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Hypnose aux urgences : "moins de chimie, un gain de temps"

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Douleur

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Les urgences paraissent être un environnement hostile à première vue, un lieu rempli de colère, de douleur et d’angoisse. Les tensions y sont permanentes et les principales agressions et plaintes sont liées à un problème essentiel de communication, voire à l’absence de communication. L'utilisation de l'hypnose aux urgences nous apprend à réhumaniser les soins, améliorer la relation médecin/patient et surtout apporte un bien-être dans un domaine très négligé, le confort du soignant.

Hypnose et neurosciences

urgences, hôpital

Il est indéniable que la pratique de l’hypnose aux urgences par le soignant lui apporte un confort dans un domaine très négligé qu’est son bien-être et son épanouissement aussi bien privé que professionnel.

Les techniques d’imagerie actuelles ont permis d’améliorer notre compréhension de la douleur. La caméra à positrons, la résonance magnétique​ ​nucléaire fonctionnelle (RMNF), ainsi que l’étude des potentiels évoqués en réponse à des stimuli douloureux montrent que la douleur s’accompagne de l'activation d'un réseau de structures cérébrales incluant le thalamus, le cortex somato-sensoriel primaire et secondaire, l'insula et le cortex cingulaire antérieur1. Parallèlement, plusieurs études d'imagerie cérébrale fonctionnelle démontrent que des suggestions hypnotiques d'analgésie produisent une diminution significative de l'activité de ces régions ​2,3,4,5,6. Ainsi, ​Rainville et Price​ ont montré que des suggestions visant spécifiquement l'intensité sensorielle de la douleur peuvent affecter l'activité dans le cortex somato-sensoriel primaire, alors que des suggestions visant à atténuer spécifiquement le désagrément de la douleur agissent spécifiquement sur le cortex cingulaire antérieur, traditionnellement associé aux émotions ​7,8,9,10,11​. L'hypnose est donc susceptible d'entraîner des modifications sensorielles et émotionnelles.

Pourquoi l’hypnose aux urgences en particulier ?

En 2017, la Société Française de Médecine d’Urgence (SFMU) s’est positionnée en recommandant l’hypnose thérapeutique comme technique complémentaire adapté aux soins d’urgences : Pourtant, l’hypnose semble réunir toutes les conditions d’une technique idéale pour les urgences en termes de sécurité, de rapidité et de coût/efficacité ; …une technique qui ne se substitue pas aux traitements antalgiques médicamenteux, mais intervient en complément de ces dernières avec pour objectif l’amélioration de la qualité des soins aux urgences.

Premièrement, c’est un excellent moyen de communication notamment auprès d’un patient en détresse dans un contexte d’urgence ressentie. Deuxièmement, c’est un outil qui permet aux soignants de rajouter du confort personnel dans leur travail. Troisièmement, les urgences sont l’endroit idéal pour pratiquer, les résistances des patients y sont au plus bas. La croyance du patient en l’hypnose n’est pas un prérequis à son adhésion. Cette technique est efficace tant sur la douleur et le stress que nous ayons à réaliser un geste technique ou pas (pose de voie veineuse périphérique par exemple)12.  Les indications sont les suivantes :

  • les réductions de fractures et de luxation d’articulations ;
  • les sutures ;
  • les ponctions lombaires, pleurales, veineuses... ;
  • les drains thoraciques ;
  • gestion du stress et de la douleur en toutes circonstances en pré-hospitalier (ex : coronarien, polytraumatisé…) et dans le service ;
  • gestion du stress de l’appelant au centre 15. 

Les contre-indications sont les suivantes : 

  • pathologies psychiatriques décompensées ; 
  • prise de toxiques (alcool, stupéfiants, sédatifs…). 

La communication hypnotique

Les urgences paraissent être un environnement hostile à première vue, un lieu rempli de colère, de douleur et d’angoisse. Les tensions y sont permanentes et les principales agressions et plaintes sont liées à un problème essentiel de communication, voire à l’absence de communication. Cet outil nous apprend à réhumaniser les soins, améliorer la relation médecin/patient et surtout apporte un bien-être dans un domaine très négligé, le confort du soignant. Il faut donc éviter le plus possible les termes négatifs et adopter une position basse en terme de ton de la voix, de posture et de vocabulaire employé, faites parler l’humain que vous êtes, ici et maintenant.

L’utilisation de la communication hypnotique est essentielle au centre d’appel d’urgence le 15. Cela nous permet de rassurer efficacement l’interlocuteur pour recueillir les informations indispensables afin d’évaluer la situation, pour qu’il nous écoute efficacement si des gestes de secours sont nécessaires tel le massage cardiaque, la mise en PLS des patients comateux, le refroidissement d’une brûlure, la compression d’une plaie qui saigne... Des séances d’hypnose formelle très courtes peuvent également être effectuées pour gérer les crises d’angoisse qu’elle que soit la gravité de la situation. 

Comme le pensait Erickson, les patients sont vraiment un réservoir de ressources et nous sommes simplement là pour les aider à les faire émerger. 

Hypnose formelle pour accompagner des gestes douloureux anxiogènes

Il est important d’éviter d’annoncer le déroulé des soins avec toutes les connotations négatives en relation avec la douleur, et bien au contraire d’en parler de manière rassurante, en employant des termes bienveillants, positifs. Dans un article de Pain datant de décembre 2005, intitulé ​Les mots peuvent-ils blesser ?, Elvira V. Lang, médecin au Département de Radiologie de l’hôpital de Beth Israël à Boston (MA, USA), note que la description des procédures invasives en terme de douleur ou d’expérience désagréable est susceptible de générer douleur et anxiété chez les patients. Ainsi, décrire une procédure en termes de douleur ou d’événements indésirables accroît la sensation de douleur ou d’anxiété. E. Lang conclut à la nécessité de mieux comprendre comment la manière de communiquer influence les patients. Fort de ce constat, nous décrivons comment il est possible d’adapter notre communication verbale et corporelle pour améliorer le confort moral et physique des patients confrontés à une expérience souvent négative émotionnellement dans le monde du soin.13

Préférez dire au patient : Soyez rassuré, je vous pose une perfusion, ce ne sera pas agréable et cela va bien se passer à la place de : Ne vous inquiétez pas, je vais piquer, ça va faire mal... Evitez les mots à connotation négative dans l’annonce du déroulé des soins. Comme le pensait Erickson, les patients sont vraiment un réservoir de ressources et nous sommes simplement là pour les aider à les faire émerger. Depuis l’utilisation de l’hypnose, je peux constater que nous avons la reconnaissance des patients, chose qui est très rare aux urgences compte tenu du contexte hostile et qui bien souvent fruste les soignants. Nous permettons aux patients de vivre une expérience unique et très personnelle dans un endroit pas très accueillant et qui, par l’intermédiaire des ancrages, leur permettra de se replonger dans cet état, une fois rentrés chez eux, lorsqu’ils en auront besoin, car l’apprentissage de l’autohypnose est facilité par le contexte de l’urgence ressentie. Pour ceux qui pratique l’hypnose en consultation, chose est de constater que l’apprentissage de l’autohypnose est bien plus long qu’en situation aiguë. Concernant les enfants, au-dessus de 7 ans environ, en fonction de la maturité de l’enfant, l’hypnose formelle peut être largement utilisée. En dessous de 7 ans, mieux vaut préférer la distraction en utilisant la complicité des parents.

Aux urgences, la communication hypnotique est utilisée tous les jours, l’hypnose formelle lorsque l’occasion se présente et l’auto hypnose pour s’apaiser.

Hypnose ou auto hypnose, le bénéfice pour les soignants

Il est indéniable que la pratique de l’hypnose aux urgences par le soignant lui apporte un confort dans un domaine très négligé qu’est son bien-être et son épanouissement aussi bien privé que professionnel. Les situations de conflits avec les patients ou les collègues ne sont plus une source d’anxiété et de stress. Lorsque nous vivons des situations dramatiques, comme le décès de patients jeunes dans des circonstances traumatiques ou bien la mort subite du nourrisson, il est important de disposer de cet outil pour nous aider à purger notre stress ou bien à en faire bénéficier nos collègues. En conclusion, aux urgences, la communication hypnotique est utilisée tous les jours, l’hypnose formelle lorsque l’occasion se présente et l’auto hypnose pour s’apaiser.

Creative Commons License

Nazmine GULERMédecin urgentisteCentre hospitalier régional universitaire de Metz-Thionville, hôpital de Mercyn.guler@chr-metz-thionville.fr

Notes

  1. Crawford HJ, Knebel T, Kaplan L, et al: Hypnotic analgesia: 1. Somatosensory event-related potential changes to noxious stimuli and 2. Transfer learning to reduce chronic low back pain. Int J Clin Exp Hypn 1998; 46: 92-132. 
  2. Faymonville ME, Laureys S, Degueldre C, DelFiore G, Luxen A, Franck G, et al. Neural mechanisms of antinociceptive effects of hypnosis. Anesthesiology. 2000 Mai; 92(5):1257-1267.
  3. Hofbauer RK, Rainville P, Duncan GH, Bushnell MC. Cortical representation of the sensory dimension of pain. J. Neurophysiol. 2001 Jul ;86(1):402-411.
  4. Rainville P, Duncan GH, Price DD, Carrier B, Bushnell MC. Pain affect encoded in human anterior cingulate but not somatosensory cortex. Science. 1997 Aug 15;277(5328):968-971. 
  5. Wik, Fischer, Bragée, Finer, Fredrikson. Functional anatomy of hypnotic analgesia: a PET study of patients with fibromyalgia. Eur J Pain. 1999 Mar ; 3(1) :7-12.
  6. Willoch F, Rosen G, Tölle TR, Oye l, Wester HJ, Berner N, et al. Phantom limb pain in the human brain: unraveling neural circuitries of phantom limb sensations using positron emission tomography. Ann. Neurol. 2000 Déc; 48(6):842-849.
  7. Rabkin SW, Boyko E, Shane F, Kaufert J. A randomized trial comparing smoking cessation programs utilizing behaviour modification, health education or hypnosis. Addict Behav. 1984 ;9(2) :157-173.
  8. Rainville P, Carrier B, Hofbauer RK, Bushnell MC, Duncan GH. Dissociation of sensory and affective dimensions of pain using hypnotic modulation. Pain. 1999 Aug ;82(2):159-171.
  9. Rainville P. Hypnosis and the analgesic effect of suggestions. Pain. 2008 Jan ; 134(1-2) :1-2.
  10. Price DD, Barrell JJ, Rainville P. Integrating experiential-phenomenological methods and neuroscience to study neural mechanisms of pain and consciousness. Conscious Cogn. 2002 Déc ; 11(4) :593-608.
  11. Price DD. Hypnotic analgesia: Psychological and neural mechanisms. Dans: Hypnosis and Suggestion in the Treatment of Pain: A Clinical Guide. New York : Norton ; 1996. p.67-84.
  12. Ulman LS, Chambers CT, McGrath PJ, and Kisely S. A systematic review of randomized controlled trials examining psychological interventions for needle-related procedural pain and distress in children and adolescents: an abbreviated Cochrane review. J Pediatr Psychol 2008; 33:842-54
  13. Can words hurt? Patient-provider interactions during invasive procedures
    Pain, 2005, n°114, pages 303-309

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