "morne" vie ? Qu'est-il prévu actuellement pour les accompagner ? Heureusement des associations existent depuis déjà quelques années et de nombreuses autres ont fleuri en ces temps de COVID19, mais il serait nécessaire de mettre en place un dispositif formalisé à défaut d'obligatoire, pour accompagner toutes ces personnes dans le retour à la vie.

Quelle leçon pourrons-nous tirer de tout ça ? La planète subit un joli "greenwashing" bien involontaire mais certainement salutaire. Qu'en sera-t-il après ? L'humain saura-t-il tirer profit de cette leçon magistrale qui nous enseigne que nous pouvons nous passer de beaucoup de choses... Si tout n'est pas que luxe et superflu, beaucoup de nos dépenses le sont. J'ai lu quelque part : "le virus c'est l'homme et le COVID le vaccin". J'aimerais terminer là-dessus, et redire encore une fois ma profonde admiration et mon profond respect pour tous ceux qui luttent au quotidien depuis des mois.


Infirmière, membre du Comité de rédaction d’infirmiers.com
Responsable pédagogique et associée chez H2Média et Continuum+

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