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Edito - L'infirmier(e) du futur : cap sur 2030 !

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Compétences infirmières

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Nous sommes en 2018 et la profession infirmière n'est pas vraiment au top de sa forme. Depuis plusieurs années maintenant les préoccupations demeurent et même s'aggravent. Souffrance au travail et quête de reconnaissance vont de pair et les infirmier(e)s ne voient pas d'où pourrait venir le salut. Une récente enquête menée par la MACSF sur "L'infirmière du futur" nous projette en 2030 avec quelques enseignements qu'il est essentiel de partager ici. Responsabilités, innovations techniques, robotisation, relation au patient... voici ce qu'il faut en retenir. Réjouissons-nous de constater que la qualité de la relation soignant/soigné reste au coeur des priorités professionnelles des infirmiers et en 2030 plus que jamais !

robot, technologie

Les infirmiers sont 78% à penser que les robots ne pourront pas les aider à réaliser certains actes comme les prises de sang par exemple...

L'infirmier(e) du futur ? Cap sur 2030 donc - et ce n'est pas si loin - sans oublier d'inclure les quelques 12% d'hommes qui exercent cette noble profession (!)1. Cette étude menée en novembre 20172 par la mutuelle MACSF a donc pour objectif de présenter la profession infirmière et ses évolutions en 2030, avec notamment l’impact du digital qui transforme le métier et ce, quel que soit le mode d’exercice. Les questions en découlent naturellement : quel sera le rôle de l’infirmière de demain dans le parcours de soins et avec quelles responsabilités ? Comment les innovations techniques vont-elles transformer le métier ? Comment travailleront les infirmières du futur ? Quelles sont les innovations impactantes ?

L'infirmier(e) du futur ? Cap sur 2030 ! C'est déjà demain !

Responsabilité et champ d'exercice

Sur la question de la responsabilité, ils sont 91% à penser qu'ils en auront plus et 93% à souligner que leur responsabilité sera plus engagée que maintenant. Nicolas Gombaut, Directeur du risque médical et de la protection juridique à la MACSF argumente ces résultats. De manière générale, la responsabilité infirmière recouvre l’ensemble des situations dans lesquelles une infirmière peut être appelée à répondre de ses actions ou de ses omissions du fait de ses obligations ou de son exercice professionnel. Or en pratique, il n’existe pas « une » mais « trois » responsabilités répondant à des principes et des buts différents. Pour l’infirmière, soucieuse d’évaluer les risques liés à sa pratique, il est essentiel d’en percevoir les contours. En effet, selon que l’objectif de la mise en cause vise soit à indemniser un patient, à réprimer un comportement jugé dangereux pour la société ou à sanctionner un manquement disciplinaire, la responsabilité engagée sera tantôt civile, pénale et/ou disciplinaire.

Cela est important de le rappeler car 92% des infirmiers pensent également qu'en 2030 le travail de coordination fera partie intégrante de leur quotidien. Il s'agira alors de faire le lien avec le médecin traitant - ce qui est dèjà le cas aujourd'hui pour les infirmiers qui exercent en secteur libéral -, de passer des appels au domicile des patients pour prendre des nouvelles en post-opératoire - le raccourcissement des durées de séjours hospitaliers et le virage ambulatoire l'exigent déjà actuellement, même si ce n'est pas toujours officiellement formalisé - et enfin réaliser des soins à domicile. Là encore, et les infirmiers libéraux sont les premiers à le dire, ils constatent tous les jours davantage une demande accrue en soins de ville et sur des soins de plus en plus complexes et dont la cotation n'est pas toujours adaptée.

La question de l'exercice élargi est bien évidemment à l'ordre du jour en 2018 avant qu'elle ne le soit en 2030 ! L'enquête souligne que 89% des infirmiers pensent que les médecins leur délègueront plus de tâches en 2030 mais qu'entend-on ici par "délégation de tâches" à ne pas confondre - ce qui est encore trop souvent le cas avec "les protocoles de coopération"-. Le sujet fortement d'actualité et qui fait aujourd'hui polémique entre médecins et infirmiers est bien évidemment celui relatif à la préparation du décret sur l'infirmier de pratique avancée (IPA). Rappelons que la loi de santé a intégré - et donc reconnu comme piste d'évolution professionnelle - à l'article 30 la notion d'exercice en pratique avancée. Thierry Houselstein, Directeur médical MACSF, renchérit : la création des IPA, nouvel acteur de santé, apparaît comme une véritable révolution dans le panorama médical français. A nouvelle pratique, nouveaux périmètres, nouveaux challenges mais aussi des responsabilités élargies que l’assureur RCP (Responsabilité Civile Professionnelle) doit prendre en compte. Ces compétences élargies ont fait leurs preuves, notamment outre-Atlantique. En effet, au Canada, à Montréal, un projet-pilote a été lancé en 2014 : une clinique sans médecin, gérée par des infirmières praticiennes spécialisées de première ligne (IPSPL) et des infirmières bénévoles. L’objectif est clair : offrir des soins de première ligne à des personnes vulnérables. Ainsi, les infirmières reçoivent en libre accès des patients en consultation et prennent en charge plus de 95% problèmes de santé. CQFD...

92% des infirmiers pensent également qu'en 2030 le travail de coordination fera partie intégrante de leur quotidien

Des Hommes et des Robots...

Ce sont les étudiants en soins infirmiers - quelques 31 000 engagés chaque année - qui s'expriment sur l'évolution du matériel et le rôle à venir des robots. Ils sont en effet 61% à penser qu'en 2030, il est probable que les robots fassent partie de leur quotidien. Des robots qui pourraient permettre, voire simplifier ou carrément se substituer au rôle infirmier dans de nombreux actes de soin : aider au déplacement des patients, prendre la tension, la saturation en oxygène et faire un premier bilan (réaliser des ionogrammes et NFS par exemple), délivrer des médicaments dans la chambre, directement aux patients, détecter des veines en vue de prélèvement ou pose de voie veineuse... Il est vrai que les objets connectés impactent déjà le rôle des infirmiers : pillulier sécurisé associé à un boîtier électronique qui mesure l’observance en temps réel et à distance, système flash d’autosurveillance du diabète au quotidien qui ne nécessite pas de piqûre, et de nouvelles applications mobiles tels que l’enregistrement des constantes, le suivi des états cliniques des patients, le scan des ordonnances, la traçabilité des prélèvements à domicile… Là encore la technologie du futur c'est déjà demain ! Mais sur cette question précise de l'omniprésence des robots à venir, les infirmiers sont plus mesurés : ils sont 78% à penser que les robots ne pourront pas les aider à réaliser certains actes comme les prises de sang par exemple, mais 89% à estimer que la réalisation de la gestion des stocks/chariots par les robots les aiderait dans leur travail. chantal, une infirmière en service de réanimation en témoigne : sans parler de robotisation, une simple disparition des câbles lors de transfert en réa permettrait de nous faire gagner du temps et simplifier la tâche : aujourd’hui, on se retrouve à faire du tricot". On le sait les infirmiers ont de multiples compétences, même les plus inattendues ! Autre conséquence envisagée de la présence croissante des innovations techologiques : le BUG ! 77% des infirmiers craignent des coupures informatiques, des pertes de connexion wifi qui les gêneront dans leur exercice quotidien.

Des robots qui pourraient permettre, voire simplifier ou carrément se substituer au rôle infirmier dans de nombreux actes de soin... mais pas tous...

LA question qui demeure : quid de la relation soignant/soigné

Alors bien sûr, gain de temps, ergonomie améliorée, sécurité accrue... tout ceci est appréciable au quotidien mais une question essentielle demeure : quid de la relation soignant/soigné et de sa qualité, par une proximité et une empathie que les robots n'égaleront jamais (tout du moins c'est à espérer !). 66% des infirmiers s'accordent à dire que les innovations pourraient leur permettre de consacrer plus de temps à la réalisation des soins qui ne seront pas robotisés et 63% soulignent que les innovations pourraient leur permettre de consacrer plus de temps au patient. Sophie, infirmière en service de pédiatrie en témoigne : pour accompagner les enfants hospitalisés dans mon service de pédiatrie, une application sur tablette représente l’enfant qui va être opéré et l’environnement hospitalier afin de le rassurer. Cela lui permet d’être informé et de connaître les différents soignants et de mieux appréhender sa journée. Cela dit, et c'est heureux, la crainte de la deshumanisation du soin et des hôpitaux est présente chez 80% des infirmiers.

Si les "robots-soigneurs" seront plus nombreux en 2030, les infirmiers seront beaucoup plus nombreux en 2040. En effet, une étude de la Direction statistique de la recherche, des études, de l'évaluation et des statistiques (Drees) publiée le 3 mai dernier estime une hausse de 53% des effectifs, soit 881 000 infirmiers en 2040 qui devrait permettre de répondre aux besoins de santé de la population française, y compris ceux des patients les plus âgés. Selon les hypothèses de la Drees, l'âge moyen des infirmiers augmenterait de 41 ans en 2014 à 43 ans en 2040. Les infirmiers continueraient à exercer massivement à l'hôpital public (44% d'entre eux) mais l'exercice libéral devrait fortement se développer pour passer de 14% (2014) à 23% en 2040. Nous y reviendrons dans le détail dans un article à paraître très prochainement. 

Si les "robots-soigneurs" seront plus nombreux en 2030, les infirmiers seront beaucoup plus nombreux en 2040...

  1. Selon les chiffres de la DGOS, on dénombre 660 611 infirmier(e)s, 88% sont des femmes, 433 202 exercent à l'hôpital, et 116 800 en libéral ou exercice mixte. Il existe 48 700 cabinets d'IDEL et le quota d'entrée en formation pour 2017/2018 est de 60 947. Les résultats quantitatifs sont basés sur les réponse
  2. Les résultats quantitatifs sont basés sur les réponses au questionnaire envoyé par la MACSF à 8 000 infirmières, sociétaires MACSF, en novembre 2017. Les résultat qualitatifs sont basés sur des entretiens collectifs, réalisés par l’institut GfK, auprès de 17 infirmières, sociétaires MACSF, en septembre 2017.
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Bernadette FABREGASRédactrice en chef Infirmiers.combernadette.fabregas@infirmiers.com @FabregasBern

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Commentaires (1)

amelines

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1 commentaires

#1

Protocole de coopération

Bonjour,
Vous parlez de confusion au sujet de la délégation de tâches et des protocoles de coopération.
Pourriez vous préciser les différences parce qu'à mon sens ce n'est pas très clair.
Merci d'avance.