IBODE

"2013 sera l’année des Ibode !"

Brigitte Ludwig, présidente de l’Union nationale des associations d’infirmier(e)s de bloc opératoire diplômé (e)s d’État (Unaibode), l’a affirmé, trois jours durant, à l’occasion des 30e Journées nationales d’étude et de perfectionnement de l’association à Deauville du 29 au 31 mai : « oui, l’année 2013 sera bien l’année des Ibode ».

Brigitte Ludwig présidente de l'UNAIBODE

Brigitte Ludwig présidente de l'UNAIBODE

La très dynamique présidente, cadre de santé Ibode (Colmar), au discours riche et construit, milite en effet de longue date pour la valorisation du métier Ibode et son indispensable évolution réglementaire au regard de la réalité de l’exercice dans les blocs opératoires français. Elle nous l’explique : L’univers du bloc opératoire est de plus en plus complexe et notre métier requiert toujours plus de compétences et de technicité. Paradoxalement, l’attractivité de la formation Ibode est en perte de vitesse car la place des Ibode au bloc n’est pas exclusive. Au nombre de 6.000 environ, elles occupent en effet seulement 40 % des postes infirmiers. De fait, elles exercent en bonne intelligence avec leurs collègues infirmières DE mais sans exclusivité d’actes liée aux compétences acquises 18 mois durant leur formation de spécialité. Nous militons de longue date pour que cela évolue et que soit enfin reconnu aux Ibode un champ de compétences spécifiques intégrant des actes et des missions propres. Rappelons en effet que la formation Ibode, dense et exhaustive, est une réelle « plus-value » professionnelle en termes de qualité et de sécurité des soins dans les trois temps pré, per et post-opératoire et dans les trois fonctions dévolues aux Ibode : circulante, instrumentiste et aide-opératoire.

Champ exclusif mais pas exercice exclusif...

Brigitte Ludwig, en présence d’Isabelle Monnier, représentante de la Direction générale de l’offre de soins, a donc souligné que ce volet « exclusivité des actes » était en passe d’être finalisé avec le ministère de la santé et qu’un décret était donc attendu prochainement, résultat de longs mois de travail et surtout d’un engagement et d’une pugnacité exemplaires. Un certain nombre d’actes pourraient ainsi être exécutés hors présence du chirurgien sur prescription médicale, à condition qu’un médecin puisse intervenir à tout moment. Ils se situeraient entre l’installation du patient et l’incision d’une part et la fermeture sus aponévrotique et le pansement, voire la contention d’autre part. Les gestes médicaux et les techniques chirurgicales complémentaires aux gestes de l’opérateur pourraient être réalisés en sa présence, de l’incision à la fermeture aponévrotique. Les Ibode bénéficieraient donc d’un « champ exclusif » de compétences mais pas d’un « exercice exclusif » au bloc. Pour Brigitte Ludwig, il est cependant évident que cette reconnaissance devrait revaloriser la formation Ibode et inciter les infirmières DE à intégrer le cursus de spécialité. Pour celles qui auraient trois années d’exercice au bloc, la valorisation de leur expérience et de leurs compétences acquises pourraient également se faire par la voie de la VAE.

Défendre la sécurité des soins...

Cette « victoire » en terme de reconnaissance, qui, il est important de le souligner, a bénéficié de l’appui très large des chirurgiens eux-mêmes via les différents collèges de chirurgie, s’est sans doute nourrie de l’épisode très médiatique mené par les Ibode lors du dernier Salon infirmier, en octobre 2012. Les usagers de santé et les pouvoirs publics étaient alors alertés sur l’insécurité qui régnait dans certains blocs du fait de la présence de professionnels non infirmiers. Cet épisode, peu glorieux pour la santé publique, a sans doute accéléré les négociations avec le cabinet de Marisol Touraine, ministre de la Santé et des Affaires sociales, assez frileuse jusqu’alors sur le sujet...

Rappelons aussi que, dans le même temps, cinq plaintes ont été déposé par l’Ordre national des Infirmiers (ONI) à l’encontre d’aides-soignants et agent de service hospitalier pour « exercice illégal de la profession d’infirmier ». A chaque fois, les professionnels visés se seraient vu confier un rôle d'infirmier circulant. L’ONI poursuit également l'établissement et les chirurgiens pour complicité d'exercice illégal et mise en danger d'autrui. Ces cinq procédures sont actuellement en cours.

900 infirmières de bloc opératoire réunies à Deauville pour un "festival" à la hauteur de leurs attentes !

Encourager les motivations précoces...

Brigitte Ludwig a également rappelé une autre revendication soutenue par l’Unaibode mais également par l’Aeeibo (Association des enseignants des écoles d‘infirmiers de bloc opératoire) et sa présidente Aline Dequidt (directrice de l’école d’IBO de Lille). Actuellement, les jeunes infirmières diplômées mais qui veulent se destiner à la spécialité Ibode, sont obligées de travailler pendant deux ans avant de présenter le concours d’entrée à l’école d’Ibode. L’idée est de supprimer ce délai et d’intégrer le cursus Ibode à la suite de la formation initiale comme cela est rendu possible depuis peu pour les puéricultrices. Meilleure organisation du travail dans les blocs, meilleure stabilité des équipes en place, économie pour les établissements... les bénéfices pourraient être nombreux. Le projet est donc à l’étude par les régions qui financeraient de fait cette formation globale.

Enfin, la question de la réingénierie, débutée en 2006, devrait entraîner, à terme, une réorganisation de la formation conduisant au diplôme d’Etat d’infirmier de bloc opératoire. Cette «réécriture » tiendra compte du référentiels d’activités et de compétences et de l’évolution du métier vers les actes exclusifs. La « masterisation » des Ibode, à l’instar des Iade devient en effet inéluctable. L’Unaibode et l’Aeeibo ont fait un certain nombre de propositions précises en la matière (intégration dans le système LMD, ouverture du Deibo par la voie de la VAE, 120 ECTS sur 4 semestres universitaires, 50 % d’enseignement théorique et 50 % de stages, enseignement de l’anglais, formation théorique et clinique enrichie, recherche...). Les travaux sont actuellement stoppés en attente des conclusions d’une mission sur la réingénierie de la formation d'infirmier de bloc opératoire diplômé d'État (Ibode), mission confiée aux inspections générales des affaires sociales (Igas) et des affaires de l'éducation nationale et de la recherche (IGAENR) et qui permettra des arbitrages et une réouverture des réunions de travail. Selon Isabelle Monnier (DGOS), même si l’attente des Ibode est légitime, la priorité n’est pour l’instant pas là... Si la voie vers la reconnaissance, l’autonomie et la promotion du métier Ibode est donc aujourd’hui bien engagée, Brigitte Ludwig l’affirme, une fois, encore : nous sommes déterminés et allons poursuivre le travail entamé, mais nous ne pouvons plus perdre de temps : les formations sont aujourd’hui en danger faute de lisibilité professionnelle, les infirmières hésitent à s’engager dans la formation, la qualité des soins en pâtit et la gestion des compétences se complexifie dans les blocs opératoires. Bref, autant d’arguments sur lesquels notre combativité associative devra une fois encore faire preuve de pugnacité... Nous aurons à cœur d’en témoigner.

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Rédactrice en chef Infirmiers.com bernadette.fabregas@infirmiers.com

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