Plaies chroniques : un livre blanc au plus près du terrain pour éclairer infirmiers et décideurs

Publié le 29/07/2026

Un livre blanc destiné aux professionnels de santé qui prennent en charge des patients porteurs de plaies chroniques et/ou complexes ainsi qu’aux pouvoirs publics redéfinit les parcours de soins. À travers la déclinaison de situations concrètes, le groupe d’experts-rédacteurs y propose «une aide à la décision pour venir en appui aux pratiques médicales et paramédicales de premier recours» ainsi qu'une meilleure organisation de la prise en charge des patients pour éviter des complications la plupart du temps évitables.

Prise de température par un infirmier libéral chez une personne âgée

Crédit photo : BURGER/PHANIE

«Ce livre blanc est parti d'une inquiétude», observe le Dr Luc Téot, président de la Société Française et Francophone des Plaies et Cicatrisations et l'un des auteurs de ce livre blanc consacré aux plaies chroniques et/ou complexes. Cette crainte concernait la loi Rist de mai 2023 qui prévoyait l'élargissement des compétences paramédicales, avec des infirmiers qui peuvent désormais «prendre en charge la prévention et le traitement de plaies et prescrire des examens complémentaires et des produits de santé». «Dans nos sociétés savantes (médicales, de dermatologie, de diabétologie), ça a beaucoup remué», avoue le médecin. 

En discutant avec les groupes infirmiers en charge de la rédaction des arrêtés et des décrets pourtant, tous en sont arrivés à la conclusion que cette orientation était une réelle avancée, et même «une innovation extrêmement positive», dès lors que les infirmiers sont formés en conséquence. Ce savoir autour de la prise en charge des plaies est justement tout l'objet de ce livre blanc, rédigé «début 2026, au moment où les évolutions de notre système de santé français ces dernières années peuvent constituer une chance : mise en place de la formation d’infirmier en pratique avancée, réorganisation de la coordination des parcours (France Santé, Communauté professionnelle territoriale de santé...), réforme de la loi infirmière sur la prise en charge des plaies, réforme des études infirmières avec discussion en cours des modalités d’enseignement de la prise en charge des plaies chroniques, réforme des études médicales dans un contexte de désertification médicale...», note son préambule. 

Revue de détail de situations rencontrées

Ce livre blanc d'une trentaine de pages, plus des annexes, s'attache ainsi à décrire des situations précises : définition des types de plaies, signes d'alerte (avec la nécessité d'une prise en charge urgente -en moins de 24h- ou bien dans la semaine...), les principes et les spécificités de la prise en charge de la plaie ou encore un point sur l'interdisciplinarité et l'expertise autour de la plaie et la redéfinition du rôle de chaque intervenant. Le document détaille également le profil des formations infirmières et médicales requises en plaies et cicatrisation et les différents lieux d'adressage ou les dispositifs existants vers lesquels orienter les patients ( centres de cicatrisation, structures hospitalières, dispositif Domoplaies*, consultations plaies...).

«La plaie, ce n'est pas connue», rappelle Marion Mourgues, membre de la Société Française et Francophone des Plaies et Cicatrisations et également co-rédactrice du livre blanc. «Ce n'est pas une pathologie dont on parle, l'escarre, les orteils nécrosés etc., c'est caché sous des pansements, avec une moyenne d'âge des patients concernés qui tourne autour de 84 ans. Il y avait aussi cet enjeu dans la nécessité d'apporter du détail. Car, en termes de qualité de vie, la plaie a des conséquences lourdes et limite la mobilité».

La plaie qui ne cicatrise pas au cœur des préoccupations 

«Ce qui inquiétait nos collègues c'était le parcours de la plaie qui se détériore ou qui ne cicatrise pas», souligne le Dr Téot. Le problème est-il vasculaire, cardiovasculaire, nutritionnel, cancéreux ? Tous les obstacles à la cicatrisation font appel à des mesures médicales. «On s'est alors aperçu qu'il était nécessaire d'aider l'infirmier qui s'en occupe, de manière à ce qu'il ne se retrouve pas dans une situation clinique ou médico-légale problématique. Le livre blanc est parti de ces constatations.» 

«Une sous-évaluation du risque, un défaut de connaissances et de formation des professionnels de santé médicaux et paramédicaux à la problématique des plaies chroniques et une approche basée uniquement sur la plaie plutôt que sur une prise en charge holistique du patient, dans son diagnostic comme dans sa prise en charge, constituent une perte de chance de cicatrisation pour le patient porteur de plaie», peut-on ainsi lire sous la plume des rédacteurs du livre blanc. «L’absence de recours suffisamment précoce à des équipes expertes constitue également un enjeu important. Ces équipes sont pourtant en mesure de proposer une prise en charge véritablement multidisciplinaire et de proposer un plateau technique adapté (détersion spécialisée, techniques de greffe, stratégies avancées de cicatrisation), permettant d’optimiser le parcours de soins

«Deux millions de personnes sont concernées par les plaies chroniques ou complexes en France et on est dans le brouillard total sur le plan de la prise en charge. Qui s'occupe des pieds ? Peut-être le dermato ? Non, le médecin vasculaire ? Il y a une errance totale et il faut organiser les choses», assure le Dr Téot. 

L'infirmier, premier recours qui doit être formé 

Dans ce travail au plus près du patient, l'infirmier a tout son rôle à jouer, en complémentarité avec les autres professionnels de santé, et notamment le médecin. «L'infirmier est souvent le premier et même le seul à voir la plaie», rappelle Marion Mourgues. «C'est lui qui passe chez le patient à 6h du matin, lui qui fait le pansement (tandis que le médecin voit la plaie au cours d'une visite à domicile de plus en plus rare ou, lorsque le patient est mobilisable, au cabinet). C'est donc bien l'infirmier qui est en première ligne. De plus, ce sont des patients porteurs de pathologies chroniques et l'infirmier passe chez eux pour autre chose que pour la plaie, pour le suivi d'un diabète, la tension..., ce qui, là encore, fait de lui un interlocuteur privilégié». Cet acteur précieux doit néanmoins être formé à la surveillance, au repérage de signes d'alerte lorsque la plaie n'évolue pas dans le bon sens et avoir des réflexes experts. 

«Les sociétés savantes avaient la volonté de dire : les instances politiques ont fait leur part en donnant de nouvelles compétences aux infirmiers», explique Marion Mourgues, «mais derrière, ça doit passer par de la formation et c'est pourquoi, dans les annexes, tout un travail a été mené sur les alertes, des red flags (drapeaux rouges) sur la plaie, sur la question de savoir quand l'infirmier doit adresser ce patient... ». En effet, l'inquiétude autour de la loi Rist est aussi symptomatique du constat d'un retard de prise en charge de ces patients dans les centres de cicatrisation. «On a des amputations évitables, des hospitalisations, des passages aux urgences évitables - et d'une réflexion : si on augmente les capacités du premier recours sans former les professionnels, on a ce risque d'avoir des prises en charge catastrophiques, avec une perte de chance. Ce livre blanc représente donc aussi une alerte au pouvoir politique qui vise avant tout à faire connaître la plaie. Il faut s'appuyer sur les centres de cicatrisation, qui ont le mérite d'exister, les connaître et être au clair sur les trajectoires des patients». 

Alors que la refonte des études infirmières au niveau du ministère de l'Éducation Nationale est en cours, un MOOC (Massive Open Online Course) édité par le ministère, et auquel ont participé les sociétés savantes, sera disponible à la rentrée pour les Instituts de formation en soins infirmiers (IFSI). Il devrait fixer les grands objectifs, notamment en termes de plaies chroniques et complexes.

Pour en savoir plus : 

Plaies et cicatrisation, une discipline méconnue. Livre Blanc élaboré par les acteurs médicaux et infirmiers des sociétés savantes prenant en charge des plaies chroniques et/ou complexes Juin 2026. 

* Dispositif régional d’expertise et de coordination en plaies et cicatrisation (Domoplaies) est un dispositif de coordination spécialisé dans l’expertise, la téléconsultation assistée et la télé-assistance pour la prise en charge de plaies chroniques ou complexes (escarres, ulcères, plaies diabétiques, vasculaires, etc.). Initié en 2011 par les réseaux Cicat-Occitanie et le Grades Normand’e-Santé, le projet visait à optimiser la prise en charge des plaies via une coordination à distance entre soignants‑non‑experts (infirmiers libéraux, médecins généralistes, EHPAD, HAD…) et centres experts via une tablette et webcam. Il s’inscrit aujourd’hui dans le cadre de l'expérimentation "Article 51", menée depuis 2020 en Occitanie, avec plus de 21 000 téléconsultations, plus de 16 000 plaies évaluées et plus de 11 000 patients accompagnés à ce jour, rien qu’en Occitanie.

La Rédaction d'Infirmiers.com

Source : infirmiers.com