Parler de sa souffrance reste loin d’être acquis. D’après une étude publiée par Santé publique France, près d’une personne sur deux ayant ressenti un mal-être au cours des douze derniers mois affirme ne s’être confiée à personne, ni à un proche ni à un professionnel de santé.
Ces résultats sont issus de l’enquête CoviPrev, lancée en 2020, dont une analyse récente s’appuie sur un échantillon de 2 919 individus ayant déclaré des difficultés psychologiques en 2022 et 2023. Parmi eux, 49 % indiquent n’avoir engagé aucune démarche de parole, un chiffre qui traduit l’ampleur du non-recours en matière de santé mentale.
Des inégalités marquées face à la parole
L’étude met en évidence des écarts significatifs selon les profils. Les hommes âgés de plus de 65 ans apparaissent parmi les plus silencieux face à leurs difficultés. Les personnes présentant un état dépressif sont également nombreuses à ne pas s’exprimer, tout comme celles vivant en milieu rural ou issues de catégories ouvrières.
Ces disparités renvoient à des réalités sociales et territoriales bien identifiées : isolement, accès limité aux ressources de soins ou encore poids des représentations autour de la santé mentale. Dans certains contextes, la parole reste difficile à mobiliser, y compris lorsque la souffrance est installée.
Des recours encore centrés sur les proches et les soignants
À l’inverse, un peu plus de la moitié des personnes concernées déclarent avoir parlé de leurs difficultés. Lorsqu’elle existe, cette parole se tourne en priorité vers les professionnels de santé, puis vers l’entourage proche, notamment la famille. Les amis constituent également un relais, tandis que les collègues de travail sont plus rarement sollicités. D’autres canaux émergent, comme les lignes d’écoute, les associations ou encore les réseaux sociaux, qui offrent des espaces alternatifs d’expression.
Cependant, ces démarches restent socialement différenciées. Les cadres et professions intellectuelles supérieures sont plus nombreux à s’exprimer, de même que les personnes se percevant en situation financière favorable. Les jeunes, les femmes et les personnes en emploi apparaissent également plus enclins à partager leur mal-être.
Un contexte post-Covid toujours préoccupant
Ces constats s’inscrivent dans un contexte plus large de dégradation de la santé mentale depuis la pandémie. «La pandémie de Covid-19 a fortement altéré la santé mentale des populations», souligne l’étude, rappelant une hausse importante des troubles anxieux et dépressifs à l’échelle internationale. En France, cette tendance est particulièrement marquée chez les jeunes adultes. La fréquence des épisodes dépressifs a fortement progressé chez les 18-24 ans en quelques années, confirmant l’impact durable de la crise sanitaire sur cette tranche d’âge.
Face à ces données, les auteurs insistent sur la nécessité de «faciliter la parole» et de lutter contre la stigmatisation. L’enjeu est d’encourager le recours aux dispositifs existants, tout en ciblant les publics les moins enclins à s’exprimer. Dans un système de santé déjà sous tension, la capacité à parler de ses difficultés apparaît comme un premier levier d’accès aux soins. Reste à lever les freins qui, aujourd’hui encore, maintiennent une part importante de la population dans le silence.
PROFESSION INFIRMIÈRE
La réforme infirmière globalement bien accueillie mais attendue impatiemment sur le terrain
INTERNATIONAL
15 pays unis dans la lutte contre l’alcoolisation fœtale
ONCOLOGIE
Une collaboration IPA/infirmier libéral optimise le suivi des plaies tumorales
PRIX DE LA RECHERCHE EN SCIENCES INFIRMIÈRES
Quand la logistique booste la qualité de vie au travail