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Pas d’école pour les enfants de soignants ?

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Exercer dans le privé

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La reprise a eu lieu lundi 11 mai pour certains établissements scolaires, mais elle ne s’est pas faite sans mal pour les enfants des professionnels de santé. En effet, certains n’ont pas pu retourner en classe. Motif : ils représentent un risque pour leurs camarades au vu de la situation sanitaire. Le ministère des Solidarités et de la Santé évoque une erreur d’interprétation.

Les enfants des professionnels de santé n’ont pas pu retourner à l’école dans certaines régions.

Ce 11 mai, déconfinement oblige, certains établissements scolaires ont réouvert. Mais pas partout et visiblement pas pour tous les élèves. Dans certaines régions, les enfants des professionnels de santé n’ont pas pu retrouver le chemin de l’école avec leurs camarades. La raison invoquée : le plus grand risque des parents d’avoir été en contact avec le virus. Un motif largement jugé discriminatoire par des parents d’élèves et par certains professionnels concernés.

A Toulouse des parents d’élèves en colère

La Fédération des parents d’élèves de Toulouse a dénoncé cette mise à l’écart due à cette mesure  stigmatisante. Une mesure annoncée par courrier adressé le 5 mai aux parents d’élèves des écoles réquisitionnées. Dans cette missive, une inspectrice de l'Education nationale les informe que les enfants des personnels soignants resteront donc sur les écoles spécifiquement dédiées à leur accueil afin de ne pas occasionner un brassage d’enfants qui ne seraient pas en accord avec les conditions sanitaires requises.

Muriel Paletou, présidente de la Fédération des conseils des parents d'élèves (FCPE) de Haute-Garonne a affirmé avoir été surprise par cette lettre car le rectorat leur avait certifié la semaine précédente que les enfants des soignants regagneraient bien leurs écoles d’origineJ'aurais compris qu'on explique que ces enfants, un public particulier, restent dans les écoles du confinement pour des raisons d'horaires ou de modes de garde du personnel soignant mais les empêcher de rentrer dans leur école d'origine pour des raisons sanitaires, c'est difficile pour les enfants concernés, explique-t-elle à Reuters. Lamia Kerdjana, anesthésiste-réanimatrice à l'hôpital Lariboisière mâche moins ses mots : Pour répondre à l’anxiété de la population, les enfants de soignants sont stigmatisés et discriminés avec des mesures drastiques de distanciation sociale avec les autres élèves qui sont disproportionnées. (…) Par ailleurs, cette population d’élèves est probablement plus sensibilisée aux mesures barrière que les enfants dont les parents ne sont pas soignants.

Un bras de fer entre les maires et l’inspection académique en Seine-et-Marne

En Seine-et-Marne, l’Inspection académique aurait pris la décision de ne plus mettre à disposition des enseignants pour les enfants de personnels soignants dans les écoles qui restent pour l’instant fermées malgré le déconfinement. Ainsi, depuis le 11 mai, si leur école n’est pas ouverte, les enfants des soignants n’auraient plus la possibilité de suivre leur scolarité dans un établissement spécifiquement dédié.

Pour plusieurs élus locaux, cette nouvelle leur est restée en travers de la gorge. On vient d’apprendre que les enfants de soignants n’auraient plus d’enseignants parce que nous avons décidé de ne pas ouvrir l’école maternelle, pour laquelle le protocole sanitaire est trop contraignant. C’est de la méchanceté pure de la part de l’Education nationale !, s’énerve Régis Sarazin, maire de Nanteuil-lès-Meaux. Seule alternative suggérée par l’Inspection académique : la mise en place d’une garderie. Encore faut-il trouver des éducateurs avec le BAFA. Et ce ne sont pas eux qui vont assurer les cours aux enfants,s’agace l’élu. 

En parallèle, Valérie Debuchy, inspectrice d’académie, accuse les maires d’avoir une position très dure et qui n’aide pas au déconfinement en n’ouvrant pas leurs écoles. Triste à dire qu’au milieu de cette épreuve de force restent les enfants et leurs parents qui demeurent démunis.

Un syndicat monte au créneau

De son côté, le Syndicat national des praticiens hospitaliers anesthésistes-réanimateurs élargi (SNPHARe) a adressé un courrier conjointement à la Direction Générale de l’Offre de soin (DGOS), et aux ministères de la Santé et de l’Education Nationale pour leur faire part de la situation. L’organisation aurait en effet reçu plusieurs témoignages relatant le refus de rescolariser normalement les enfants des professionnels de santé. Elle cite nommément les établissements de Toulon et de Toulouse soulignant qu’il est probable que ces deux cas ne soient pas isolés.

Si les soignants payent déjà un lourd tribut face à la pandémie, il est inutile d’infliger à leurs enfants de la discrimination, ce qui serait pour eux une double peineIls font partie des enfants dont les parents ont été très peu présents à domicile, comparativement à la population générale, souligne la lettre. De même, ils ont vécu la crise du coronavirus raconté par les soignants, observé et partagé les angoisses, la fatigue. Plus encore que les autres, ils aspirent à retrouver une vie sociale aussi normale que possible : retrouver leur environnement scolaire habituel, à proximité de leur domicile, avec leurs professeurs et leurs amis.

En parallèle, le syndicat s’appuie sur le cadré légal et les réglementations établies par l’Education nationale, pour revendiquer un retour dans le circuit scolaire classique pour ces enfants. Le SNPHARe exige donc que ces enfants soient réintégrés comme tous les autres enfants, dans leurs écoles respectives, pour leur bien être éducatif et social, en appliquant toutes les mesures barrière adéquates, et aient un traitement semblable aux autres enfants.

Suite à ces plaintes, le rectorat de l’Académie de Toulouse s’est fendue d’un communiqué où elle indique que les enfants des professionnels retourneront dans leurs établissements d’origine à terme sans détailler le délai. Quant au ministère de la Santé, il aurait déclaré à RMC qu’il s’agissait d’une erreur d’interprétation : les enfants de soignants vont bien pouvoir retourner dans leurs écoles habituelles d'ici quelques jours. Face à cette réponse, le syndicat reste méfiant et proclame qu’il va s’assurer que c’est bien le cas.

Journaliste infirmiers.com roxane.curtet@infirmiers.com  @roxane0706

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