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Simone Veil : la femme qui demeurera immortelle

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Elle fut une figure essentielle de la classe politique et une figure tout court du XXe et XXIe siècle. Femme engagée et volontaire tout au long de sa vie, Simone Veil, née Jacob en 1927, fut droite et digne en toutes circonstances et ce, même dans les moments les plus tragiques de la Shoah. Si elle a survécu à cette terrible épreuve, elle a ensuite beaucoup vécu. Décédée le vendredi 30 juin 2017, à l'âge de 89 ans, elle demeurera « Immortelle ». Le dimanche 1er juillet, Simone Veil reposera au Panthéon avec son époux Antoine, comme l'avait indiqué le chef de l'Etat Emmanuel Macron lors de son éloge funèbre le 5 juillet 2017, soulignant qu'elle ne défendait pas les femmes parce qu'elles étaient femmes mais parce qu'elles étaient humiliées par la puissance des hommes.

Simone Veil dessin

Crédit - Mémorial de la Shoa - Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé, se rappellera de Simone Veil "comme d’un exemple de ténacité et de droiture dans la conduite de réformes qui ont profondément changé la vie de nos concitoyens".

Mise à jour du 39 juin 2018 - Presque jour pour jour, un an après sa disparition, Simone Veil deviendra, le dimanche 1er juillet, la 5e femme à faire son entrée au Panthéon, aux côtés de son mari, Antoine, lors d’une cérémonie organisée par l’Elysée. L'occasion de rendre un hommage populaire dans les rues de Paris à cette figure de la vie politique française et européenne du XXe siècle. Selon l’Elysée, les deux cercueils des époux Veil seront exposés vendredi 29 juin et samedi 30 juin au Mémorial de la Shoah, dans le 4e arrondissement de Paris. Ils partiront ensuite dimanche matin 1er juillet, escortés par une quinzaine de motards de la garde républicaine jusqu’à la place Edmond-Rostand, sur l’autre rive de la Seine, au pied de la rue Soufflot qui mène jusqu’au Panthéon, où ils seront recouverts du drapeau français.

Cinq écrans seront mis à disposition du public pour suivre la cérémonie : quatre sur le parcours et un cinquième dans le jardin du Luxembourg voisin.

L'Elysée et le Centre des monuments nationaux ont mis en scène une cérémonie solennelle forte en symboles. Elle rassemblera un millier d'invités, dont les anciens présidents Nicolas Sarkozy et François Hollande, les membres du gouvernement et de nombreux élus. Emmanuel Macron prononcera en fin de matinée un discours sur cette figure contemporaine qui a mené ses combats avec un temps d'avance et n'a cessé d'agir dans un esprit de réconciliation, selon l'Elysée. Après la Marseillaise chantée par Barbara Hendricks, sera respectée une minute de silence particulière puisque sera diffusé le son du "silence" du camp de Birkenau, où a été internée Simone Veil durant la seconde Guerre mondiale. L'imposant portail s'ouvrira ensuite pour laisser entrer Simone et Antoine Veil, dont les cercueils seront exposés jusqu'à lundi 2 juillet. Ils seront alors descendus, en présence de la famille, dans la crypte où ils reposeront à proximité de Jean Moulin, André Malraux et Jean Monnet, père de l'Europe.


Simone Veil est la cinquième femme à être inhumée au Panthéon, qui sera exceptionnellement ouvert gratuitement du 1er au 8 juillet 2018.

Un parcours, une carrière... 

Vivre, survivre, revivre : une vie de combat pour Simone Veil. Femme digne et droite, pugnace et discrète, à l'allure reconnaissable entre toute : tailleurs Chanel et chignon noué. Une femme charismatique et populaire qui restera une figure emblématique au parcours personnel et politique hors du commun. Agée de 16 ans, c'est à Nice, qu'elle est arrêtée le 30 mars 1944. Le 13 avril Simone, sa mère et sa sœur Madeleine sont envoyées de Drancy à destination d'Auschwitz-Birkenau, un des camps d'extermination nazis, où elles arrivent le 15 avril au soir. Elle reçoit le matricule 78651 qui lui est tatoué sur le bras. Peu avant la libération du camp d'Auschwitz le 27 janvier 1945, les Allemands emmènent leurs prisonniers dans la marche de la mort jusqu'au camp de Bergen-Belsen. Sa mère meurt du typhus en mars 1945. Sa sœur Madeleine, atteinte également, est sauvée de justesse grâce à l'arrivée des Alliés. Le camp est libéré par les troupes britanniques le 15 avril 1945. Simone, Madeleine et son autre sœur Denise (engagée dans la Résistance) sont les seules survivantes de la famille, puisque leur père, leur mère et leur frère ne sont pas revenus des camps. 

Simone Jacob est de retour en France le 23 mai 1945. Elle s'inscrit à la faculté de droit de Paris et à l'Institut d'études politiques de Paris. Diplômée, elle renonce ensuite à la carrière d'avocate et passe avec succès, en 1956, le concours de la magistrature. Haut fonctionnaire de la magistrature, elle est nommée ministre de la Santé en mai 1974 dans le gouvernement de Jacques Chirac. C'est à ce poste qu'elle défendra avec courage et pugnacité, presque seule contre tous, la loi qui portera son nom, promulguée le 17 janvier 1975 dépénalisant le recours par une femme à l'interruption volontaire de grossesse. Je voudrais tout d'abord vous faire partager une conviction de femme. Je m'excuse de le faire devant cette Assemblée presque exclusivement composée d'hommes : aucune femme ne recourt de gaieté de cœur à l'avortement. Il suffit d'écouter les femmes. Ce combat législatif est une douloureuse épreuve pour cette femme à qui rien n'est épargnée alors, même les plus abjectes et cruelles attaques, elle qui continuera d'affirmer : Je ne suis pas de ceux et de celles qui redoutent l'avenir...   Sous sa mandature, le 11 avril 1975 un décret officialise également la fonction d'infirmière générale. Autre bataille menée par la ministre : la politique de lutte contre le tabagisme avec la « loi Veil » du 9 juillet 1976

Je voudrais tout d'abord vous faire partager une conviction de femme. Je m'excuse de le faire devant cette Assemblée presque exclusivement composée d'hommes : aucune femme ne recourt de gaieté de cœur à l'avortement. Il suffit d'écouter les femmes.

La « prime Veil »

À partir de 1975 (arrêté du 23 avril 1975), une prime spécifique à certains agents dite "Veil" est attribuée aux infirmiers. Les conditions de l'attribution de cette prime sont déterminées par le décret n°88-1083 du 30 novembre 1988 . Elle s'élève désormais à 90 euros par mois.

Simone Veil participera, une deuxième fois, au Gouvernement quand, en mars 1993, elle est nommée ministre d'État, ministre des Affaires sociales, de la Santé et de la Ville dans le gouvernement dirigé par Édouard Balladur et ce, jusqu'en 1995. Nommée ensuite membre du Conseil constitutionnel en mars 1998, elle fait partie de la haute juridiction jusqu'en mars 2007. Elle sort de son devoir de réserve en 2005, pour appeler à voter « oui » au référendum français sur le traité établissant une constitution pour l'Europe.

De 2000 à 2007, elle préside la Fondation pour la mémoire de la Shoah , dont elle est par la suite présidente d'honneur.  Le 1er janvier 2009, elle est promue directement à la distinction de grand officier de l'ordre national de la Légion d'honneur. Un sondage réalisé par l'Ifop en 2010 la présente comme « femme préférée des Français ». En 2008 Une autre reconnaissance de son action publique est son élection parmi les « Immortels ».  Elle sera reçue sous la Coupole le 18 mars 2010. Sur son épée d'Immortelle est gravé le numéro matricule qui avait été inscrit sur son bras à Auschwitz (numéro 78651), ainsi que les devises de la République française et de l'Union européenne : « liberté, égalité, fraternité » et « unis dans la diversité ».

Simone Veil incarne un modèle de détermination et d’humanité au service des autres. Elle restera une figure emblématique au parcours personnel et politique hors du commun.

Une pluie d'hommages lors de sa disparition

Le président de la République, Emmanuel Macron, s'est exprimé sur le site de l'Elysée, adressant ses très vives condoléances à la famille de Simone Veil. Puisse son exemple inspirer nos compatriotes, qui y trouveront le meilleur de la France. L'ancien président François Hollande a, lui, salué la mémoire d'une femme qui a incarné la dignité, le courage et la droiture . Simone Veil reste immortelle pour Nicolas Sarkozy. L'ancien président de la République confie qu'il a admiré et aimé l'ancienne ministre de la Santé. Son regard bleu pouvait exprimer l’autorité et même la colère mais il y brillait toujours une grande bonté et la lueur de l’espoir, écrit-il

Le Premier ministre Edouard Philippe a salué celle qui restera le visage d'une République debout, humaine, généreuse. Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé rend hommage à la femme de conviction, à l’européenne engagée et  à la ministre courageuse qui a mené le combat en faveur des droits des femmes. Elle restera une figure emblématique au parcours personnel et politique hors du commun. A son tour chargée de la Santé et des Affaires sociales, Agnès Buzyn se rappellera de Simone Veil comme d’un exemple de ténacité et de droiture dans la conduite de réformes qui ont profondément changé la vie de nos concitoyens. Au-delà de l’autorité morale qu’elle représente et des liens personnels qui étaient les leurs, Simone Veil  incarne pour Agnès Buzyn un modèle de détermination et d’humanité au service des autres.

Marlène Schiappa, Secrétaire d'État chargée de l'égalité entre les femmes et les hommes s'exprime ainsi : On a souvent dit à Simone Veil qu'elle allait trop loin. On lui attribue la réponse suivante : "Quand on nous dit que nous allons trop loin c'est que nous sommes sur le bon chemin." Puissions-nous, comme elle, souvent aller trop loin. En tant que Secrétaire d'Etat chargée de l'égalité entre les femmes et les hommes, c'est avec une profonde émotion et un profond respect que je salue sa mémoire, et lui adresse la reconnaissance éternelle de la République française.

Lamine Gharbi, président de la FHP, est profondément attristé par cette nouvelle. Simone Veil a marqué l'histoire de la santé en France. Son discours à l'Assemblée nationale pour le droit à l'avortement était avant tout un message de confiance dans la jeunesse, l'avenir et la médecine. C'était en 1974 mais que ce discours était moderne ! L'exemple de Simone Veil, femme généreuse, grande conscience, doit rester une source d'inspiration pour l'ensemble du monde de la santé en France.

La Fédération des Médecins de France souhaite que le combat de Simone Veil ne soit pas oublié, et que les 34 millions de femmes françaises puissent continuer à disposer de leur corps ainsi que du droit à avorter dans des conditions sanitaires correctes.

Pour le Pr Israël Nisand, Président du CNGOF (Collège national des gynécologues et obstétriciens français) Simone Veil a su faire face vaillamment à tous ces imprécateurs tonitruants qui osaient appuyer sur son passé de déportée pour la blesser plus profondément encore dans une bataille parlementaire inédite par sa violence et son outrance. Tout cela pour changer la vie des femmes de France. Simone Veil, une femme politique au sens noble du terme qui servira encore longtemps de modèle et d’exemple, du moins peut-on le souhaiter. Simone Veil a aussi changé la face de notre discipline médicale, la gynécologie obstétrique. Elle a modifié les relations entre médecins et patients et a, de fait, initié les droits des patients tels que nous les connaissons aujourd’hui.

L’Association des paralysés de France (AFP)  tient à saluer la mémoire d’une grande humaniste, icône des droits des femmes, qui s’est battue toute sa vie pour défendre les droits et la liberté de toutes et tous. Si on connaît bien ses combats pour les droits des femmes et notamment le droit à l’avortement, on connaît moins son engagement pour les droits des personnes en situation de handicap. C’est pourtant elle qui a porté et présenté la loi sur « l’intégration des personnes handicapées » de 1975, lorsqu’elle était Ministre de la Santé.

La fondation pour la mémoire de la Shoah salue une femme exceptionnelle portée par des convictions profondément humanistes. (...) Figure majeure de la mémoire de la Shoah, Simone Veil a toujours plaidé, non pour un "devoir de mémoire" imposé à tous, mais pour la connaissance de notre histoire commune, de ses pages les plus noires - la Shoah et les autres génocides - et de ses pages lumineuses, comme celle écrite par les Justes. Elle fut à l’initiative de l’hommage national qui leur a été rendu au Panthéon en 2007 par le Président de la République, Jacques Chirac.

Puisse son exemple inspirer nos compatriotes, qui y trouveront le meilleur de la France.

Simone Veil impose le respect pour cette magnifique figure qu'elle fut. Elle marquera notre temps par sa dignité, sa droiture et son engagement. Il est à espérer qu' un hommage national puisse lui être rendu, voire une place au Panthéon ; un hommage à la hauteur de cette femme d'exception, engagée pour le meilleur dans ce qui fut aussi le pire. Une "cérémonie d'obsèques officielles", présidée par Emmanuel Macron, a été organisée mercredi 5 juillet aux Invalides en hommage à Simone Veil. A cette occasion, le chef de l'Etat Emmanuel Macron a souligné que Simone Veil ne défendait pas les femmes parce qu'elles étaient femmes mais parce qu'elles étaient humiliées par la puissance des hommes. Emmanuel Macron a annoncé également, comme attendu par la classe politique dans son entier et les Français, que Simone Veil reposerait au Panthéon avec son époux Antoine.

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Bernadette FABREGASRédactrice en chef Infirmiers.combernadette.fabregas@infirmiers.com @FabregasBern

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Commentaires (1)

Jo_bis

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2 commentaires

#1

Madame Veil

J'avais une dizaine d'années lorsque la Loi Veil a été votée. Je me rappelle de la contestation de cette Loi à l'époque.
Nous devons beaucoup à cette femme d'Etat dont le courage doit être un exemple pour nous tous.
Elle entre dans l'Histoire.