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La cigarette électronique, un outil de sevrage tabagique ?

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De plus en plus, la cigarette électronique est utilisée par les fumeurs afin de faciliter le sevrage tabagique. Mais quid de son efficacité et quelle attitude les professionnels de santé doivent-ils adopter vis-à-vis de l'e-cigarette en établissements de santé ? Des experts ont livré leurs conclusions lors d'une conférence dédiée le 23 novembre dernier à Paris.

cigarette électronique

La cigarette électronique, une aide dans le sevrage tabagique.

La cigarette électronique a été inventée en 2003 par un pharmacien chinois et est apparue en France en 2007. Depuis, bien des questions se posent quant à son efficacité dans le cadre du sevrage tabagique. Afin d'apporter quelques éléments de réponse, les résultats préliminaires de l'Étude Pilote Sevrage Tabagique par une E-Cigarette Connectée (EPISTEC)1, menée par le Réseau de prévention des addictions (Respadd) et Smoke Watchers, en partenariat avec la Mutuelle Nationale des Hospitaliers (MNH), ont été dévoilés le 23 novembre 2015 durant une conférence portant sur « La cigarette électronique, un enjeu de santé publique ? ». Une partie des personnes participant à l'étude a ainsi pu recevoir sa cigarette électronique et bénéficier d'un suivi personnel au travers d'une application mobile2. Les premiers résultats montrent que dans 17 % des cas, l'utilisation de la cigarette électronique et le coaching virtuel ont contribué à l'arrêt du tabac. De plus, 53 % des fumeurs ont réduit leur consommation de tabac. En revanche, 29 % des personnes interrogées ont abandonné l'e-cigarette et continuent de fumer. Par ailleurs, il semblerait que plus les fumeurs consomment de e-liquide, plus ils sont amenés à arrêter de fumer, et que la cigarette électronique soit plus efficace chez les personnes qui fument beaucoup que chez celles qui fument moins dans le cadre du sevrage. Les résultats sont bien entendu à confirmer dans la durée.

La cigarette électronique ne figure pas dans les recommandations  du traitement de la dépendance tabagique

La cigarette électronique, un outil thérapeutique en établissements de santé ?

Anne Borgne, présidente du Respadd, l'a souligné durant la conférence , il n'existe pas de texte réglementaire concernant les établissements de santé, mais l'interdiction de l'utilisation de la cigarette électronique est souvent inscrite dans le règlement intérieur, pour le personnel, les patients et les visiteurs. Toutefois, le vapotage est autorisé à l'extérieur et parfois toléré dans les chambres. Pourtant, même s'il ne s'agit pas d'un médicament, et même si elle ne figure pas dans les recommandations du traitement de la dépendance tabagique, elle est aujourd'hui la méthode la plus utilisée pour arrêter de fumer. En effet, elle est adoptée à 98 % par des fumeurs, actuels ou anciens, dans le but fumer moins, voire se sevrer complètement. Ainsi, son utilisation est proposée par les équipes de liaison et de soins en addictologie qui livrent également des conseils afin qu'elle soit bien exploitée.

De leur côté, les services d'addictologie accueillent pour un sevrage ou une consolidation d'abstinence des patients présentant une ou des conduites addictives, comme le tabac. Les durées de séjour des patients sont généralement longues, et paradoxalement, beaucoup augmentent leur consommation pendant ce temps d'hospitalisation, note Anne Borgne. La prise en charge dans ces services passe notamment par :

  • la tenue de groupe d'information ou de parole sur le sujet ;
  • la proposition de traitements de substitution nicotinique inscrits sur le livret thérapeutique de l'établissement ;
  • l'évocation de la cigarette électronique ;
  • le partage d'expérience de la part des vapoteurs.

Les retours d'expériences concernant l'utilisation de la cigarette électronique s'avèrent plutôt positifs. Cependant, pour le collège de la Haute Autorité de Santé, les données de la littérature sur l'efficacité et l'innocuité de la cigarette électronique sont encore insuffisantes pour la recommander dans le sevrage tabagique. Bref, les avis restent encore partagés et d'autres études devraient, dans les années à venir, apporter plus d'informations sur le sujet...

Notes

  1. Enquête menée auprès de 340 personnes fumeuses d'Île-de-France, adhérentes à la MNH.
  2. Les participants bénéficient d'un coaching virtuel et peuvent choisir le coach « médical », le coach « relaxe » et le coach « sevère ».
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Aurélie TRENTESSE  Journaliste Infirmiers.com aurelie.trentesse@infirmiers.com  @ATrentesse