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Rentrée 2026 : les étudiants infirmiers toujours exposés à une forte précarité

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Publié le 02/09/2026

Alors que les étudiants en sciences infirmières reprennent le chemin des instituts de formation, ils doivent s'acquitter de frais de rentrée qui pèsent toujours aussi lourd sur leur budget. Une situation que dénonce une fois de plus la Fédération nationale des étudiants en sciences infirmières, qui pointe pêle-mêle frais d'inscription et complémentaires, inflation et difficultés d'accès aux services universitaires...

salle de cours; étudiants, IFSI, professeur

Crédit photo : PHANIE/APHP-PSL-GARO

Question budget et précarité financière, la rentrée de septembre 2026 des étudiants en sciences infirmières (ESI) s’annonce-t-elle sous de meilleurs auspices que celle de 2025, marquée par des coûts d’inscription universitaire élevés ? Non, répond la Fédération nationale des ESI (FNESI) dans son enquête annuelle sur les coûts de la rentrée et leurs conséquences sur les conditions de vie et de formation des étudiants, qu’ils soient de premier ou de second cycle. En 2026, ces frais s’élèvent déjà en moyenne à 3 239 euros, avance ainsi la FNESI, qui s’appuie sur les chiffres de la Fédération des associations généralistes des étudiants (FAGE) englobant frais courants et frais spécifiques à la rentrée universitaire ; une somme en augmentation par rapport à 2025, où elle était estimée à 3 034 euros.  

Des frais complémentaires illégaux

Dans le calcul, entrent en effet encore et toujours des dépenses pédagogiques supplémentaires particulières aux étudiants infirmiers, évaluées cette année à 304 euros. Parmi lesquels 60,55 euros portés par les seuls achat et entretien des blouses nécessaires aux stages. Pourtant, s’agace la FNESI, ces frais complémentaires sont «illégaux», ce qui n'empêche pas 28 établissements de continuer à les pratiquer. C’est toutefois moins que l’estimation présentée l’année précédente, où la Fédération pointait des frais spécifiques aux tenues pouvant aller jusqu’à 100 euros. «Faire payer aux étudiant·e·s des frais que la réglementation interdit revient à créer une sélection par l'argent. L'accès à une profession essentielle ne peut dépendre des ressources financières des familles», s’indigne-t-elle.  

Quant aux bourses, censées justement gommer une partie de ces aléas financiers, elles demeurent encore trop souvent inaccessibles aux ESI ou leur sont versées en retard, car elles dépendent encore des régions. «Selon leur région d’études, les points de charge donnés aux critères d'attribution, les calendriers, les modalités de versement diffèrent, créant une véritable rupture d'égalité entre des étudiant·e·s préparant pourtant le même diplôme d'État», rappelle la Fédération. Or ces difficultés ont un impact sur leur vie quotidienne, notamment sur leur capacité à se loger. En mars 2026, la FNESI notait à partir des résultats d’une enquête menée plus largement par la FAGE que les ESI étaient particulièrement désavantagés lors de l’attribution des logements par le CROUS : seuls 2% de ceux qui en font la demande la voient aboutir, évaluait-elle. 

Des étudiants en spécialité tout aussi fragilisés

Les étudiants en spécialités infirmières ne sont guère mieux lotis. Ils font face à des frais obligatoires liés aux concours de sélection : 122 euros pour les infirmiers puériculteurs (IPDE), 125,62 euros pour les infirmiers anesthésistes (IADE), et 128,85 euros pour les infirmiers de bloc opératoire (IBODE). Seuls les étudiants infirmiers en pratique avancée, protégés par l’intégration universitaire de leur formation, en sont exemptés. S’y ajoutent «des frais de formation particulièrement élevés» ainsi que des frais d’inscription qui varient en fonction de la spécialité : 

  • 819 euros de frais d’inscription et 8 275 euros de frais de formation pour les IPDE, qui ne doivent toutefois pas s’acquitter des frais d’inscription en grade Master ni de ceux associés à la Contribution de la vie étudiante et de campus (CVEC), de 255 et 105 euros respectivement et appliqués aux futurs IADE et IBODE ; 

  • 651 euros de frais d’inscription et 7 286 euros de frais de formation pour les IADE ; 

  • 266 euros de frais d’inscription et 8 735 euros de frais de formation pour les IBODE. 

Soient des coûts globaux de formation qui représentent de véritables freins pour les candidats à ces études de second cycle. Car ils éprouvent de plus en plus de difficultés à faire financer leur parcours, ce qui les contraint souvent à mobiliser leurs ressources personnelles. «Dans ces situations, la charge financière repose directement sur l’étudiant·e, sans compter la perte ou la diminution de revenus parfois liée à l’entrée en formation», relève ainsi la FNESI. Elle n’est pas la première à s’inquiéter de cette situation. Dans son enquête annuelle auprès de ses établissements adhérents, le Comité d’entente des écoles des infirmiers anesthésistes relevait en mars dernier qu’une part croissante d’étudiants peinaient à trouver des financements. Si le cursus reste attractif et les effectifs, stables, les impacts se manifestent plutôt sur l’augmentation des reports d’entrée en formation.  

En découle également une inégalité d’accès à la formation, avec des renoncements non pas dus à un éventuel défaut de compétences, mais bien à des capacités financières insuffisantes, ajoute de son côté la FNESI. Un comble, regrette-t-elle, alors que les spécialités infirmières, tout comme le métier socle sont confrontés à des tensions démographiques et à des difficultés de recrutement face au manque de candidats formés. 

L'insuffisance des indemnités de stage pointée du doigt

Les choses ne s’arrangent guère par la suite. Malgré la réforme de la formation socle infirmière, les indemnités de stage n’ont pas été revalorisées et restent toujours insuffisantes. L’arrêté du 20 février 2026, qui fixe la durée totale des stages à 2 310 heures, en établit également les niveaux de rémunération sur une base de 35 heures par semaine : 

  • 36 euros par semaine en première année ; 

  • 46 euros par semaine en deuxième année ; 

  • 60 euros par semaine en troisième année. 

Soit bien loin des 4,40 euros, qui correspondent aux 15% du plafond horaire de la Sécurité sociale, appliqué dans les autres filières universitaires. «Rien ne justifie qu'un étudiant en sciences infirmières, qui participe quotidiennement à la prise en soin des patients et répond aux mêmes exigences d'assiduité, bénéficie d'une indemnisation près de trois fois inférieure aux étudiant·e·s des autres filières de l’enseignement supérieur», s’indigne la FNESi, d’autant plus que les ESI sont soumis à de fortes contingences qui rognent un peu plus leur budget (dont l’obligation de se déplacer entre domicile et lieux de formation et de stages, souvent très éloignés les uns des autres). 

Et pour les étudiants de second cycle, la charge est encore plus lourde. Futurs infirmiers anesthésistes (IADE), de bloc (IBODE), Infirmier(ère) Puériculteur(trice) (IPDE) et infirmier de pratique avancée (IPA) n’ont pas droit à d’éventuelles indemnités kilométriques ni de stage. 

Obstacle à l'attractivité du métier 

Logement, restauration, transport..., la plupart des coûts inhérents à la formation universitaire sont donc globalement à la charge seule des étudiants. Avec des conséquences que la FNESI dénonce chaque année : arbitrage forcé entre payer son logement, se nourrir et se soigner – selon la dernière enquête sur la santé des ESI, un tiers d’entre eux sautent au moins un repas par semaine, martèle-t-elle - dans un contexte d'inflation, et nécessité de travailler en parallèle des études. Des études dont le poids horaire s’est par ailleurs alourdi avec le nouveau référentiel ; en comptant le temps de travail personnel, la charge de travail est ainsi estimée entre 4 620 et 5 400 heures sur trois ans. En découlent épuisement, difficultés de concentration, stress, troubles du sommeil, voire une « fragilisation de l’état de santé général », qu’il soit physique ou psychique, liste la Fédération. 

Or certains de ces problèmes pourraient être résolus assez simplement, en facilitant l’accès aux services étudiants. Mais près de 7 ans après les débuts de l’intégration universitaire de la formation infirmière, celle-ci demeure mal établie et surtout très hétérogène sur le territoire national. Et les étudiants infirmiers continuent de souffrir de l’éloignement des services de l’université et de leurs horaires peu adaptés à leurs contraintes.  

En l’état, la précarité financière s’érige désormais comme «un véritable facteur d’abandon des études en sciences infirmières» et un obstacle à l’attractivité du métier infirmier, tacle la FNESI. Qui conclut : «Derrière chaque étudiant·e obligé de renoncer, c’est un·e professionnel·le de santé qui manquera auprès des patient·e·s. Cette situation doit désormais être considérée pour ce qu’elle est : une véritable question de santé publique.» 


Source : infirmiers.com