SANTÉ MENTALE

Un Français sur deux en souffrance psychique ne se confie à personne

Publié le 26/03/2026

Selon une étude de Santé publique France, une large part des personnes confrontées à des difficultés psychologiques garde le silence. Un phénomène particulièrement marqué chez certains profils, dans un contexte de dégradation globale de la santé mentale depuis la crise sanitaire.

jeune, assis contre un mur gris et blanc

Parler de sa souffrance reste loin d’être acquis. D’après une étude publiée par Santé publique France, près d’une personne sur deux ayant ressenti un mal-être au cours des douze derniers mois affirme ne s’être confiée à personne, ni à un proche ni à un professionnel de santé.

Ces résultats sont issus de l’enquête CoviPrev, lancée en 2020, dont une analyse récente s’appuie sur un échantillon de 2 919 individus ayant déclaré des difficultés psychologiques en 2022 et 2023. Parmi eux, 49 % indiquent n’avoir engagé aucune démarche de parole, un chiffre qui traduit l’ampleur du non-recours en matière de santé mentale.

Des inégalités marquées face à la parole

L’étude met en évidence des écarts significatifs selon les profils. Les hommes âgés de plus de 65 ans apparaissent parmi les plus silencieux face à leurs difficultés. Les personnes présentant un état dépressif sont également nombreuses à ne pas s’exprimer, tout comme celles vivant en milieu rural ou issues de catégories ouvrières.

Ces disparités renvoient à des réalités sociales et territoriales bien identifiées : isolement, accès limité aux ressources de soins ou encore poids des représentations autour de la santé mentale. Dans certains contextes, la parole reste difficile à mobiliser, y compris lorsque la souffrance est installée.

Des recours encore centrés sur les proches et les soignants

À l’inverse, un peu plus de la moitié des personnes concernées déclarent avoir parlé de leurs difficultés. Lorsqu’elle existe, cette parole se tourne en priorité vers les professionnels de santé, puis vers l’entourage proche, notamment la famille. Les amis constituent également un relais, tandis que les collègues de travail sont plus rarement sollicités. D’autres canaux émergent, comme les lignes d’écoute, les associations ou encore les réseaux sociaux, qui offrent des espaces alternatifs d’expression.

Cependant, ces démarches restent socialement différenciées. Les cadres et professions intellectuelles supérieures sont plus nombreux à s’exprimer, de même que les personnes se percevant en situation financière favorable. Les jeunes, les femmes et les personnes en emploi apparaissent également plus enclins à partager leur mal-être.

Un contexte post-Covid toujours préoccupant

Ces constats s’inscrivent dans un contexte plus large de dégradation de la santé mentale depuis la pandémie. «La pandémie de Covid-19 a fortement altéré la santé mentale des populations», souligne l’étude, rappelant une hausse importante des troubles anxieux et dépressifs à l’échelle internationale. En France, cette tendance est particulièrement marquée chez les jeunes adultes. La fréquence des épisodes dépressifs a fortement progressé chez les 18-24 ans en quelques années, confirmant l’impact durable de la crise sanitaire sur cette tranche d’âge.

Face à ces données, les auteurs insistent sur la nécessité de «faciliter la parole» et de lutter contre la stigmatisation. L’enjeu est d’encourager le recours aux dispositifs existants, tout en ciblant les publics les moins enclins à s’exprimer. Dans un système de santé déjà sous tension, la capacité à parler de ses difficultés apparaît comme un premier levier d’accès aux soins. Reste à lever les freins qui, aujourd’hui encore, maintiennent une part importante de la population dans le silence.

Accéder à l'étude de Santé publique France

La Rédaction d'Infirmiers.com avec l'AFP

Source : infirmiers.com