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Négos sur les assistants médicaux : les syndicats quittent la séance !

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Coup de théâtre au siège de l'Assurance maladie ! Réunis le 7 février au matin pour la deuxième séance de négociation sur le financement des assistants médicaux, les syndicats de médecins libéraux, furieux, ont demandé, dès son ouverture, une suspension de la séance, avant de quitter le siège de la Cnam. De son côté, l'Ordre national des infirmiers, par communiqué du 11 février, salue leur réaction !

Négos sur les assistants médicaux : les syndicats quittent la séance !

Nicolas Revel, directeur général de l'Assurance maladie, s'est dit « surpris de la réaction » des syndicats et « dément formellement l’idée selon laquelle la Cnam porterait une vision hyper-productiviste de la médecine ».

La raison de leur courroux ? Les propositions chiffrées par l'Assurance maladie des gains de productivité attendus pour les médecins qui bénéficieraient du financement d’un assistant médical. Dans ses propositions, la caisse imagine deux modèles types d’assistant : un profil administratif, et un autre plus aide-soignant. Pour ce deuxième profil, censé officier auprès de deux médecins, l'Assurance maladie estime qu'il peut permettre de passer de 3 à 6 consultations par heure par médecin.

Pour le Dr Luc Duquesnel, président des Généralistes-CSMF, les propositions de la Cnam sont une véritable provocationOn est dans une logique purement productiviste de l’assistant médical. C’est un non-sens en termes d’organisation, on est clairement dans la non-qualité !, s’indigne-t-il. Ces chiffres, qui mettent en avant le temps gagné, sont très contre-productifs, estime le Dr Jacques Battistoni, président de MG France. S’ils sont présentés tels quels : les médecins vont dire : "on n’en veut pas".

Une logique purement productiviste

Selon l'Ordre infirmier, les assistants médicaux sont la « fausse bonne idée » du plan Santé !

Par communiqué en date du 11 février 2019, l’Ordre national des infirmiers  se félicite que les syndicats de médecins refusent à leur tour un projet dicté par une logique de productivité. Selon l'ONI, la pénurie de médecins dans des territoires de plus en plus nombreux pose d’importants problèmes d’accès aux soins de premiers recours, et ne sera pas résolue par ces assistants médicaux et invite le gouvernement à revenir sur cette mesure absurde. L'ONI s'interroge : lorsqu’il n’y a plus de médecin du tout, quelle sera l’utilité de ces assistants médicaux au profil on ne peut plus flou ? Les mesures visant à améliorer l’offre de soins de proximité méritent une concertation de tous les professionnels de santé concernés. Elles doivent donc passer par la voie parlementaire, et non par des négociations conventionnelles comme c’est le cas actuellement avec la CNAM et les représentants des médecins.

Pour le Dr Jean-Paul Hamon, président de la FMF, seules de nouvelles installations permettront l’amélioration de l’accès aux soins. Imaginer que dans une zone déficitaire comme la mienne, où il a fallu éponger le départ de deux généralistes sans successeur, les médecins vont pouvoir augmenter leur nombre de patients médecin traitant, c’est démontrer une méconnaissance du métier !, lance le généraliste clamartois. Le SML s'est, lui, déclaré scandalisé par les intentions de la CNAM d’imposer des contreparties provocatrices aux médecins.

Les jeunes médecins, qui participent dorénavant à toutes les négociations en tant qu'observateurs, comprennent le courroux de leurs aînés. On nous demande d’améliorer la quantité et la qualité, cela va être compliqué de faire les deux, relève le Dr Yannick Schmitt, président de ReAGJIR. Il y a certainement des critères plus pertinents que de demander à un médecin seul de voir plus de monde. Le nombre de patients sans médecin traitant sur un territoire serait beaucoup plus pertinent. Nous sommes d'accord pour augmenter un peu la patientèle, mais nous accordons une importance particulière à l'amélioration des conditions d'exerciceexplique quant à lui Pierre Guillet, premier vice-président de l'Isnar-IMG.

Pas de propositions mais "des éléments de repères", selon l'Assurance maladie

Contacté par Le Généraliste, Nicolas Revel, directeur général de l'Assurance maladie, s'est dit surpris de la réaction des syndicats. Mais je pense que c’est plutôt bien qu’on clarifie certains points sans tardera-t-il relevé. Il dément formellement l’idée selon laquelle la Cnam porterait une vision hyper-productiviste de la médecine.

Sur les gains de productivité attendus, le DG précise : Nous avons voulu introduire des éléments de repères. Ce ne sont pas des propositions qui viendraient normer ce que serait demain l’activité future des cabinets médicaux. Nous avons simplement voulu éclairer, à partir d’éléments factuels et objectifs ce que pourrait être potentiellement l’impact d’un assistant médical.

Pour cela, l'Assurance maladie s'est basée sur une étude selon laquelle les médecins consacreraient 13 heures par semaine à des tâches non médicalesNous avons posé pour hypothèse que l’assistant pourrait au moins prendre en charge la moitié des tâches administratives assumées aujourd’hui à la charge des médecins. Cela représente environ six heures par semaine. Même s’il travaille pour trois médecins, il lui reste encore du temps disponible pour venir en soutien du médecin, au-delà de cette seule fonction administrative. Nous avons simplement voulu montrer que l’impact potentiel pouvait être rapidement significatif en termes d’accroissement de patientèle, insiste Nicolas Revel.

J’ai également redit que l’assistant médical devait aussi avoir un impact sur la qualité de la pratique, sur du temps médical qui ne soit pas consacré qu’à des consultations supplémentaires mais aussi à des durées de consultation, à du suivi de patients au-delà de celles-ci, indique le DG. Toutefois, il y a selon lui un équilibre à trouver, qui devra intégrer comme objectif le fait qu’à la fin des fins, le temps médical libéré par l’assistant doit contribuer, pour une large part, à améliorer l’accès aux soins des patientsC’est quand même depuis le début le cœur du dispositif, souligne le patron de la Cnam.

L'ONI rappelle que les infirmiers sont "fortement impliqués dans l'offre de soins globale…"

Pour l'ONI,  il s'agit donc de miser sur la coordination entre professionnels de santé en envisageant une meilleure répartition des rôles de chacun. Et de rappeler que dans de nombreux pays confrontés à ces problématiques d’accès aux soins, les infirmiers sont devenus des acteurs centraux des soins de premier recours en leur donnant davantage d’autonomie. En France, les infirmiers sont en effet plus de 650 000, première profession par le nombre. Parmi eux, 120 000 exercent à titre libéral en proximité directe avec les patients, se rendant à leur domicile le plus souvent quotidiennement, assurant les retours d’hospitalisation le week-end notamment. Ils sont très fortement impliqués dans l’offre de soins dans les territoires, leur répartition ne délaissant pas les zones rurales ou périurbaines et participent pleinement aux équipes de soins primaires.

Réunion intersyndicale mercredi 13 février...

Cette suspension, c'est pour marquer le coup, explique le Dr Battistoni. Ce qui a été proposé, basé sur l’augmentation de la productivité des médecins est un repoussoir pour les généralistes. Il était important pour nous de dire qu’on ne veut pas aller dans cette direction.

Néanmoins, il ne s'agit pas d'une rupture de la négociation. Les syndicats ont rendez-vous mercredi prochain pour élaborer ensemble leurs contre-propositions, qu'ils présenteront à l'Assurance maladie lors de la prochaine séance de négociation, prévue le 20 février.

L'ONI l'affirme : "les infirmiers sont disposés à relever de nombreux défis..."

Pour parachever le virage ambulatoire, les infirmiers doivent se voir reconnaître un rôle plein dans le champ de la prévention et la promotion de la santé au travers de la possibilité d’assurer des consultations de prévention et éducation pour la santé. Pour l'ONI les infirmiers doivent aussi voir leur champ de prescription élargi via le renouvellement et l’adaptation des traitements chez les patients chroniques par exemple dans le diabète, par la prescription de bilans, d’antalgiques pour la lutte contre la douleur, par la vaccination sans prescription si l’on veut augmenter la couverture vaccinale… La prise en charge de la fin de vie au domicile, où le rôle de l’infirmier est majeur, peut aussi être grandement améliorée si l’on reconnaît à l’infirmier  davantage d’autonomie. Ces champs constituent aujourd’hui, on le sait, des lacunes du système qu’il est urgent de pouvoir combler au bénéfice de la prise en charge des patients. Les infirmiers sont disposés à en relever le défi.

Stéphane Lancelot
Journaliste de la rédaction du Généraliste que nous remercions du partage de cet article publié le 7 février 2019.
Encadrés sur la réaction de l'Ordre national des Infirmiers par la rédaction d'Infirmiers.com

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