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"Ségur de la Santé" : ces quatre mots suffiront-ils pour répondre aux attentes des professionnels ?

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Par courriel ou sur notre page facebook, infirmiers hospitaliers ou du secteur privé, spécialisés ou non, libéraux, cadres de santé, aides-soignants... ils ont répondu à notre sollicitation. Alors que s’ouvre aujourd’hui le "Ségur de la Santé", ils témoignent de leurs attentes et espèrent tous des actes forts. Il est question de valorisation et de reconnaissance professionnelle, de qualité des soins, d'amélioration des conditions de travail et, bien sûr, d’augmentation de salaires...

hôpital démantelé manif

Le "Ségur de la santé", du nom de l’avenue parisienne où se trouve le ministère des Solidarités et de la Santé, s'ouvre officiellement ce lundi 25 mai. Répondra-t-il aux attentes ? Rendez-vous dans 6 semaines...

"Réinventer" l'hôpital et le système de soin qui l'accompagne

Rémunération, temps de travail, coordination ville/hôpital, budgets de fonctionnement... Olivier Véran, ministre des Solidarités et de la Santé, en compagnie d'Edouard Philippe, Premier ministre, ouvre aujourd'hui le "Ségur de la Santé", quatre mots pour "réinventer" l'hôpital et le système de soin qui l'accompagne, sans oublier l'articulation ville/hôpital. Quelques 300 représentants du monde de la santé vont participer à cette grande concertation pilotée par l’ancienne secrétaire générale de la CFDT Nicole Notat. La finalité étant de définir, d'ici à la mi-juillet, une "refondation du système de santé" français avec une traduction "de tout ce qui peut l’être dans le prochain budget de la Sécurité sociale" selon le ministère. Les concertations nationales s’engageront ainsi sur l’ensemble des thématiques avec les acteurs concernés, et en particulier sur la revalorisation des parcours professionnels.

Edouard Philippe, ouvrant cette concertation historique, a salué les efforts individuels mais aussi les efforts collectifs de tous les acteurs du soin, déployés avec force, détermination, coordination et efficacité durant la crise sanitaire. Des freins bureaucratiques ont pu être levés montrant ainsi une grande adaptabilité et réactivité pour créer et agir, parce qu'il le fallait. Le Premier ministre a rappelé les enjeux clés de cette grande réforme à venir et les thématiques à défendre, entre autres : reconnaissance aux soignants, déroulés de carrière, attractivité des métiers, temps de travail, statuts des médecins à l'hôpital, investissements et financement de l'hôpital, recettes et T2A, télémédecine, qualité des soins, gouvernance hospitalière, articulation de l'hôpital avec la médecinbe de ville et le médico-social, numérique...

Edouard Philippe, Premier ministre, l'a réaffirmé, à l'instant, lors de l'ouverture de ce "Ségur de la Santé" : "il nous faut profiter de ce moment historique pour dénouer les blocages du système et qu'il nous faut lever".

Des professionnels de santé qui n'en peuvent plus d'espérer...

Les professionnels de santé attendent, une fois de plus, beaucoup de cette nouvelle réforme, quelque peu désabusés par les plans de sauvetage successifs vécus au cours des derniers mois et, bien au-dela, des années. Certains d'entre eux nous ont livré leurs attentes, récurrentes... et parfois sans illusions.

"Les AS les AMP les ASH... tout le monde mérite d'être revalorisé et d'avoir des perspectives" Marie-Pierre

Ne pas faire rimer santé et rentabilité… Christine le dit : ce qui me semble essentiel à l'heure actuelle, et ce dans tous les services de soins, y compris la psychiatrie, c'est de donner aux soignants les moyens pour soigner avec humanité : des moyens pour les hôpitaux qui impliquent des recrutements, l'arrêt de la suppression de lits, voire leur réouverture, et le matériel nécessaire pour travailler en toute sécurité. Cela demande évidemment une reconnaissance des métiers du soin par une revalorisation des salaires de tous : infirmiers, aides soignants, ASH…

"Beaucoup n'espèrent plus car déjà tellement déçus. Après les mots, les actes. C'est ce que nous attendons..." Johann

Des master plus accessibles et mieux reconnus… Pour Fabien, les priorités sont claires : il est urgent de connaître une augmentation nette des salaires que ce soit dans le public comme dans le privé. Un diplôme plus exigeant et donc mieux reconnu. Plus d'effectifs soignant dans les services. Des masters accessibles (meilleur financement) et ensuite mieux reconnus et valorisés pour les infirmiers. Concernant les infirmiers libéraux, moins de charge et une révision du calcul de leurs droits à la retraite.

 "Revalorisation significative des salaires, augmentation du nombre des personnels et enfin comprendre que la santé n'est pas une valeur marchande".

David l'exprime avec un humour caustique : qu’attendre ? Honnêtement pas grand chose, peut-être un moyen pour ne pas être déçu une nouvelle fois. Les revendications des uns et des autres, libéraux comme hospitaliers, tous les gouvernements successifs les ont connus. Celui-ci ne fait pas exception à la règle : ils savent (ou alors ce n’est pas un neurologue qu’il faut mettre au ministère mais un ORL...)

"Baser les salaires sur la valeur du travail sur le modèle québécois... et décider enfin d'un ratio de personnels digne dans les EHPAD..." Marie-Laure

Il est temps de rendre l'indépendance à la profession infirmière... nous dit Alexandre, étudiant en Sciences Biologiques et aide-soignant remplaçant. Je suis actuellement étudiant en biologie et ancien étudiant en soins infirmiers ayant arrêté à la fin de la deuxième année de formation. Les causes de cet arrêt sont multiples : du métier en lui même à la formation en passant par la mentalité/ouverture des professions médicales/paramédicales. Ajouté à cela, la profession d'infirmier est mal considérée en France. Ce qui est dommage pour ce si beau métier. Dès mon entrée à l’université et durant ces trois premières années dans l'Unité de Formation et de Recherche (UFR) des Sciences et Techniques, j'ai remarqué une nette différence dans la formation et dans l'esprit d'ouverture qui est transmis aux étudiants à la faculté. Je me suis posé beaucoup de questions sur comment reconnaître le métier d'infirmier à sa juste valeur. Premier critère : une formation de qualité avec l'installation d'UFR en Sciences Infirmières, dirigés par des infirmières PhD. Il est en effet temps de rendre l'indépendance à la profession infirmière ; une indépendance qui passe par une ouverture de la formation infirmière et une insertion de la formation au sein des Universités dans des Unités de Formation et de Recherche.

"Pas de médaille, pas de prime, mais revaloriser les salaires, débloquer le point d'indice, être reconnue pour notre travail, pouvoir partir avec une retraite décente, car à la fin on y laisse notre peau..." Khadija

L'hôpital doit mettre fin au patriarcat médical et au patriarcat économique, écrit Olivier. Je souhaite bien entendu avant tout une revalorisation significative des grilles indiciaires des filières paramédicales dont celle des infirmiers... à hauteur de nos homologues européens. Une reconnaissance des niveaux universitaires des infirmiers et encadrement paramédical (licence, master et désormais doctorat)… Pour les doctorats, il est nécessaire de les valoriser à travers des travaux de recherche en sciences paramédicales, amélioration des pratiques de soins mais aussi en management et management hospitalier. Sur ce point, enfin une égalité de traitement par rapport aux médecins et une participation aux instances de gouvernance bien au-delà d'une simple représentation RH paramédicale. Prise en compte des transferts de compétences (protocole de coopération, IPA…), souplesse des plannings et des temps de travail (adaptation au regard de la charge de travail, adéquation vie professionnelle et vie privée...), possibilité d'intégrer des cycles en 12h avec les RC adaptés... L'hôpital doit mettre fin au patriarcat médical et au patriarcat économique et donc prendre en compte la singularité du territoire, des patients, des soignants et des valeurs de l'établissement... Déclinaison possible de l'ensemble de ces mesures sur l'ensemble des établissements de santé publics, privés, associatifs et militaires.

"Accepter de reconnaître que nous faisons des métiers pénibles physiquement et psychologiquement..." Virginie, AS en ephad depuis 20 ans

 "Des actions, une remise en état du système de santé. Des lits, du matériel, on ne demande pas la lune", réagit Muryel. J'ai débuté en 1980 : la politique de santé était alors le patient au centre du soin, nouveau diplôme infirmier, dossier de soin, plannification, fin des salles communes ... Je me dirigeais avec entrain vers un nouvel avenir, un hôpital humain, où la qualité des soins était le maître mot... Puis 1990 et un Gouvernement qui met en place la tarification à l'acte... En 2020, l'hôpital est pire qu'en 1980... et c'est honteux...

"Il faudrait conclure avec la reingenierie du métier d'AS commencé en 2015 et adapter le salaire aux nouvelles competences". Hervé

Comme d’habitude nous sommes roulés dans la farine  et eux communiquent sur ce qu’ils nous octroient raille Sébastien, IDE en psychiatrie depuis bientôt 25ans. La psychiatrie est l’oubliée de la médecine qui est déjà elle même délaissée. Le cadre juridique qui étrangle la psychiatrie depuis des années rend le travail de terrain infaisable de façon cohérente. Nous sommes sans cesse dans des injonctions paradoxales épuisantes. Tout est rendu complexe : faire des repas avec les patients dans les hôpitaux de jour, par exemple ,à cause des normes d’hygiène, organiser des séjours thérapeutiques sous prétexte de coûts... L’hôpital est géré par des administratifs qui ne connaissent rien au soin et à ses réalités. Leur seul but : la rentabilité et un risque zéro incompatible en psychiatrie. A titre individuel, je souhaite une augmentation de 300€ net sur toute la durée de carrière. L’arrêt des 35 heures ? Je n’y suis pas forcément opposé, j’ai connu les 40h, mais, à l’époque, nous avions 32 CA, 2 jours d’ancienneté… J’ai cependant peur que l’arrêt des 35h nous pressurise encore d’avantage. Nous sommes désabusés par les paroles des politiques qui ne correspondent jamais à la réalité de terrain. Simple exemple de la fameuse prime covid, nous devions tous l’avoir, puis elle est passée à 500€ pour les régions non touchées.… et cette semaine notre hôpital vient de sortir le texte de cadrage de l’obtention de cette prime et plein de soignants en sont exclus pour des raisons de critères...

"Infirmière en ehpad, pour moi la première urgence est d'augmenter les effectifs (hôteliers et soins). Cela revaloriserait le travail aux yeux de beaucoup et nos aînés pourraient avoir enfin une prise en charge correcte". Flo

"Permettre à tous les agents d’accéder à la formation continue en les remplaçant dans leurs services", Fabrice le souligne ainsi que son souhait de voir les salaires revalorisés d'au moins 300€ net. Bien sûr, il faut lever le gel du point d’indice, permettre créer une spécialité d’IDE en Réanimation. On a bien vu lors de la vague covid que, malgré toutes les bonnes volontés, les IDE de différents services ne peuvent remplacer une ide réa au pied levé. Et la liste n’est pas exhaustive.

"Rétablir une partie des postes supprimés. Pour éviter que les soignants ne partent travailler la boule au ventre car la vie des patients est mise en jeu ainsi que nos diplômes !" Sab


Reconnaître la pénibilité de travail de nuit aussi bien dans le privé que dans le public Michèle, aide soignante depuis 34 ans dont 15 de nuit, le souhaite. Il faut aussi revaloriser le point d'indice de nos salaires, avoir plus de moyens et de personnels pour prendre du temps pour chaque patient avec bienveillance et bientraitance. Nous devons nous sentir valorisés afin d'exister vraiment dans notre métier. J'attends donc la reconnaissance par des actes forts

Reconnaissance de nos métiers, valorisation de nos carrières. Et facilités pour changer de postes ou faire des formations. Tellement de choses à dire.... mais les médailles et les dons de congés ne font pas parties de nos demandes... Pauline

Le Conseil économique, social et environnemental (CESE) vous consulte... donnez-lui votre avis !

Le Conseil économique, social et environnemental (CESE) a lancé le 14 mai une grande consultation citoyenne en ligne. Intitulée "Notre hôpital demain", cette consultation a pour objectif de donner la parole à l’ensemble des Françaises et Français sur ce sujet – qui plus est dans cette période sanitaire si particulière. L’avis du CESE, intitulé "L’hôpital au service du droit à la santé", formulera des préconisations pour répondre à cette crise, sur l’organisation, le financement et la place de l’hôpital dans le système de santé français.
Jusqu’au 25 juin 2020, les citoyens, patients, professionnels et organisations auront ainsi la possibilité de donner leur avis en ligne, autour de la question : "Comment améliorer l’hôpital de demain et sa place dans le système de santé ?" sur le site de Make.org Dix jours après son lancement, la consultation a déjà réuni 14 000 participants, 1400 propositions et 75 700 votes. 

Bernadette FABREGASRédactrice en chef Infirmiers.combernadette.fabregas@infirmiers.com @FabregasBern

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