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COURS IFSI

Cours IFSI - La Communication Non Violente

Dans ce nouveau cours, Christine Paillard rappelle aux soignants que « communiquer sans violence » n’est pas de tout repos. Il s'agit en effet d'une construction intellectuelle, interpersonnelle, langagière, fondée sur la volonté d’interagir sans certitudes déterminantes, sans jugement, pour dégager des pistes de réflexions assertives.

Chaque mois, Christine Paillard, ingénieur pédagogique, propose d'analyser un mot, son étymologie et démontre son importance dans le domaine du soin ; un mot figurant dans son « Dictionnaire des concepts en soins infirmiers - Vocabulaire professionnel de la relation soignant-soigné ».

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La communication non violente : une approche équilibrée et constructive des relations au service des soignants et des patients...

La communication est un vaste mot regroupant plusieurs sens et s’interprète aisément comme une théorie fictive (Chauvier Eric, 2014)1 où chacun se retrouve vaguement dans un paradigme attendu. Traiter de ses caractéristiques dans le domaine paramédical implique un développement davantage centré vers les interactions propre à la relation soignants/soignés.

J’ai rajouté la Communication Non Violente dans la deuxième édition du Dictionnaire des concepts en soins infirmiers après les attentats de Charlie Hebdo, ce qui permet de se souvenir des dangers d’une pensée radicale, c’est-à-dire basée sur des croyances idéologiques avec l’absence de raisonnement critique, là où l’alternative destructrice de la vie dépasse le réel et l’imaginaire.

Étymologiquement,   le   terme   communication   vient   du  latin communicare qui signifie mettre en commun. La violence du latin violentia, qui,  au 14e siècle était déjà définie comme une  « action d'une force non contenue ». Si la simple communication relève de compétences relationnelles, elle a aussi besoin d’assistance  technologique pour permettre à un émetteur d’envoyer un message à un récepteur et ce, par un canal de  transmission (mécanisme physique de la communication, par exemple téléphone, messagerie électronique…).  Si le récepteur répond, il devient émetteur et c’est ce que l’on appelle le feed back. Toute communication présente alors deux aspects : le contenu et la relation. Tous les êtres humains usent de deux modes de communication : digital et analogique (Syn. transmission par modulation d'onde porteuse).

Le langage digital possède une syntaxe logique très complexe et très commode mais manque d’une sémantique appropriée à la relation. La Communication Non Violente s'intéresse à la qualité des relations dans un contexte socio-constructiviste. D’après Jacques Semelin2, la non- violence peut être définie comme une doctrine de l'action collective qui préconise de ne pas recourir à la violence pour résoudre les conflits. Souvent confondue avec le pacifisme ou la résistance passive, la non-violence repose en réalité sur un rapport de forces, à travers la mise en œuvre de moyens de pression de nature politique, économique ou culturelle.

Le mot apparaît en français en 1920, en référence au combat de Mohandas Gandhi (1869-1948) pour la libération de l'Inde. Le nom même de Gandhi symbolise la non-violence au 20e siècle avec celui de Martin Luther King (1929-1968), leader du mouvement des droits civiques des noirs américains… La Communication Non Violente est une technique de communication fondée sur l’approche centrée de la personne et facilite la gestion de conflit. Elle est utilisée pour la résolution de problème relationnel. Une méthode a été mise au point dans les années 1960 par le psychologue Marshall B. Rosenberg3, celle-ci repose sur les besoins fondamentaux de tous les individus et en la capacité de chacun d’exercer de la bienveillance.

D’après l’article « La communication non violente : une approche équilibrée et constructive des relations au service des soignants et des patients »4, Il s'agit d'une démarche fondée sur la prise de conscience de ce qui facilite ou entrave la communication. Elle met l'accent sur l'écoute de ce qui se passe en soi instant par instant avant de s'exprimer ou d'aller vers l'autre. Le deuxième apport de la communication non violente est de désamorcer l'agressivité, de décoder ce que l'autre veut vraiment dire derrière des propos ou attitudes perçues de prime abord comme agressifs ou déplaisants.

La Communication Non Violente est de nature sociale. Pour M. L. Rouquette5, ce terme désigne d’une part la spécificité éventuelle de la pensée quand celle-ci prend pour objet la réalité sociale sous tel ou tel de ses aspects. Elle réfère d’autre part à l’intervention des facteurs sociaux dans la réalisation commune de la pensée. La communication sociale s’inscrit dans un processus d’échanges où les individus sont en liens directs avec les événements extérieurs produisant une modification interne. Ce type de communication implique une interaction sociale qui pour F. Raynal et A. Rieunier6 est une relation dynamique de communication et d’échanges d’informations entre deux individus ou entre plusieurs individus à l’intérieur d’un groupe. Cette approche relevant de la psychologie sociale conduit à définir cette relation réciproque comme n’étant pas toujours contrôlée, elle est parfois même involontaire et peut se situer à un niveau qui échappe à la conscience du sujet. La Communication Non Violente est une caractéristique de la communication soignant-soigné.

Enfin, pour Antoine  Bioy7, le lien relationnel est celui du soin, élément fondamental qui influence l’ensemble des échanges qui auront lieu dans la relation. Il s’agit bien d’un lien de nature professionnelle où chacun des protagonistes a une place bien précise. Cette relation implique deux sujets dont la position et les points de vue sont différents. Dans cette relation, les capacités de communication du soignant améliorent la satisfaction de la personne soignée, son acception au traitement et aux actes techniques, ainsi que la capacité du soignant à diagnostiquer (à raisonner) pour traiter les personnes soignées.

Communiquer sans violence n’est pas de tout repos. c’est une construction intellectuelle, interpersonnelle, langagière, fondée sur la volonté d’interagir sans certitudes déterminantes, sans jugement, pour dégager des pistes de réflexions assertives.

• Pour aller plus loin : Dortier, Jean-François et Zawieja, Philippe et al. L'empathie, jusqu'où se mettre à la place de l'autre ? Sciences humaines. N° 293, 2017/6. pp 1-45

Notes

  1. Chauvier Eric. Les mots sans les choses. Paris : Allia. 2014
  2. Semelin Jacques. Non-violence. Encyclopædia Universalis [en ligne]. 2015. Disponible à cette adresse : http://www.universalis.fr/encyclopedie/non- violence/
  3. Rosenberg Marshall-B et Rojzman Charles. Les mots sont des fenêtres, ou bien ils sont des murs : introduction à la communication non violente. Paris : La Découverte. 2e  éd. 2005.
  4. Molho P. et Mougeot C. La communication non violente : une approche équilibrée et constructive des relations au service des soignants et des patients. La Revue francophone de gériatrie et de gérontologie. Vol. 15, n°148, 09/2008. pp. 412-417.
  5. Rouquette Michel-Louis. La communication sociale. Paris : Dunod. 1998.
  6. Raynal F. et Rieunier A. Pédagogie, dictionnaire des concepts : apprentissages, formation, psychologie cognitive. Issy-les-Moulineaux : ESF. 1997.
  7. Bioy Antoine et Bourgeois Françoise et al. Communication soignant-soigné  : repères et pratiques. Paris : Bréal. 2003.
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Ingénieur pédagogiqueRédactrice Infirmiers.com

L'auteur

Christine Paillard est docteure en sciences du langage, diplômée en ingénierie pédagogique et titulaire d'une licence en information et communication. Ingénieure documentaire, elle accompagne les étudiants infirmiers à l'acquisition de compétences informationnelles pour remobiliser une démarche documentaire dans une logique professionnelle et universitaire.

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