Ce guide a été mis en ligne par la Délégation interministérielle à la stratégie nationale pour les troubles du neurodéveloppement (autisme, dys, TDAH, TDI), avec l’appui de la Mission interministérielle de lutte contre les drogues et les conduites addictives (MILDECA). Il «vise à renforcer les compétences des professionnels, à favoriser une culture commune entre les champs de l’addictologie et des troubles du neurodéveloppement et à soutenir des pratiques fondées sur les recommandations scientifiques et les besoins réels des personnes», déclare Stéphanie Rist, la ministre de la Santé, en introduction du document.
Les personnes atteintes de TDAH particulièrement exposées aux addictions
Touchant 5% de enfants et adolescents et 3% des adultes, et souvent diagnostiqués plus tardivement chez les filles, la TDAH a des conséquences, parfois sévères, sur la vie des personnes qui en souffrent et sur leur entourage, contextualise-t-il. Or ils sont associés à diverses comorbidités neurodéveloppementales, psychiatriques et médicales générales tout au long de la vie. Parmi lesquelles une association «particulièrement fréquente» avec les addictions. Une étude publiée en 2025 dans les Annales Médico-psychologiques, revue psychiatrique concluait ainsi que «le TDAH est identifié chez 23% des porteurs d’addiction avec substances et jusqu’à 40% en cas d’addiction sans substance. De même, la prévalence des addictions avec et sans substance atteint 50% chez les porteurs de TDAH.»
Par ailleurs, «l’absence de diagnostic ou de prise en charge d’un TDAH constitue pour l’individu un facteur majeur de vulnérabilité aux troubles addictifs. L’impulsivité, la recherche de sensation, et la dysrégulation émotionnelle souvent associées au TDAH favorisent d’autant plus l’initiation précoce et l’évolution vers une addiction, dont l’évolution est plus péjorative qu’en l’absence de TDAH», insiste le guide, soulignant que les symptômes de ce trouble peuvent aggraver les comportements addictifs, quand, vice-versa, l’usage de substances addictives masque ou, à l’inverse, exacerbe ces symptômes. Aussi «cette intrication entre troubles addictifs et TDAH» requiert-elle «un repérage systématique» du TDAH chez les patients déjà suivis en addictologie, ainsi qu’une «approche intégrée spécifique».
Le guide s’articule ainsi autour de 3 objectifs prioritaires :
- Améliorer le repérage du TDAH chez les personnes concernées par des troubles addictifs;
- Favoriser des parcours de soins coordonnés et décloisonnés entre les professionnels de l’addictologie et ceux du neurodéveloppement ;
- Diffuser des repères fondés sur les recommandations scientifiques et les bonnes pratiques professionnelles.
Quels outils pour repérer le TDAH en addictologie ?
Le repérage passe notamment par deux outils essentiels, l’Adult Self Report Scale (ASRS-18), une échelle développée par l’Organisation mondiale de la santé reposant sur un questionnaire pour détecter de potentiels symptômes de TDAH, et la Wender Utah Rating Scale (WURS-25), qui permet de reconstituer le profil historique des symptômes chez l’adulte, en les recueillant de manière rétrospective à partir de l’enfance. Le guide recommande également d’organiser des entretiens individuels réguliers, dès lors que les consommations sont suffisamment stables/réduites pour permettre «l’exploration du fonctionnement actuel et rétrospectif» chez le patient. «Les informations doivent être recueillies auprès du patient lui-même, mais l’apport de personnes de l’entourage qui le connaissaient enfant ou le connaissent actuellement peut s’avérer très utile», est-il précisé.
Dans la prise en charge, associer thérapies médicamenteuses et non-médicamenteuses
Concernant la prise en charge, les soins du TDAH sont souvent multimodaux et multidisciplinaires, avec des stratégies à la fois médicamenteuses et non-médicamenteuses. Les professionnels en addictologie sont invités à être particulièrement vigilants afin de repérer, chez les patients ayant des modes de consommation de substances addictives dangereux – stimulants fumés, en intra-veineux –, les interactions entre ces dernières et les médicaments et à l’apparition d’événements graves liées aux caractéristiques de ces usages. Pour réduire les risques, «une initiation des médicaments en milieu hospitalier pourra être proposée, renforçant la nécessité de compléter l’autonomie des centres d’addictologie dans le suivi des personnes avec TDAH par un réseau de soins spécialisé», propose le guide. De plus, la primo-prescription n’étant pas autorisé pour les addictologues, les structures d’addictologie qui ne disposent pas de psychiatre doivent en solliciter un qui puisse à la fois confirmer le diagnostic de TDAH et mettre en place le traitement. Enfin, il faut encourager l’association entre stratégies médicamenteuses et mesures non-médicamenteuses (psycho-éducation pratiquée en groupe ou en individuel, thérapies cognitivo-comportementales intégrées de troisième vague), qui a fait ses preuves mais qui demeure encore sous-exploitée.
Ce guide s’inscrit dans un mouvement plus vaste qui, dans les centres de soin, d’accompagnement et de prévention en addictologie (CSAPA) et la filière d’addictologie, améliore le repérage du TDAH et la compréhension de son lien avec les conduites addictives. «L’enjeu actuel est désormais d’encourager l’ensemble des professionnels à s’investir pleinement dans l’accompagnement des personnes concernées, en développant la psychoéducation et en s’impliquant dans la primo-prescription ou le renouvellement des traitements indiqués dans le TDAH», conclut Étienne Pot, délégué interministériel à la stratégie nationale pour les troubles du neurodéveloppement, et Nicolas Prisse, président de la MILDECA.
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