AU COEUR DU METIER

Point de vue - Et si l’on remplaçait « prendre en charge » par « prendre soin » ?

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Médecin

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La lecture en mai dernier du poème d'une étudiante en soins infirmiers intitulé « Humanitude » a rappelé à ma mémoire un texte que j’avais écrit en 2005 sur la notion de « prendre en charge ». Je l'ai revu et corrigé, maintenant que j'ai quitté la blouse blanche, et je le partage avec vous bien volontiers.

Et si l’on remplaçait « prendre en charge » par « prendre soin » ? Par ce titre un peu provocateur, je vous invite à revisiter notre langage quotidien, nous, professionnels de santé. En effet, quand j’étais infirmière, l’expression « prise en charge » a toujours un peu heurté mes oreilles. N’est-elle pas lourde à entendre, lourde de sens ? Il s’agit de prendre quoi, qui, et comment en charge ? La charge, d’ailleurs, quelle est son poids ? Et puis, une charge, c’est quoi ? Un objet ou un sujet de droits et de désirs ? Notre objet de soin, à nous soignants « de bonne volonté » est le sujet. Un sujet qui est un corps, un esprit, une âme, fait de sentiments, de sensations, de pensées et d’intuition. C’est un être global, entier dans toute sa complexité. Ne le réduisons pas à un objet et encore moins à une charge. C’est ce qu’il redoute le plus et nous le savons bien au fond de nous. Qui n’a pas entendu ses parents ou ses grands-parents leur dire un jour « je ne veux pas être une charge pour toi ». N’oublions pas la parole de nos anciens, riche d’enseignements.

Le sens du mot « commerce »

Les soignants et futurs soignants souffrent moralement et parfois physiquement. Les ex-soignants comme moi ont quitté un jour leur blouse pour prendre soin de l’autre d’une façon différente, pour transmettre leur métier ; un métier qu’ils aiment malgré tout. Aujourd’hui, formatrice et psychothérapeute, j’aide des professionnels de santé à mieux prendre soin d’eux-mêmes. Ils peuvent ainsi déposer leurs charges morales, surtout celles qui ne leur appartiennent pas. Que peut-on par exemple proposer aux soignants pour avoir moins mal au dos ? Des séances d’ergonomie, de gymnastique posturale, de relaxation... des groupes de paroles. Ces initiatives sont bénéfiques mais encore trop peu usitées.

Les soignants et les aidants professionnels ont pourtant besoin d’un espace et d’un temps pour vider leur « coupe intérieure » et éviter que leur vase ne déborde de manière trop fracassante. Notre corps véhicule notre langage et en inventer un autre, plus près de nos besoins, de nos sentiments, de notre pulsation de vie et de notre motivation de soin allégerait la charge.

Dans les revues professionnelles, j’ai parfois lu l’expression « offre de soins » à la place de celle de « prise en charge ». Les mots « offre » et « client » choquent aussi certains de mes collègues et ex-collègues et je peux les comprendre. Cela renvoie en effet au commerce et donc à l’argent. Mais si la santé a un coût, la maladie aussi. Laquelle coûte la plus chère ? Pas besoin de calcul, nous connaissons tous la réponse.Cependant, prenons le temps de nous...

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Commentaires (5)

binoute1

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576 commentaires

#5

...

me concernant je ne pense pas avoir tenu des propos forts.

Quoiqu'il en soit, je trouve dommage de proner les mots, et de battre en retraite aux 1iers messages un peu virulents, au lieu de chercher à savoir pourquoi .

je reste persuadée que c'est du politiquement correct tout ça

Claire Baudin

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4 commentaires

#4

Reaction

Bonjour,

Je lis vos réactions un peu tardivement. Je les trouve très violentes. J'aurais préféré échangé avec vous sur un autre ton !

Bien sur, que je suis OK avec vous que la technique et le relationnel vont ensemble et que les équipes du SAMU font un très beau boulot technique et relationnel. Mais, désole, je préfère les mots aux maux. En écrivant, on ne peut donner que cela à l'autre. C'est peu et beaucoup à la fois. Bon vent à tous.

loulic

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258 commentaires

#3

Encore les mêmes niaisances

C'est marrant comment des gens qui ne bossent plus ou pas encore dans le soin sont prompts à tenter de nous imposer leurs certitudes et leurs à priori.

Mme Baudin le dit bien ce mot "charge" l'a toujours heurté, elle. Elle en tire donc une universalité : c'est un mot choquant.

Le "poème" de Martinez était du même accabit, un tissu d'à priori truffé de bonne intentions, à la limite de l'insulte.


Sur la forme c'est pédant et pompeux.

Sur le fond, c'est pire.

"Le patient, nous demande quoi au juste ? De l’aide, d’une parole, d’un regard humanisant plus que d’un soin technique. "

Non, ça c'est de la **** de quelqu'un qui n'a plus foutu les pieds au chevet du patient depuis trop longtemps, elle confond ses fantasmes, son métier actuel et les attentes des patients.

Le patient, moi ce qu'il me demande d'abord c'est de se reveiller, de ne pas avoir mal et de ne pas vomir. Et d'être rassuré.

La technique n'a pas à venir APRES le relationnel, ce sont deux choses simultanées et concommitantes.

mme baudin nous impose SA vision sirupeuse des choses et SES valeurs atrocement pontifiantes et lénifiantes qu'elles considère comme prioritaires.

Si elle ne sait pas faire de la technique ET du relationnel, c'est son problème. Si l'état du patient nécessite des soins technique, il n'y a pas à y sursoir sous quelque prétexte foireux et bien pensant.

Les diagnostics infirmiers c'est un grand n'importe quoi parfaitement inutile. Le rôle propre ce passe très bien de cette fumisterie ésotérique.


Que cette dame continue à prendre soins de ses patient, je continuerai à prendre les miens en charge (et à en prendre soin), ça ne m'empechera pas de faire du relationnel.

Mais qu'elle arrête **** ses diptères avec ses problèmes sémantiques existentiels à deux euros cinquante.

Utilisateur supprimé

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494 commentaires

#2

Bof...

Quand va t on accorder plus d'importance aux maux plutôt qu'aux mots ?
Je trouve que cette avalanche sémantique de toute part est totalement inutile.
Prise en charge et prendre soin ne sont pas des concepts antinomiques.

Par ailleurs, je ne suis pas du tout d'accord avec ce qui suit,

[...La relation d’abord, la technique après !
La relation d’abord et le diagnostic après ! Tout un changement de mentalité, une éducation à revoir, la nôtre...]

La technique n'est pas forcément dénuée de relationnel.

Le relationnel est quand même souvent facilité par un diagnostic posé.

Laissez-donc nous occuper de nos mentalité et éducation...

binoute1

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576 commentaires

#1

un bon article

et pourtant, je reste sur l"idée que le polituqment correct dans notre vocabulaire sert juste à se donner bonne conscience. Les conditions, les rôles et les pratiques ne changent pas pour autant.

prendre soin au lieu de prendre en charge (tiens à ce sujet, le patien sera pourtant bien pris en charge par le samu, qui pourtant ne réduise pas la personne à un objet, qu'en pensez-vous ? )
cadre de santé au lieu de surveillant ou de chef de service...
ASH devenu ASL ...